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lundi 15 avril 2013

sujet sur le sport : synthèse (avec problématique et plan) et écriture personnelle



Synthèse (40 points) :
Vous ferez une synthèse concise, objective et ordonnée des documents suivants :
Document 1 :
On m'a souvent demandé à quoi je pensais lorsque je courais. En général, les gens qui me posent cette question n'ont jamais participé eux-mêmes à des courses de fond. A quoi exactement est-ce que je pense lorsque je cours? Eh bien, je n'en sais rien. 
Quand il fait froid, je suppose que je pense vaguement qu'il fait froid. Et s'il fait chaud, je dois penser vaguement à la chaleur. Quand je suis triste, je pense à la tristesse. Si je suis content, je pense au bonheur. Comme je l'ai déjà dit, des souvenirs m'assaillent aussi, un peu au hasard. Et il m'arrive parfois, enfin, presque jamais en fait, d'avoir une idée que j'utiliserai dans un roman. En réalité, quand je cours, je ne pense à rien qui vaille la peine d'être noté. 
Simplement je cours. Je cours dans le vide. Ou peut-être devrais-je le dire autrement: je cours pour obtenir le vide. Oui, voilà, c'est cela, peut-être. Mais une pensée, de-ci de-là, va s'introduire dans ce vide. Naturellement. L'esprit humain ne peut être complètement vide. Les émotions des humains ne sont pas assez fortes ou consistantes pour soutenir le vide. Ce que je veux dire, c'est que les sortes de pensées ou d'idées qui envahissent mes émotions tandis que je suis en train de courir restent soumises à ce vide. Comme elles manquent de contenu, ce sont juste des pensées hasardeuses qui se rassemblent autour de ce noyau de vide. 
Les pensées qui me viennent en courant sont comme des nuages dans le ciel. Les nuages ont différentes formes, différentes tailles. Ils vont et viennent, alors que le ciel reste le même ciel de toujours. Les nuages sont de simples invités dans le ciel, qui apparaissent, s'éloignent et disparaissent. Reste le ciel. Il existe et à la fois n'existe pas. Il possède une substance et en même temps il n'en possède pas. Nous acceptons son étendue infinie, nous l'absorbons, voilà tout. 
Lorsque je suis injustement critiqué (du moins, de mon point de vue) ou lorsque quelqu'un dont j'étais sûr qu'il me comprenait ne le fait pas, je vais courir un peu plus longtemps qu'à l'ordinaire. En courant plus longtemps, c'est comme si je pouvais épuiser physiquement cette part de mécontentement. Cela me fait aussi comprendre encore une fois à quel point je suis faible, à quel point mes capacités sont limitées. Je deviens conscient, physiquement, de mes insuffisances. Et l'un des résultats de cette course un peu plus longue est que je deviens un peu plus fort. Si je suis en colère, je dirige ma colère contre moi-même. Si j'ai une expérience décevante, je m'en sers pour m'améliorer. C'est ainsi que j'ai toujours vécu. J'absorbe calmement les choses, autant que possible, et je les libère plus tard, et, selon des formes aussi variées que possible, elles deviennent une partie de mes romans. 

Murakami, Autoportrait de l'auteur en coureur de fond, 2007.

Document 2 :

Il enseigne l’EPS dans un lycée mais il n’a pas de sifflet, pas de chrono autour du cou et ne porte jamais de survêtement. Pire, il consacre sa vie à combattre le sport. Fabien Ollier dirige maintenant la publication de Quel Sport ? qui chaque mois, sur plus de 200 pages, critique l’absurdité du sport.
"L’activité physique s’est historiquement transformée en sport et cela a des implications politiques. L’idée fixe du sport, c’est être le meilleur, celui qui pisse le plus loin. Tout cela va de pair avec l’idéologie capitaliste et son principe de rendement corporel. L’institution sportive construite tout au long des XIXe et XXesiècles a provoqué l’uniformisation de l’activité physique par le biais d’organisations bureaucratisées qui ont répandu une seule idéologie : celle de la compétition de tous contre tous et du dépassement mortifère des limites physiques. Même l’escalade, le surf, des activités en marge dans les années 70, sont devenus des sports de compétition spectacularisés : l’esprit initial de “ liberté ” s’est dissout dans cette volonté obsessionnelle de la création du champion. Le sport est en somme un capitalisme incarné. Le corps sportif devient un capital à faire fructifier pour qu’il rapporte une plus-value. 
Pourquoi a-t-on besoin de s’aérer la tête en regardant ou en pratiquant du sport ? Parce que la vie quotidienne est aliénante (1), ennuyeuse. Plutôt que d’affronter cette réalité sordide et de lutter pour créer des conditions de vie qui ne soient pas seulement viables mais vivables, les masses se shootent à l’opium sportif et aux extases illusoires de la victoire. Les gens ne lisent plus, ils marchent, courent, pédalent et adhèrent tous au dolorisme sportif pour se perdre dans cette douleur égotiste, s’oublier dans cette souffrance monomaniaque et par la même occasion devenir indifférents à l’égard des misères de ce monde. 
Je tente de faire penser les élèves sur la nature profonde du sport, ce qui m’a causé beaucoup de problèmes et d’inimitiés. Les matches sont plus ou moins transformés et analysés en fonction des états physiques et intellectuels de chacun. Quand on constitue des équipes, les derniers choisis, ce sont toujours les filles, les petits gros ou les malingres. Dans la lutte pour être le meilleur, on écarte les plus faibles. C’est symboliquement très violent et les élèves qui y sont confrontés se sentent vraiment humiliés pour longtemps. Pourquoi ne pas faire jouer les hommes avec les femmes ? C’est impossible dans le sport car loin de la belle socialisation vantée, le sport fragmente le corps social en mettant en avant la supériorité physique des uns sur les autres. Les hommes contre les femmes, les jeunes contre les vieux, les valides contre les invalides... Il ne s’agit que de diviser et mettre chacun à sa place. "
1. aliénant : qui prive l'homme de sa liberté, de son identité.

"A bas le sport", entretien avec Fabien Ollier, rue89.com.

Document 3 :

Pour offrir une définition qu'on ne rencontre nulle part ailleurs, en tout cas pas dans les manuels scolaires, posons que la philosophie du sport a pour objet de se demander ce que l'activité sportive nous enseigne sur la condition humaine. Théorisant le sport dans une perspective marxienne (1), Adorno a suggéré par exemple: «L'ancien argument selon lequel on fait du sport pour rester en forme n'est faux que parce qu'on prétend que la forme est la fin en soi: c'est [...] la forme pour le travail qui est le but inavoué du sport» (Modèles critiques, p. 213). Sous le couvert de contribuer à la vie bonne des individus, le monde du sport serait réglé, d'après Adorno, sur la logique capitaliste qui fait de l'homme un outil de production. Il obéirait et ferait obéir à la pensée marchande; il fabriquerait et formerait des êtres forts, en santé, des individus dont l'attention doit être détournée par les plaisirs récréatifs.
Aussi pénétrante que soit cette analyse, le sport a été réfléchi de bien d'autres manières dans l'histoire de la pensée. Nous nous en convaincrons sans peine en remontant le temps et en nous tournant vers Platon: «Après avoir soigné l'esprit de manière satisfaisante, écrivait-il, ne ferions-nous pas bien de confier à l'art de la gymnastique la tâche de préciser les soins du corps, en nous contentant d'indiquer pour notre part seulement les modèles?» (La République, 403d-e).
Soucieux de trouver des modèles pour l'éducation physique, Platon était d'avis que la pratique du sport est essentielle pour les gardiens de la cité. Non pas que le philosophe ait considéré l'activité physique comme ayant une valeur en soi : en tous les cas, assurait-il, on ne s'engage dans la gymnastique «qu'avec l'objectif d'éveiller l'ardeur morale de sa nature, plutôt que la force physique» (ibid., 410 b). L'activité sportive devait donc revêtir pour Platon un rôle éducatif, mais un rôle tel que le sport ne peut valoir qu'en tant qu'il sert autre chose — le caractère, la personnalité, l'âme.

École de la vie
Cette conception du sport trouvera pour partisan, ce n'est pas fait banal, Aristote lui-même, qui s'y ralliera de façon plus ou moins manifeste dans La Politique. Elle date de l'Antiquité, mais se prolonge bien au-delà et conserve des traces importantes jusqu'à nous. N'entendons-nous pas fréquemment dire, en effet, que le sport est une véritable école de vie, qu'il est utile de pratiquer un sport pour apprendre à respecter l'autre ou, bien encore, pour se libérer l'esprit dans l'espoir de mieux aborder ses tracas plus tard?
La conception sous-jacente au propos qu'on tient alors fait de l'activité sportive un champ subordonné, un champ dont les profits se font sentir ailleurs que dans le corps lui-même. Pourquoi a-t-on fait du sport un domaine dérivé par rapport à celui de l'intellect? Incontestablement, cela s'explique par le primat (2) qu'ont accordé dans l'histoire les philosophes à la connaissance et à l'âme, primat qui a été largement remis en question par Nietzsche puis, dans son sillage, par tous les philosophes qui ont vu dans le corps une porte d'entrée au monde et une condition de possibilité de l'existence.
En rétablissant le rôle du corps, Nietzsche et sa suite ont ouvert la porte à une nouvelle conception du sport. Cette conception exalte l'activité physique entendue comme travail athlétique sur soi; elle ne correspond pas à un dilettantisme bon enfant («l'important, c'est de participer»), mais se distingue de la conception selon laquelle le sport est un lieu où règnent l'adversité, l'affrontement, les dualismes.
Le monde de l'amateur
Venons-en maintenant aux fonctions que revêt le sport chez l'amateur. Par amateur, nous n'entendrons pas celui qui agit en néophyte ou pratique un sport en dilettante : nous comprendrons celui qui assiste à un événement sportif. Nombre de commentaires ont déjà exprimé une idée : si l'on se plaît tant à visionner un sport, c'est d'abord et avant tout parce qu'on s'identifie aux sportifs. Sans avoir directement à l'esprit le sujet du sport, Henri Bergson a eu quelque chose à dire sur ce processus d'identification: «Quand nous ressuscitons par la pensée ces grands hommes de bien [ici, les athlètes], quand nous les écoutons parler et quand nous les regardons faire, nous sentons qu'ils nous communiquent de leur ardeur et qu'ils nous entraînent dans leur mouvement» (Les Deux Sources de la morale et de la religion, p. 98).
Plusieurs auteurs ont souligné le rôle inspirateur que jouent pour le peuple les grands héros du sport. Mais le sportif ne joue pas pour l'amateur qu'un rôle d'inspirateur, et c'est ce que Roland Barthes a voulu exprimer lorsqu'il a touché un mot, dans un film réalisé par Hubert Aquin, de ce qui lie le spectateur de corrida au torero lui-même: «Ce que la foule honore dans le vainqueur [...] ce n'est pas la victoire de l'homme sur la bête, car le taureau est toujours vaincu; c'est la victoire de l'homme sur l'ignorance, la peur, la nécessité. L'homme a donné sa victoire en spectacle, pour qu'elle devienne la victoire de tous ceux qui le regardent et se retrouvent en lui» (Le Sport et les hommes, p. 19).
La conquête
L'ignorance, la peur, la nécessité : tels sont les moteurs qui suscitent chez l'homme l'apparition de l'esprit de conquête. Or, à supposer que Barthes ait eu raison, le sport serait justement un des lieux où les idéaux de conquête trouvent le mieux à s'exprimer. Certains condamneront avec rage cet aspect du sport, tandis que d'autres y verront sa plus grande vertu. De deux choses l'une, en effet: ou bien l'on peut voir dans l'activité sportive l'affirmation triste d'un esprit de conquête, ou bien l'on peut y voir, non seulement l'affirmation de cet esprit, mais le moment privilégié où l'on exprime cet esprit et se purge des passions qu'il implique. Adhérer à la seconde vision équivaut à croire au pouvoir cathartique du sport; adhérer à la première, bien plutôt, revient à estimer que le sport ne fait que nourrir des passions funestes.
1. marxien : qui s'inspire de Marx, philosophe et théoricien du communisme et de la lutte des classes.
2. primat : supériorité.

Pierre-Alexandre Fradet et Maxime Goulet-Langlois, "La philo et le sport, deux gymnastiques", ledevoir.com.

Document 4 :





Coup de pied de Cantona à un supporter de l'équipe adverse, Crystal Palace, qui l'avait insulté.


Écriture personnelle (20 points) :

Selon vous, le but du sport est-il de se dominer ou de dominer les autres ?


Recherche d'une problématique et d'un plan général de la synthèse :  

La difficulté de ce corpus n'est pas tant la problématique que le plan. Il faut aborder les quatre documents dans chaque partie du développement. Donc, mieux vaut ne faire que deux parties.
Je conseille de commencer par rechercher le sujet des deux parties avant de formuler la question problématique. Une fois que les sujets sont définis, il n'est pas difficile de trouver la question.
Si l'on ne voit pas d'emblée  le contenu de deux parties, le plus simple est de faire ainsi :
Consacrer la première au point commun entre tous les documents (il y en a toujours au moins un) et consacrer la deuxième aux différences.  
Quel est dans ce corpus le point commun? C'est l'idée que le sport est un effort, une lutte plutôt qu'un divertissement (athlos en grec signifie combat et deport en ancien-français signifie divertissement). Les quatre documents mettent l'accent sur cet aspect du sport. Donc on peut lui consacrer la première partie. La deuxième, elle, peut être consacrée aux différents objectifs de cette lutte : la force physique ou la vertu.  
Ensuite on peut formuler la question problématique : 
Quelle est la finalité de l'effort sportif ? 

mardi 13 mars 2012

Sujet de synthèse sur le culte du sport et corrigé

BTS Culture générale et expression :

Première partie : synthèse (/40 points) :
Vous rédigerez une synthèse concise, objective et ordonnée des documents suivants :
1. « Le sport, idéal démocratique ? », entretien avec Isabelle Queval, laviedesidees.fr.
2. Jean Giono, Les Terrasses de l’île d’Elbe, Gallimard, 1976.
3. Luc Ferry, « Le culte du sport, école de vertu ? », Le Figaro, 17 juin 2010.
4. François Rousseau, Dieux du stade 2011, www.stade.fr.

Deuxième partie : Ecriture personnelle (/20 points) :
Pensez-vous que le sport mérite le culte qui lui est fait dans notre société ?
Vous répondrez à cette question de façon argumentée en vous appuyant sur les documents du corpus, vos lectures de l’année et vos connaissances personnelles.

Document 1 :

La Vie des Idées – Spectacle planétaire par excellence, plus encore peut-être que les Jeux Olympiques, la Coupe du Monde de Football capte l’attention des médias, constitue pour les grandes firmes l’occasion d’investissements et de profits conséquents et, ici ou là, détourne les opinions publiques des enjeux politiques ou économiques auxquels elles sont aujourd’hui confrontées. En un mot, la Coupe du Monde de Foot, est-ce encore du sport ?
Isabelle Queval – La formulation même de votre question pointe la nécessité de définir avant tout ce qu’on entend par « sport ». Car la Coupe du Monde de football n’incarne pas bien évidemment l’exhaustivité des significations de ce terme. Vous donnez ici en exemple un sport pratiqué à très haut niveau, qui est en outre le plus populaire, le plus universel, mais aussi l’un des plus professionnalisés. C’est pour cela que la Coupe du monde de football est l’un des emblèmes du sport-spectacle, avec ce que cela suppose d’enjeux économiques, politiques ou géopolitiques, le tout poussé jusqu’à ses limites les plus outrancières. Donc, oui, la Coupe du monde de football est bien du sport, à condition de dégager plusieurs niveaux de réflexion.
D’abord il est impératif de toujours bien distinguer entre le sport de haut niveau et le sport de masse, ou entre la compétition professionnelle, la compétition amateur et la compétition de loisirs, ou encore de trancher parmi les finalités qui peuvent être celles du sport d’élite, du sport-santé, de l’éducation physique scolaire, le tout étant souvent et indûment regroupé sous l’appellation « sport ». Or tout n’est pas sport – le jardinage ou la montée d’escaliers qui peuvent représenter des « exercices physiques » recommandés par la médecine n’en sont pas –, les sports eux-mêmes ont des finalités qui peuvent varier à l’intérieur d’une même discipline, par exemple selon l’intensité de l’entraînement. Enfin le sport de haut niveau s’est constitué à partir des années 1960-1970 une sphère propre, avec ses codes, son économie, ses modalités de reconnaissance et ses fameuses « dérives » – argent, dopage –, souvent vilipendées.
De là un second niveau de réflexion. Le sport de haut niveau est par essence recherche du dépassement de soi, ce qui change la nature de l’activité. Tout est optimisé, – matériel, matériaux, science des entraînements et science médicale, diététique, psychologie et dopage – pour accroître sans limitation la performance. Dans le même temps, la médiatisation du sport devenu sport-spectacle dans les années 1970, les flux financiers que cela a engendrés, les enjeux politiques qui se sont amplifiés, ont contribué à faire du sport de haut niveau un laboratoire expérimental à différents titres (médical, économique et social). C’est là sans doute son intérêt premier : le sport nous parle de la société, de l’amélioration du corps humain, de la technicisation de l’homme, etc. Le sport en général, le football en particulier. Car un sport planétaire, un sport qui se pratique dans toutes les couches de population, sur les terrains, dans la rue, un sport dont les champions sont des stars surpayées érigées en icônes et qui suscite de tels processus d’identification de la part du public ne peut être isolé de la société et de ses problèmes (la violence, le racisme, les contrecoups de la crise économique etc.). Par là s’effondre sans doute l’idée, plus exactement le mythe d’une contre-société vertueuse que le sport incarnerait, d’un idéal de la démocratie mis à mal par les excès du football et de ses coulisses. Dans le sport comme ailleurs dans la société – mais il faudrait pour les différencier analyser très spécifiquement le statut de la règle – existent la triche, la corruption, la violence, le dopage, etc.

« Le sport, idéal démocratique ? », entretien avec Isabelle Queval, laviedesidees.fr.


Document 2 :

Le sport.
Je suis contre. Je suis contre parce qu’il y a un ministre des Sports et qu’il n’y a pas de ministre du Bonheur (on n’a pas fini de m’entendre parler du bonheur, qui est le seul but raisonnable de l’existence). Quant au sport, qui a besoin d’un ministre (pour un tas de raisons, d’ailleurs, qui n’ont rien a voir avec le sport), voilà ce qui se passe : quarante mille personnes s’asseoient sur les gradins d’un stade et vingt-deux types tapent du pied dans un ballon. Ajoutons suivant les régions un demi-million de gens qui jouent au concours de pronostics ou au totocalcio1, et vous avez ce qu’on appelle le sport. C’est un spectacle, un jeu, une combine, on dit aussi une profession : il y a les professionnels et les amateurs. Professionnels et amateurs ne sont jamais que vingt-deux ou vingt-six au maximum ; les sportifs qui sont assis sur les gradins, avec des saucissons, des canettes de bière, des banderoles, des porte-voix et des nerfs sont quarante, cinquante ou cent mille ; on rêve de stades d’un million de places dans des pays où il manque cent mille lits dans les hôpitaux, et vous pouvez parier à coup sûr que le stade finira par être construit et que les malades continueront à ne pas être soignés comme il faut par manque de place. Le sport est sacré ; or c’est la plus belle escroquerie des temps modernes. Il n’est pas vrai que ce soit la santé, il n’est pas vrai que ce soit la beauté, il n’est pas vrai que ce soit la vertu, il n’est pas vrai que ce soit l’équilibre, il n’est pas vrai que ce soit le signe de la civilisation, de la race forte ou de quoi que ce soit d’honorable et de logique. […]
À une époque où on ne faisait pas de sport, on montait au mont Blanc par des voies non frayées en chapeau gibus2 et bottines à boutons ; les grandes expéditions de sportifs qui vont soi-disant conquérir les Everest ne s’élèveraient pas plus haut que la tour Eiffel, s’ils n’étaient aidés, et presque portés par les indigènes du pays qui ne sont pas du tout des sportifs. Quand Jazy court, en France, en Belgique, en Suède, en U.R.S.S., où vous voudrez, n’importe où, si ça lui fait plaisir de courir, pourquoi pas ? S’il est agréable à cent mille ou deux cent mille personnes de le regarder courir, pourquoi pas ? Mais qu’on n’en fasse pas une église, car qu’est-ce que c’est ? C’est un homme qui court ; et qu’est-ce que ça prouve ? Absolument rien. Quand un tel arrive premier en haut de l’Aubisque3, est-ce que ça a changé grand-chose à la marche du monde ? Que certains soient friands de ce spectacle, encore une fois pourquoi pas ? Ça ne me gêne pas. Ce qui me gêne, c’est quand vous me dites qu’il faut que nous arrivions tous premier en haut de l’Aubisque sous peine de perdre notre rang dans la hiérarchie des nations. Ce qui me gêne, c’est quand, pour atteindre soi-disant ce but ridicule, nous négligeons le véritable travail de l’homme. Je suis bien content qu’un tel ou une telle «réalise un temps remarquable» (pour parler comme un sportif) dans la brasse papillon, voilà à mon avis de quoi réjouir une fin d’après-midi pour qui a réalisé cet exploit, mais de là à pavoiser les bâtiments publics, il y a loin.
1. totocalcio : loto sportif italien. 2. chapeau gibus : chapeau haut de forme qui peut s’aplatir. 3. l’Aubisque : col des Pyrénées.

Jean Giono, Les Terrasses de l’île d’Elbe, Gallimard, 1976.

Document 3 :

C'est devenu un leitmotiv, un véritable pont aux ânes¹ : le sport, pétri de valeurs éthiques, constituerait un modèle pour la jeunesse. Il serait même urgent de l'introduire davantage à l'école, par exemple l'après-midi, sur le modèle qu'on prête à l'Allemagne. L'esprit d'équipe, le souci du collectif, l'égalité des chances, le dépassement de soi, le fair-play qui anime les sportifs (?) pourraient faire merveille en lieu et place d'une instruction civique défaillante, incapable de contrer cette fameuse « montée de l'individualisme » dont on nous rebat les oreilles à jet continu. Quant à ceux qui n'aiment pas le foot, leur cas relève clairement de la pathologie sociale : ce sont des bourgeois hostiles aux fêtes populaires, des adeptes de ce que Bourdieu nommait la « distinction », des partisans de la ségrégation sociale qui laissent le ballon rond aux classes inférieures comme ils leur abandonnent l'accordéon, le mousseux et le pâté. Le problème, c'est que presque tout est faux dans ce discours lénifiant. D'abord sur le plan sociologique. Depuis des décennies maintenant, rien n'est plus chic ni mieux porté dans les « couches supérieures » que de crier haut et fort son amour inconditionnel du foot ou du rugby - le summum étant, si possible, de parvenir à se faire inviter à la radio ou à la télévision pour commenter un match. Succès d'estime garanti. Politiques, chefs d'entreprise et intellectuels s'y précipitent, prenant un soin émouvant à faire connaître urbi et orbi leur passion, en effet, « populaire ».Sur le plan éthique, le culte du sport qui envahit nos sociétés jusqu'au délire, est plus problématique encore. Car si l'on y réfléchit objectivement, rien n'est moins clairement moral que la réussite sportive. Quoi qu'on en dise pour faire passer la pilule, le talent y joue un rôle infiniment plus important que le mérite. Les dons naturels sont, à l'évidence, l'ingrédient premier, indispensable à la fabrique du champion. Sans eux, tout le travail du monde ne suffira pas, l'être peu doué naturellement n'ayant aucune chance de s'élever vers les sommets par la seule vertu d'un exercice laborieux. Or nul n'est responsable de son talent : il tombe sur les humains comme la pluie, sur les bons comme sur les méchants. En soi, il n'a rien de moral. La preuve ? Tous les dons naturels, sans exception aucune - la beauté, la force, l'intelligence, la mémoire, l'adresse, etc. -, peuvent être mis indifféremment au service du bien ou du mal - ce qui suffit à prouver que la valeur éthique qu'on leur attribue à tort ne leur est pas inhérente mais dépend entièrement de l'usage qu'on en fait. Au niveau politique, le sport n'est guère plus édifiant : une réussite sociale fulgurante mais éphémère, une notoriété proprement insensée, des sommes d'argent aussi hallucinantes que déconnectées de mérites réels, tout cela donne à la jeunesse un idéal qui, pour être en effet celui de la société dominante, n'en est pas moins au plus haut point préoccupant. D'autant que l'objectif est aux antipodes de la culture du livre dont l'école est, en principe, le dernier bastion. L'écrit ne tient ici aucune part, tandis que les écrans, y compris publicitaires, sont omniprésents. Comme le montre Robert Redeker, les valeurs qui animent les compétitions modernes, avec leur fameux « plus vite, plus fort, plus haut », ce culte infini de la performance, cette vénération pour la concurrence égale et libre sont avant tout celles du « toujours plus » ultralibéral. Rien n'y renvoie à ce sens de la limite, voire de l'humilité, qu'implique toute conduite morale. Pas de malentendu, comme tout le monde ou presque, j'aime le sport. (…) Pire, je l'avoue, j'ai regardé en l998 les matchs de l'équipe de France avec bonheur. Cela pour dire que ce n'est pas le sport lui-même qui est ici en cause, mais le cirque indécent qu'on fait autour. Ribéry ou Henry sont peut-être de gentils garçons, mais ils ne sont ni Jésus, ni Galilée, ni de Gaulle, ni Hugo. Ils n'ont pas inventé la pénicilline, ni même l'eau chaude. En faire des demi-dieux aux yeux de millions d'enfants est aussi absurde que nuisible à leur éducation.
1. pont aux ânes : évidence, chose facile.

Luc Ferry, « Le culte du sport, école de vertu ? », Le Figaro, 17 juin 2010.


Document 4 :



François Rousseau, Dieux du stade 2011, www.stade.fr

Corrigé de la synthèse (sans la conclusion) :


Problématique retenue :
Le sport a-t-il une grande valeur pour notre société ?
I) Le sport a une grande valeur.
II) En fait la valorisation du sport est contestable.

Les soirs de grands matchs, j’entends hurler des adorateurs du ballon rond plus ou moins alcoolisés qui se mettent à entonner un hymne national qu’ils ne chanteraient en aucune autre occasion. Je vois un véritable délire s’emparer des foules à l’occasion d’une victoire en Coupe du monde. Fanions, peintures fluorescentes, sifflets, bâtons tambour, cornes, trompettes, banderoles, équipé de ses accessoires, le supporter ivre de joie et de bière se livre à une bacchanale digne des cortèges antiques qui célébraient le dieu Dionysos. Métro, plateaux télé, bureaux, cafés, on ne parle plus que de cela : la victoire, la Coupe, le foot… ou le rugby. Nul doute, on se trouve face un véritable culte populaire. Mais le sport des champions a-t-il vraiment une si grande valeur sociale ? Telle est la question soulevée par ce corpus composé de quatre documents : une interview d’Isabelle Queval, un texte de Jean Giono, un article de Luc Ferry et une photo de François Rousseau. Nous tenterons de répondre en deux parties. La première mettra en évidence la valeur que revêt le sport dans la société actuelle. La seconde montrera en quoi cette valeur est sinon fausse du moins discutable.
Dans notre société, il y a plusieurs sortes de sports qu’il ne faut pas confondre : le sport professionnel, le sport amateur, grand public, l’éducation physique. Le but poursuivi n’est pas le même, selon le document 1. Le sport est un spectacle de grande valeur puisqu’il attire tant de gens. Comme le dit Giono, il y a les professionnels, une poignée de gens, et les amateurs, très nombreux. Il ajoute que le sport est un spectacle qui rassemble le public et les parieurs. Selon Luc Ferry, même les bourgeois, dont on prétend qu’ils bouderaient le foot pour se distinguer, sont en fait amateurs de foot et de rugby. Il affirme que l’élite manifeste son engouement pour ces sports jusque sur les plateaux télé. Les médias se sont emparés du sport. D’après Isabelle Queval, cette médiatisation très poussée, avec ses retombées économiques et politiques, a fait du sport de haut niveau un terrain de recherche et de développement. En effet, dit-elle, le but du sport de haut niveau est de repousser les limites grâce à la meilleure préparation et à la meilleure technique. La Coupe du monde de football, poursuit-elle, est un symbole du sport hypermédiatisé investi par l’économie et la politique. C’est pourquoi le football, sport universel pratiqué dans toutes les catégories sociales, est devenu, avec ses idoles adorées, un révélateur social. Les grands sportifs jouissent d’une célébrité énorme et, selon Ferry, de revenus mirobolants. Cette espèce de divinisation des champions se voit sur la photo du calendrier Dieux du stade. Le rugbyman est présenté torse nu, l’éclairage et la contre-plongée accentuent l’impression de force et de beauté qu’il dégage. Selon Luc Ferry, on prête également au sport des vertus citoyennes. Il serait un moyen éducatif propre à remplacer une éducation civique inefficace. En somme, le sport a pris dans notre société une valeur supérieure dont tous ces documents témoignent.
Mais cette valeur est en partie usurpée ou discutable. Selon Giono, le soutien logistique s’est accru et les sportifs de son époque n’ont pas autant de mérite que les alpinistes d’autrefois. Pour Luc Ferry, la volonté effrénée de performance s’oppose à la modestie de la vertu. A ses yeux, la réussite sportive est moins une question de mérite que de talent, or le talent est injuste puisqu’il n’est pas réparti équitablement, donc le culte du sport n’est pas éthique. De plus, cette réussite produit une célébrité excessive et des revenus mirobolants qui ne constituent pas un exemple édifiant pour les jeunes. Jean Giono estime, lui aussi, que le sport n’incarne ni la vertu ni la civilisation. Il lui enlève même le mérite de représenter la beauté. C’est pourquoi, dit-il, le sport est une imposture. Le rôle civilisateur du sport est également mis en question par Luc Ferry qui affirme que son culte s’oppose à la culture livresque et prône, comme le dit Redeker, la concurrence ultralibérale. Selon Isabelle Queval, le sport de haut niveau forme depuis les années 60-70 un monde à part avec ses usages, son organisation, sa hiérarchie et ses défauts (argent, dopage). Le football, notamment, n’est pas épargné par des maux tels que la violence et le racisme. Ainsi se trouve contredite l’utopie qui fait du sport le refuge des idéaux humanistes et démocratiques. En outre, un événement sportif tel que la Coupe du Monde de Football est, selon le journaliste de La vie des idées, un dérivatif qui occulte des difficultés économiques et politiques. Le sport rejeterait donc à l’arrière-plan des intérêts vitaux pour notre société. C’est ce pense Giono, qui dénonce la préférence accordée à la construction des stades au détriment de celle de nouveaux hôpitaux. En faisant du sport un devoir national, on sacrifie les activités utiles. En somme, c’est surtout l’idôlatrie du sport qui est ici dénoncée. Le document 4 révèle une divinisation des champions que critique Luc Ferry. On ne devrait pas, ajoute Giono, entetenir un tel culte de la performance sportive. Plus que le sport lui-même, c’est l’espèce de religion du sport que notre société développe, son hypermédiatisation et sa mythification, sa valorisation trompeuse, qui sont l’objet des critiques formulées par ces documents.

mardi 31 janvier 2012

Fiche sur le film L'Enfer du dimanche d'Oliver Stone

Any given Sunday (L’Enfer du dimanche) d’Oliver Stone, 1999.

Le titre du film est L’enfer du dimanche. C’est un film américain écrit et réalisé par Oliver Stone. Il raconte l’histoire d’une équipe de football américain professionnel et de son entraîneur. L’équipe des Miami Sharks est en grande difficulté, et le célèbre entraîneur d’Amato est remis en question après vingt ans de bons et loyaux services. La blessure de leur capitaine et quaterback vedette n’arrange rien. Un jeune joueur, Beamen, le remplace et commence à faire changer les choses. Il fait gagner les Sharks et révolutionne leur jeu. Sa popularité augmente et son ego avec. Mais ce changement plait à tout le monde sauf aux autres joueurs, qui passent au second plan, ainsi qu’au coach avec ses méthodes à l’ancienne. Beamen se retrouve alors au somment de sa gloire avec le soutien des dirigeants qui souhaitent moderniser le club, mais en conflit avec ses coéquipiers et son entraîneur. Cependant, à la fin du film, Beamen et son entraineur finissent par laisser de côté leur différend pour faire gagner l’équipe en oubliant l’intérêt personnel au profit de l’intérêt collectif.
A travers ce film, Oliver Stone nous montre les dessous du football américain professionnel, l’importance de l’argent entre autres qui peut faire oublier le but premier de ce sport et du sport en général : l’esprit d’équipe, le fair-play, la victoire. Le goût de l’argent peut même pousser à mettre en péril la santé ou la vie des joueurs. Les enjeux financiers sont si importants qu’ils exercent une très forte pression à tout niveau aussi bien sur la présidente que sur les municipalités, les entraîneurs et les joueurs. Mis à part l’argent, le film met en évidence la violence, la drogue, la concurrence et la rivalité qui peut être présente au sein d’une équipe professionnelle.
Le film propose une morale : l’équipe ne peut gagner sans être unie et soudée, elle gagne grâce à la solidarité sur le terrain et en dehors.




Les étudiants de BTS BAT1

lundi 2 janvier 2012

Corpus de synthèse sur le sport et l'insertion sociale :

Document 1 :

Remettre les plus démunis dans le jeu de la vie par une compétition sportive internationale, c'est l'objectif de la Coupe du monde de football des sans-abri qui commence ce week-end à Paris. Après Rio de Janeiro l'an dernier, qui a vu la victoire finale du Brésil, la compétition née il y a cinq ans fait étape au Champ-de-Mars du 21 au 28 août, au pied de la tour Eiffel. Avec, pour la première fois, une compétition féminine. Parrainée par les footballeurs champions du monde Emmanuel Petit et Lilian Thuram, la Homeless World Cup Paris 2011, son appellation internationale (www.homelessworldcup.org), sera lancée samedi par une cérémonie au Stade de France, à Saint-Denis. On y attend soixante-quatre délégations venues de cinquante-trois pays, quarante-huit équipes masculines ou mixtes et seize équipes féminines. "Les sans-abri, on les croise tous les jours sans savoir forcément qui ils sont", dit Benoît Danneau, directeur du comité d'organisation. "L'idée est de s'adresser au grand public pour donner une image différente des personnes en grande difficulté, une image positive, collective, entreprenante via une démarche de valorisation de la pratique sportive", ajoute-t-il.
Les six cent quarante joueurs et accompagnateurs attendus seront encadrés par quatre cents bénévoles pour un événement dont le budget, bouclé grâce à l'Etat, les collectivités locales et les instances du football, est évalué à moins de un million d'euros. Outre des stars du football, les secrétaires d'Etat au sport et au logement, Chantal Jouanno et Benoist Apparu, devraient apporter leur soutien à la manifestation. Les équipes sont composées de huit joueurs ou joueuses choisis selon des critères propres à chaque pays. Le profil des participants, recrutés à partir de 16 ans et âgés pour la plupart entre 18 et 35 ans, est large.
Seule condition : être ou avoir été sans abri dans les douze derniers mois. Il peut s'agir de personnes vivant dans la rue mais aussi dans une voiture, un hôtel au mois ou un centre d'hébergement. "On cherche des gens de bon niveau qui soient dans une phase ascendante de leur insertion, des personnes qui ont déjà enclenché une vitesse. Le sport ajoute une dimension complémentaire à leur réinsertion", dit Benoît Danneau. L'entrée est gratuite et les organisateurs attendent environ quarante mille spectateurs au total, soit cinq mille par jour, pour assister aux matches et visiter le village d'associations installé sur le site et où seront organisés des débats. Les personnes à la rue viendront y peindre, y chanter, présenter leurs œuvres et s'exprimer sous différentes formes.
« Paris accueille le Mondial de football des sans-abris », Le Monde, 20.08.2011.

Document 2 :
Le sport est-il un vecteur d’intégration ?

        Les exemples de Michel Platini, Luis Fernandez ou Zinedine Zidane, puisque l’actualité est dominée par le football, nous suggèrent que le sport, mieux que l’économie ou la politique, peut fonctionner comme un ascenseur social pour des jeunes adultes issus de l’immigration. Que le sport permette à des jeunes défavorisés socialement de trouver une reconnaissance est une réalité. Pour certains jeunes dotés d’aptitudes physiques, c’est dans le sport qu’ils trouvent une promotion sociale de substitution. Moins riches en ressources économiques et culturelles, possédant de surcroît un capital symbolique « négatif » lié à la stigmatisation, ils trouvent dans le sport de haut niveau un espace qui reconnaît leur compétence et qui tire profit de dispositions, qualités et savoirs pratiques valorisés dans les milieux populaires. Un moment clé de leur itinéraire est alors l’entrée en formation, qui constitue à la fois constitue à la fois une promotion sportive élective, marquée par un rapprochement avec l’espace strictement professionnel, et une rupture, plus ou moins nette, avec le cadre de la pratique et la façon de jouer antérieurs. En tant que « rite d’institution », pour reprendre une formule de Bourdieu, le recrutement au centre de formation des apprentis footballeurs participe à la construction de la vocation, c’est-à-dire la croyance dans le fait « d’être fait pour ça ».
        Il existe donc des parcours, une reconnaissance, de la réussite. Mais il ne faut pas oublier que le racisme reste présent dans les stades et sur les terrains, et que des joueurs d’origine étrangère peuvent très fréquemment être renvoyés à leur différence. Par ailleurs, la réussite des quelques footballeurs sélectionnés dans l’équipe de France de football, si elle contribue au mythe du « salut social » par le sport, fait aussi écran à la réalité de l’impasse dans laquelle se trouvent nombre de jeunes issus de l’immigration en difficulté d’insertion socioprofessionnelle. Il faut donc prendre garde à la dimension mythique de la représentation du sport intégrateur : elle amène par ailleurs à sous-estimer les logiques de ségrégation, d’entre-soi, de ghettoïsation qui sont aussi présents dans le monde du sport.
         Comment s’est construit ce mythe ?
        Il vient en droite ligne de ce que l’on pourrait nommer l’« idéologie sportive », promue par les pères fondateurs du sport moderne. Très tôt, dans l’Angleterre des années 1830, on a reconnu et valorisé ses vertus morales et éducatives. Norbert Elias y voit un élément du processus de la « civilisation des mœurs », contribuant à maîtriser la violence en lui substituant des affrontements symboliques et pacifiques. Dans un registre plus critique, Pierre Bourdieu note que l’affrontement réglé des sports modernes permet l’expression de valeurs bourgeoises comme le fair-play et le self government.
        Mais on interroge peu, en définitive, le consensus autour des fonctions sociales d’un sport « naturellement » intégrateur. Cela peut s’expliquer. On notera ainsi que le schème des vertus sociales et éducatives du sport est suffisamment vague pour emporter une adhésion peu critique : de la pacification des banlieues à la sociabilité et la réalisation de soi, chacun peut s’y retrouver, en quelque sorte. Et cette doxa est relayée par un « cercle de croyants » bien plus large que les seuls représentants du mouvement sportif. Parmi ceux-ci, on peut repérer les industriels paternalistes de la première moitié du XXe siècle, attentifs à prévenir les tensions sociales, mais aussi les acteurs de l’éducation. Je pense par exemple aux enseignants-promoteurs de la « République des Sports » des années 1960, et à l’alliance formée entre les ministres gaullistes de la Jeunesse et des Sports et les militants communistes de la Fédération sportive et gymnique du travail dans les années 60. Tous ont contribué à promouvoir et consolider la vision du sport (de compétition) intrinsèquement vertueux et éducatif. La droite républicaine et les communistes se retrouvent pour reconnaître et promouvoir l’aspect socialisant du sport.
        À partir des années 1980, dans un contexte marqué par des tensions politiques et sociales sur le modèle de l’intégration, cette vision est réactivée et trouve une nouvelle formulation. On voit émerger des discours sur la participation du sport à la lutte contre la « crise du lien social » (notamment dans les quartiers populaires). Le sport est convoqué, plus souvent qu’à son tour, pour lutter contre les nouvelles exclusions sociales. Il devient « social » et les dispositifs sont désormais « socio-sportifs », alors que la jeunesse des quartiers populaires devient progressivement le groupe cible de l’action publique. Cela fait apparaître de nouveaux acteurs. En effet, dès la fin des années quatre-vingts, un nouvel espace politico-professionnel se structure autour de la question de l’intégration sociale par le sport sous le double effet des politiques publiques et des stratégies d’institutions et d’agents dont les carrières sont en partie liées à la transformation de cet espace. Face à la concurrence des politiques de la ville et des nouvelles politiques sportives des collectivités territoriales (depuis la décentralisation), le ministère de la Jeunesse et des Sport trouve ainsi dans « l’insertion » puis « l’intégration par le sport » une nouvelle compétence susceptible de perpétuer son existence. Des équipements sportifs de proximité et des animations sportives de quartiers voient progressivement le jour. Des éducateurs, des animateurs « socio-sportifs » mais aussi des policiers font vivre cette logique. Sur un mode social, c’est bien l’idée d’une pacification déjà avancée par Norbert Elias que l’on retrouve ici.
        La victoire de l’équipe de France de football lors de la coupe du monde 1998 vient donner corps à une représentation qui illustre et justifie ces politiques, avec l’idée que la France aurait, tout au long du XXe siècle et notamment grâce au sport, naturellement intégré des hommes issus des différentes vagues d’immigration. Or, des événements comme l’interruption du match France-Algérie en 2001 viennent rappeler que tout n’est pas si simple, et qu’il n’y a au fond guère de raison pour que le sport passe à travers les tensions qui traversent la société française. On a eu tendance, historiquement, à voir dans le sport une réponse aux tensions sociales, ou du moins un espace qui y échappait : nous apprenons aujourd’hui à repérer en quoi il est lui aussi touché par ces questions et tensions.
Richard Robert, « Mythes et réalités de l’intégration par le sport », entretien avec William Gasparini.

Document 3 :



Dessin publié par Lepost.fr

Document 4 :

        Une défaite au premier tour du tournoi de la ville lui assurant malgré lui du temps libre, Kylh marche dans une rue de Stockholm quand un enfant, un adolescent, lui roule dans les jambes, projeté là comme un paquet par un employé de McDonald's fou de rage. Kylh commence à s'indigner mais le jeune garçon se relève souriant, sans un cri contre son expéditeur, disant au promeneur mêlé par hasard à cette histoire « Laissez, ce con est dans son droit ». Déconcerté, Kylh interrompt sa dispute naissante avec l'employé qui, l'expulsion accomplie, rentre dans le fast-food. « Pardon », lui dit l'enfant quand Kylh, par réflexe, examine son pantalon au cas où le choc en aurait dérangé le pli. « Pourquoi as-tu volé ? », dit l'adulte, gêné que la conversation se close sur cette excuse imméritée. « C'est très facile. Il suffit de commander quelque chose qui est prêt et autre chose qui ne l'est pas encore. Le temps qu'on vous prépare les frites ou le milk-shake qu'ils n'avaient pas d'avance, vous avez déjà mangé votre big mac. Après, tant pis qu'ils vous flanquent dehors, vous n'avez plus faim. - Tes parents ne te nourrissent pas ? Non », dit le gamin, laissant Kylh de plus en plus mal à l'aise. L'enfant est proprement vêtu, trop légèrement, toutefois. « Tu n'as pas froid ? - Votre attention me réchauffe. » Kylh comprend qu'il n'en tirera aucune plainte. Le garçon est joyeux, séduisant, il ressemble à un voyou poli. Kylh souhaite l'aider, lui-même quitte Stockholm le lendemain, ça ne l'engage pas à grand-chose. « Tu m'accompagnes ? » L'adolescent accepte d'un battement de paupières. « Comment t'appelles-tu ?, dit Kylh. - Ximon, dit Ximon. - Je peux faire quelque chose pour toi ? », demande Kylh après lui avoir offert un déjeuner plus conséquent et un pull mais sans avoir percé la discrétion de son compagnon, toujours sans comprendre sa situation exacte, estimant en réalité en avoir terminé avec lui, faisant ainsi ses adieux. « Entraînez-moi, dit Ximon. - Pardon ? » Kylh croit que sa propre passion pour le tennis lui provoque une hallucination auditive. « S'il vous plaît, entraînez-moi. Ça, dit Ximon, je ne peux pas le faire tout seul. » Kylh est estomaqué d'avoir été reconnu, il est alors cent douzième joueur mondial, classement qui ne provoque généralement pas l'enthousiasme des adolescents. Il ne trouve à répondre que « Je suis joueur, pas entraîneur. - Arrêtez de jouer, dit le gamin, votre carrière est derrière vous. Aujourd'hui cent douzième, vous ne remonterez plus notablement. Entraîneur, vous restez dans cet univers, et ensemble on gagnera tout, on sera champion du monde. - Champion du monde, ça n'existe pas au tennis », dit Kylh à côté de la plaque, comme si l'absence de championnats du monde officiels était le premier argument à opposer à Ximon. « Vous verrez », dit celui-ci avec la même indifférence qu'il a manifestée jusqu'à présent à l'égard de tout et que Kylh interprète comme une confiance exagérée. « Tu sais déjà jouer au tennis ? - Bien sûr », répond Ximon, comme si Kylh était un imbécile pour poser une telle question. « Je pense que j'y arriverai, ajoute-t-il contradictoirement. Je sais perdre et je sais gagner », conclut-il, convainquant Kylh sur ces deux points. Alors Kylh, estimant avoir trouvé le moyen de mettre fin à l'histoire où il commence à perdre pied « Quel âge as-tu ? - Bientôt majeur, dit Ximon qui n'a de toute évidence pas seize ans. Ne vous inquiétez de rien, je m'occupe de l'administratif. »
Mathieu Lindon, Champion du monde, 1994.

dimanche 9 octobre 2011

analyse et plan de synthèse du corpus tiré du site magister

Analyse des documents du corpus sur les valeurs du sport tiré du site magister
http://www.site-magister.com/bts/resume.htm
Document 1 :
1. Le sport reflète l’organisation du système capitaliste.
2. A la recherche du profit correspond la quête de la performance.
3. Les deux fonctionnent dans le cadre de la concurrence.
4. C’est pourquoi le sport est né comme le capitalisme au début de la Révolution industrielle.
5. C’est pourquoi aussi le sport s’est progressivement parcellarisé et le corps s’est mécanisé.
6. L’idéologie du sport dérive de l’idéologie capitaliste.
7. Aujourd’hui, devenu universel, il incarne l’idéal humaniste.
8. Cet idéal repose sur l’acharnement, le sacrifice, l’obéissance et le respect de l’adversaire.
9. Le sport est la vitrine du capitalisme.
10. Il prétend instaurer une égalité entre les classes et les peuples.
11. C’est pourquoi il est le masque avantageux du capitalisme.
12. Il est devenu ainsi l’ersatz de l’idéal religieux et le vecteur de la communion sociale.



Document 2 :
1. Le foot est devenu un spectacle factice.
2. Les arbitres ne sont plus là pour appliquer les règles.
3. Le marquage n’est plus l’objectif du jeu.
4. Le foot est devenu le miroir de notre société avec ses tares : l’argent, la violence, la tromperie et l’ennui.
5. Pinochet avait raison.
6. Le stade est devenu un champ de bataille où s’affrontent des supporters ivres et enragés.
7. Les footballeurs sont devenus cyniques comme les télés.
8. On pourrait envisager une année sans foot.



Document 3 :
1. Le sport marie concurrence et justice puisque le meilleur est toujours le vainqueur.
2. Le sport serait une thérapie contre l’addiction et la violence.
3. Le dopage sert à améliorer les performances individuelles.
4. On utilise de plus en plus de produits légaux ou non pour le confort ou le plaisir.
5. La limite entre drogue et remède est assez floue.
6. Au début la drogue était associée à la révolte des jeunes.
7. On a de plus en plus recours au dopage pour améliorer ses performances dans une société de concurrence.
8. C’est pourquoi le sport inspire les chefs d’entreprises.
9. Aujourd’hui les addictions sont de plus en plus répandues.
10. L'’addiction permet de supprimer les doutes et de valoriser son image.



Document 4 :
1. Un homme très musclé à la boîte crânienne peu développée contracte fièrement son biceps en forme d’hémisphère cérébral.
2. Le développement physique se fait parfois au détriment du développement intellectuel.





Plan :

Problématique : Le sport reflète-t-il exactement la société ?

I) Le sport donne une image trompeuse de notre société :
a) Le sport semble incarner un idéal :
Aujourd’hui, devenu universel, il incarne l’idéal humaniste. (doc.1)
Cet idéal repose sur l’acharnement, le sacrifice, l’obéissance et le respect de l’adversaire. (1)
Il est devenu ainsi l’ersatz de l’idéal religieux et le vecteur de la communion sociale. (1)
Le sport marie concurrence et justice puisque le meilleur est toujours le vainqueur. (3)
Le sport serait une thérapie contre l’addiction et la violence. (3)
Le dopage sert à améliorer les performances individuelles mais il crée une injustice. (3)
Le développement musculaire semble plus important que le développement intellectuel. Un homme très musclé à la boîte crânienne peu développée contracte fièrement son biceps en forme d’hémisphère cérébral. (4)
b) En fait, Le sport est la vitrine du capitalisme. C’est pourquoi il est le masque avantageux du capitalisme. (1)
Il prétend instaurer une égalité entre les classes et les peuples. (1)
c) De plus Le foot est devenu un spectacle factice. (2)
Les arbitres ne sont plus là pour appliquer les règles. (2)
Le marquage n’est plus l’objectif du jeu. (2)


II) Cependant, sur bien des points, le sport donne une image véridique de notre société
a) Le sport reflète l’organisation du système capitaliste. (1)
A la recherche du profit correspond la quête de la performance. (1)
Les deux fonctionnent dans le cadre de la concurrence. (1)
C’est pourquoi le sport est né comme le capitalisme au début de la Révolution industrielle. (1)
C’est pourquoi aussi le sport s’est progressivement parcellarisé et le corps s’est mécanisé. (1)
L’idéologie du sport dérive de l’idéologie capitaliste. (1)
b) Le foot est devenu le miroir de notre société avec ses tares : l’argent, la violence, la tromperie et l’ennui. (2)
Pinochet avait raison. (2)
Le stade est devenu un champ de bataille où s’affrontent des supporters ivres et enragés. (2)
Les footballeurs sont devenus cyniques comme les télés. (2)
On pourrait envisager une année sans foot. (2)
c) Le dopage dans le sport reflète le développement de l’addiction dans notre société :
On utilise de plus en plus de produits légaux ou non pour le confort ou le plaisir. (3)
La limite entre drogue et remède est assez floue. (3)
Au début la drogue était associée à la révolte des jeunes. (3)
On a de plus en plus recours au dopage pour améliorer ses performances dans une société de concurrence. (3)
C’est pourquoi le sport inspire les chefs d’entreprises. (3)
Aujourd’hui on est de plus en plus en addiction. (3)
L’addiction permet de supprimer les doutes et de valoriser son image. (3)
Le développement musculaire est une sorte d’addiction. (4)