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lundi 12 mars 2018

Corps naturel, corps artificiel : sujet de culture générale n°5


1) Vous ferez une synthèse objective, concise et ordonnée des documents suivants :

Document 1 :


Le XIXe siècle, maladivement pudibond (la tenue féminine – corset + jupon + jupe longue – doit tout cacher, la masturbation est accusée des pires maux…), n’en voit pas moins le nombre de baignoires publiques passer de 500 à 5 000 à Paris entre 1800 à 1850, même si le bain est jugé immoral. Bref, le souci de soi n’est pas né avec la seconde moitié du XXe siècle et la révolution sexuelle des années 1960. Et « l’histoire de ­l’Occident est ponctuée de découvertes successives du corps, de ses sensations et de ses apparences », dit Georges Vigarello.
Pour autant, comment expliquer que le corps, subi, redouté et refoulé par puritanisme il n’y a pas si longtemps, ait changé de fond en comble de statut en quelques décennies au point de devenir un objet de culte, un capital à préserver coûte que coûte, un repère identitaire central ? Semblable (r)évolution ne s’est pas faite en un instant. D’abord, depuis le milieu du XIXe s, grâce aux progrès de la médecine et de la technique, le corps n’a cessé de livrer ses secrets. « Il est de mieux en mieux connu, entretenu, soigné, réparé et appareillé, analyse Isabelle Queval, du Centre Edgar Morin. Le recul de la maladie et l’allongement continu de l’espérance de vie dans les pays riches font que l’on vit mieux avec son corps. “Mieux vivre son corps” devient “être son corps”. Autrement dit, on peut agir sur lui, le contrôler, le planifier, le perfectionner, le renouveler… »
Si le corps se taille de nos jours la part du lion dans la culture occidentale, c’est aussi parce que la démocratie, en s’enracinant dans nos sociétés, « a amené les sujets à exister de plus en plus sur le mode de la décision individuelle, insiste Georges Vigarello. En disposant d’une part croissante d’autonomie, chacun peut s’interroger plus finement sur ce qu’il est et ce qu’il a envie de faire. De façon générale, plus une société va dans le sens d’une conquête individuelle, plus elle donne de place au plaisir, au désir et donc à tout ce qui touche à la sphère corporelle ». De la disparition du corset à l’essor des salles de remise en forme et de la chirurgie esthétique, de la découverte du « soleil plaisir » dans les années 1920 à la mise en culture du corps via la fécondation in vitro, de la banalisation des moyens contraceptifs grâce auxquels la féminité n’est plus systématiquement liée à la maternité au succès des produits cosmétiques pour les deux sexes, en passant par les nouveaux rituels hédonistes (massages, spas, thalassothérapies…), le boom de l’alimentation « bio » et celui de la DHEA promesse de jouvence éternelle…, tout concourt, depuis plus d’un siècle, à faire de l’apparence corporelle « le vaisseau amiral de l’identité », assure Isabelle Queval.

Philippe Testard-Vaillant, « Le diktat des apparences », lejournal.cnrs.fr

Document 2 :


Il s'est passé quelque chose avec notre corps dont nous n'avons pas encore pris toute la mesure. Il était le « tombeau de l'âme » pour Socrate, la source du péché pour les chrétiens, ce dont il fallait apprendre à se détacher parce qu'il nous voue à la souffrance, à la maladie et à la mort. Il est aujourd’hui le siège de toutes les attentions et de tous les plaisirs. Les progrès scientifiques et techniques de ces cent dernières années permettent de resituer ce changement profond dans la longue durée. Marcel Gauchet le décrit remarquablement dans Conditions de l’Education (p 89). Pour lui, la dévalorisation de la connaissance dans notre monde contemporain ne peut être comprise sans la mettre en parallèle avec ce changement de statut du corps : « Plus profondément encore, c’est le socle anthropologique sur lequel reposait la valorisation de la connaissance qui paraît s’être dérobé. Il s’est produit, à cet égard, une inversion capitale, qui pourrait être l’un des évènements fondamentaux de notre vie culturelle récente. D’une expérience millénaire, le corps était tenu pour le lieu de la souffrance et du malheur intimes. En regard, l’esprit faisait figure de moyen de s’élever au-dessus de notre propre misère ; il proposait notre seule voie d’accès aux vrais plaisirs, ceux qui durent et dont on est maître ; il s’offrait comme l’instrument de notre bonheur en ce monde et de notre éventuelle félicité dans l’autre. Or nous voici devenus, par la grâce de la médecine, de l’hygiène et de l’abondance, les premiers dans l’histoire pour lesquels le corps est le siège d’un bien-être habituel, sans parler des jouissances promises par une culture hédoniste et permissive (…) [Ainsi] Que faire de savoirs qui « prennent la tête », dans un monde où l’aspiration primordiale est à être « bien dans sa peau » ? Marcel Gauchet se réfère au livre de Hervé Juvin (« l’Avènement du corps ») qui traite spécifiquement de cette transformation. Ce dernier dit notamment dans sa présentation : « Ce corps inventé est le cadeau que nous laisse un siècle de fer et de sang – le cadeau d’une vie qui a doublé. Et ce corps s’est installé en surplomb de nos choix individuels et collectifs. Il a pris le pouvoir ». Faisant un parallèle avec le corps de nos ancêtres (le début du XXème siècle), il dit : « Leur corps de misère et de souffrance est devenu notre corps de performance, de plaisir et d’une initiation qui n’en finit pas à toutes les joies de vivre ». Jugeant que ce nouveau corps a bouleversé notre condition humaine, il annonce en quelque sorte un salut par ce nouveau dieu : « Après les dieux, après les révolutions, après les marchés financiers, le corps devient notre système de vérité. Lui seul dure, lui seul demeure. En lui nous plaçons tous nos espoirs, de lui nous attendons une réalité qui ailleurs échappe. Il est devenu le centre de tous les pouvoirs, l’objet de toutes les attentes, et même celles du salut. Nous sommes ces étranges, ces inconnus, les hommes du corps. ».
Selon Georges Vigarello, la vieille expérience de la transcendance semble s'être rabattue sur l'expérience du corps, cet espace intime totalement retravaillé, indéfiniment réinterrogé dont la présence a grandi avec l'affaissement des " au-delà " et des futurs idéalisés. De ce point de vue l’idéal de perfection dévolu au corps pourrait signifier cet effacement des anciens repères venus du ciel au profit de la performance et/ou de l’esthétisme corporels. Le corps, ou du moins son image, est effectivement magnifié, mais au prix d’une instrumentalisation contraignante : le corps doit se travailler, se modeler à notre guise. Il peut être entièrement voué à la performance (sports de haut niveau, goût pour l’aventure de l’extrême, les raids …etc.). Chacun veut se dépasser pour être mieux et plus. On est de plus en plus dans son apparaître, le langage du corps étant au service d’une incarnation de ce que je suis. Le langage corporel définit une incarnation signifiante. « Le corps décoré, estampé, orné, rehaussé est vécu comme une chair signifiante ». N’y a-t-il pas une certaine contradiction entre l’hédonisme parfois revendiqué, et ce qu’il faut bien appeler une forme d’ascétisme ? L’utopie du corps parfait fait appel à beaucoup de contraintes, d’effort, de renoncement. Le corps devient le lieu de « l’illimité du travail possible » (il n’y a pas vraiment de terme aux efforts permanents que nous pouvons déployer pour notre corps), sans doute à la place de l’illimité traditionnel assuré par les anciennes transcendances. L’illimité de la quête spirituelle, s’est rabattu désormais sur l’illimité de la perfection corporelle.

Daniel Mercier, « Peut-on parler d’un véritable « culte du corps » dans notre société contemporaine ? », cafephilosophia.fr

Document 3 :

 
« Sous les pavés la plage », « faites l’amour, pas la guerre », « interdit d’interdire », « vivre sans temps morts, jouir sans entraves » …, dans le mouvement de prise de parole qui se fait jour en 68, les slogans sont plus souvent poétiques que politiques et non dénués d’humour. La liberté, la fête, le plaisir, voilà ce que réclame une jeunesse impertinente, lassée de la « chape moraliste » qui pèse sur les rapports sociaux et sur la sexualité… Si la révolte a, jusqu’en 1973, des visées politiques portées par des groupuscules d’étudiants trotskistes, maoïstes, communistes, toutes les analyses s’accordent à mentionner la dimension festive, ludique et hédoniste de Mai 68. Tout un courant disparate à tendance libertaire, proche de la mouvance situationniste, s’attaque à la morale et aux institutions au nom de la libération du désir et de l’épanouissement des individus, explique le sociologue Jean-Pierre Le Goff.
Minijupes, seins nus et monokinis pour les filles, cheveux longs et chemises à fleurs pour les garçons, relations sexuelles hors mariage et amour libre revendiqué, rock’n’roll et pop music…, de nouvelles pratiques sont en germe depuis les années 1960. Durant le printemps chaud de 1968, les « pelouses interdites » des parcs parisiens se couvrent subitement de corps plus ou moins dénudés, enlacés ou simplement relaxés…
Car c’est aussi à travers les corps que se manifeste la contre-culture qui signale, selon l’historienne Florence Rochefort, « l’imbrication du culturel et du politique ». La transgression est le mot d’ordre de cette « culture jeune » qui apparaît, identifiée par le sociologue Edgar Morin.
Si la société de consommation récupère cette inventivité et cette marginalité dont la presse, le cinéma, la mode se font l’écho, c’est en fait toute une discipline des corps qui est alors contestée. Michel Foucault en montrera, dans Surveiller et punir (1975), la présence centrale dans le fonctionnement des sociétés bourgeoises de l’école, de la famille, de l’usine, des prisons. En 1975 également, la revue Quel corps ? lancée par Jean-Marie Brohm, développe un positionnement radical qui fait « du corps un point central de la critique du capitalisme »
Un ensemble de mutations d’ordre socioculturel est en marche et tous les domaines de la société sont touchés. Le pouvoir médical et son mandarinat est contesté mais aussi les pratiques. La vogue des médecines douces, venues d’un Orient que certains prônent comme exemple de la sagesse et de la connaissance, grandit. De leur côté, des médecins militants prennent l’initiative d’avorter les femmes, au risque d’une répression pour pratique illégale…
Plus radicalement, l’apparition du mouvement féministe va engendrer une profonde remise en question des normes sexuelles.

Martine Fournier, « Mai 68 et la libéralisation des mœurs », scienceshumaines.com

Document 4 :




 Manifestation féministe des années 1970
Abrogeant la loi en vigueur depuis 1920 qui interdisait « la propagande et l’utilisation des moyens de contraception », la loi Neuwirth du 28 décembre 1967 a autorisé la pilule et légalisé ainsi la contraception.


2) Ecriture personnelle :

Le culte du corps dans notre société est-il une libération ou un diktat de l’apparence ?   

jeudi 25 janvier 2018

Corps naturel, corps artificiel : sujet de culture générale n°4

 


1) Vous ferez une synthèse objective, concise et ordonnée des documents suivants :

Document 1 :

Il y a quelques semaines, un Chinois du nom de Xu Xiaochun a tenu en public des propos qui font froid dans le dos. Xu Xiaochun préside Boyalife, une entreprise ayant investi 31 millions de dollars dans une usine à Tianjin destinée à produire - par clonage - 100.000 embryons de bœuf par an pour satisfaire la demande des Chinois en rosbif. « La technologie existe déjà. Si le clonage humain est autorisé, je crois qu'aucune autre entreprise ne sera mieux placée que Boyalife pour la mettre en œuvre », a déclaré M. Xu, qui ajoute : « Malheureusement, jusqu'à présent­, la seule façon d'avoir un enfant est de mélanger 50 % du patrimoine génétique de la mère et 50 % de celui du père. Mais peut-être à l'avenir aurons-nous trois choix au lieu d'un : soit 50-50, soit un enfant avec 100 % de gènes de son papa, soit un enfant avec 100 % de gènes de sa maman. " Vous frissonnez ?...
Pourtant, le tournant qui a rendu les déclarations de M. Xu possibles est passé relati­vement inaperçu. En 2013, un généticien américain du nom de Shoukhrat Mitalipov, de l'université de l'Oregon, a publié dans la revue « Cell » le compte rendu de ses manipulations : il était parvenu à obtenir par clonage un embryon humain qu'il a laissé se développer in vitro pendant une demi-douzaine de jours (jusqu'au stade de blastocyste1) avant d'en prélever des cellules souches. Son expérience a été réitérée avec succès l'année suivante par deux autres équipes. L'une des « astuces » ayant permis ce résultat a été de plonger l'ovule dans un bain de... caféine ! Cette substance aurait en effet la propriété de bloquer le processus de division cellulaire dans une phase favorable à la réussite du clonage.
Shoukhrat Mitalipov et ses suiveurs ont mis en avant le potentiel thérapeutique de leur exploit. Ce clonage humain, arguent-ils, serait légitime dans la mesure où les cellules souches embryonnaires ainsi obtenues constituent l'une des armes les plus efficaces de la médecine moderne.
Nul ne sait avec certitude ce que seraient devenus ces embryons humains si on les avait réimplantés chez une mère porteuse. Des fœtus au développement anormal, condam­nés à disparaître dans une fausse-couche, ou porteurs de graves tares men­tales et/ou physiques ? Ou bien - comme Dolly - des nouveau-nés parfai­tement « sains » et semblables à tous les bébés du monde, à cela près qu'ils posséderaient le même patrimoine génétique qu'un autre être humain sans pour autant avoir partagé avec lui, à l'instar de deux jumeaux homozygotes, le même utérus ?
Malgré ces questions essentielles, malgré les déclarations glaçantes mais non totalement infondées - la technologie existe bel et bien - d'entrepreneurs chinois en mal de publicité, la communauté des généticiens ne semble pas montrer grand intérêt pour les récentes expériences de Shoukhrat Mitali­pov et consorts.
Professeur au Collège de France, membre fondateur de l'institut des maladies géné­tiques Imagine, Alain Fischer balaie la question d'un revers de main. « Cette affaire est caduque depuis la mise au point des cellules iPS », lance-t-il. Développées à partir de 2006 par le Japonais Shinya Yamanaka (récompensé par le prix Nobel de médecine en 2012), les cellules iPS2 ont révolutionné la thérapie cellulaire, jusqu'ici cantonnée aux cellules souches embryonnaires. Maintenant qu'il existe une autre façon - plus simple techniquement et de beaucoup préfé­rable sur le plan éthique - d'obtenir des cellules souches pluripotentes, pourquoi s'embêter à créer des embryons par clonage ? D'autant que, comme le souligne le président du comité d'éthique de l'Inserm, Hervé Chneiweiss, les embryons surnu­méraires, ne faisant pas ou plus l'objet d'un projet parental, ne manquent pas : 170.000 d'entre eux sont actuellement congelés en France, « ce qui suffit largement à couvrir les besoins de la population en termes de besoin de cellules souches embryonnaires ».
Pour l'éthicien en chef de l'Inserm, cependant, le véritable marché ciblé par les partisans du clonage humain n'est pas celui des malades mais celui, autrement plus vaste et « juteux », des femmes souhaitant avoir un enfant à un âge avancé - par exemple lorsqu'elles se sont déjà assuré un beau début de carrière. Avec les années, leurs ovocytes se dégradent, ce qui les rend de moins en moins fertiles. Si elles n'ont pas trouvé de pères potentiels quand elles sont encore en âge d'enfanter, elles pourraient toujours, grâce à la technique de Shoukhrat Mitalipov, se faire prélever un noyau puis, quelques années plus tard, le transférer dans l'ovocyte d'une femme jeune.
C'est aussi l'avis d'Arnold Munnich, codirec­teur de l'institut Imagine avec Alain Fischer. Auteur d'un livre-manifeste, intitulé « Programmé mais libre » (Plon), cet autre ponte de la thérapie génique n'a pas de mots assez durs pour vilipender ses collègues œuvrant au clonage de l'homme : « La grande masse des gens attend de nous que nous guérissions leur enfant ou au moins que nous découvrions de quoi il souffre. Les élu­cubrations des chercheurs de l'Oregon ne sont pas leur affaire. » Hélas, cela pourrait le devenir !

Yann Verdo, « Clonage : vingt ans après la brebis, l’homme ? », Les Echos.fr, janvier 2016.
1.     Blastocyste : stade précoce du développement embryonnaire.
2.     Cellules iPS : cellules souches générées en laboratoire à partir de cellules somatiques.

Document 2 :


Illustration sur le clonage humain, japanus.makes.org

Document 3 :


Clonage humain et éthique sont-ils compatibles ?

Avec les problèmes techniques qui accompagnent le clonage se posent les questions éthiques. Si le clonage reproductif humain est condamné, presque à l’unanimité, le clonage thérapeutique suscite lui de vives controverses : vertigineuse opportunité thérapeutique ou intolérable exploitation de la vie ? On touche en effet ici un point sensible au carrefour des préoccupations religieuses, bioéthiques et médicales : le statut de l’embryon humain. À partir de quand peut-on le considérer comme une personne ? Porte-t-on atteinte à la dignité humaine en créant des embryons uniquement à des fins thérapeutiques ?
Il est délicat de trouver un consensus à ces questions qui font écho à des conceptions si intimes de la vie. L’hétérogénéité des lois entre pays en témoigne. En France, malgré les avis favorables au clonage thérapeutique de l’Académie des sciences et du Comité Consultatif National d’Éthique, une loi interdisant toute forme de clonage humain a été votée par le Sénat en janvier 2003. Son examen par l’Assemblée nationale en deuxième lecture est prévu pour fin mars.
Quel serait le statut civil d’un clone humain ? 
Du point de vue du droit, il serait l’enfant de la femme qui l’aurait mis au monde et de l’homme qui l’aurait reconnu. Mais la question de la filiation biologique des clones humains resterait pour le moins problématique ! Ni frère, ni fils, ni même jumeau…
La question se complique quand on prend conscience qu’un clone pourrait avoir cinq mères : la mère donneuse de l’ovocyte, la mère donneuse du noyau, la mère porteuse, la mère qui élèverait l’enfant et la mère génétique*. Ces relations de parenté totalement redéfinies ne devraient pas pour autant voler aux clones leur nature humaine. La question du statut des clones humains reste heureusement fictive, car les problèmes techniques et éthiques qui s’y ajoutent rendent aujourd’hui inacceptable d’autoriser le clonage reproductif humain.

* un individu issu d’une fécondation hérite d’un lot de chromosomes paternels amenés par le spermatozoïde et d’un lot de chromosomes maternels présents dans l’ovocyte. Il possède donc la moitié du patrimoine génétique de chacun de ses parents. La femme qui possède la moitié de ses chromosomes en commun avec un clone n’est pas la mère donneuse du noyau, mais la mère de celle-ci. Cette femme peut donc être considérée comme la mère génétique du clone.

« Clonage : quels risques ? » Science actualités.fr, février 2003.

Document 4 :

Les vrais jumeaux sont-ils des clones ? Oui, si l’on se limite à la définition du clone comme double génétiquement identique. Les vrais jumeaux sont même de ce point de vue plus proches qu’un animal cloné en laboratoire et sa copie. Les vrais jumeaux ou jumeaux monozygotes proviennent de la division d’un même ovule fécondé par un spermatozoïde. Ils possèdent donc le même génome, contrairement aux jumeaux dizygotes issus de deux ovules distincts. Les patrimoines génétiques de ces derniers sont aussi différents qu’entre frère et sœur.
Les animaux clonés comme la brebis Dolly, eux, ont un matériel génétique légèrement différent de leur modèle, car ils ne possèdent pas le même ADN mitochondrial, un ADN situé à l’extérieur du noyau des cellules, contrairement à l’ADN principal. En effet, le clonage consiste à remplacer le noyau d’un ovule par celui d’une cellule de l’individu à cloner. C’est donc l’ADN principal de ce dernier qui est transmis, et non l’ADN mitochondrial. Après stimulation électrique, l’ovule forme un embryon. Il est ensuite placé dans l’utérus d’une femelle qui donnera naissance à un clone imparfait.
 Les chercheurs ont constaté que les animaux clonés tendent à développer plus de différences entre eux que les animaux issus de grossesses gémellaires. Pourtant, les jumeaux monozygotes sont loin d’être identiques à 100 %. En cause, les mutations qui se produisent dans l’ADN de chacun des embryons lors des premières divisions cellulaires. Elles peuvent induire des différences physiques (un grain de beauté ou la couleur des yeux) ou condamnent parfois un jumeau à une maladie génétique comme la trisomie 21 ou le diabète alors que l’autre reste en bonne santé. L’expression de leurs gènes ainsi que leur apparence vont aussi naturellement diverger en fonction de leur environnement : régime alimentaire, niveau de stress, pollution, etc. Quant aux différences intellectuelles et psychologiques, elles se modèlent à partir de l’expérience personnelle.
Malgré toutes ces nuances, les jumeaux monozygotes sont les êtres les plus semblables qui existent. La probabilité que des frères et sœurs classiques se ressemblent autant génétiquement est nulle, car lors de la production des gamètes (ovules et spermatozoïdes), les gènes portés par les paires de chromosomes s’échangent de façon aléatoire. Résultat : chaque gamète est génétiquement différent. Impossible de concevoir successivement deux êtres humains au patrimoine génétique identique, c’est ce qui fait que chacun de nous est unique.

« Les vrais jumeaux sont-ils des clones ? », Ça m’intéresse.fr

2) Écriture personnelle :

Pensez-vous que le clonage humain doit être interdit ?

mercredi 6 septembre 2017

Corps naturel, corps artificiel : sujet de culture générale n°3



1) Vous ferez une synthèse objective, concise et ordonnée des documents suivants :

Document 1 :

[A la fin des années 1850, Camille, vingt ans, subit un examen médical qui confirme ce qu'elle sait déjà, elle n'appartient pas au sexe féminin.]

Je ne m’étais pas attendu néanmoins à une investigation aussi sérieuse de sa part.
Il me déplaisait de le voir s’initier de lui-même à mes plus chers secrets, et je répondis en termes peu mesurés à quelques-unes de ses paroles qui me semblaient une violation.
« Ici, me dit-il alors, vous ne devez pas seulement voir en moi un médecin, mais un confesseur. Si j’ai besoin de voir, j’ai aussi besoin de tout savoir. Le moment est grave pour vous, plus que vous ne le pensez peut-être. Je  dois pouvoir répondre de vous en toute sécurité, à Monseigneur d’abord, et sans doute aussi devant la loi, qui en appellera à mon témoignage. » Je me dispense d’entrer ici dans le détail minutieux de cet examen, après lequel la science s’inclina convaincue.
Il lui restait maintenant à faire réparer une erreur commise en dehors de toutes les règles ordinaires. Pour la réparer, il fallait provoquer un jugement en rectification de mon état civil.
« Franchement, me dit le bon docteur, votre marraine a eu la main heureuse en vous appelant Camille. Donnez-moi la main, mademoiselle; avant peu, je l’espère, nous vous appellerons autrement. (...)
Par instants je me demandais si je n’étais pas le jouet d’un rêve impossible. Ce résultat inévitable que j’avais prévu, désiré même, m’effrayait maintenant comme une énormité révoltante. En définitive, je l’avais provoqué, je le devais sans doute ; mais qui sait ? Peut-être avais-je eu tort. Ce brusque changement qui allait me mettre en évidence d’une façon si inattendue ne blessait-il pas toutes les convenances ?... Le monde, si sévère, si aveugle dans ses jugements, me tiendrait-il compte d’un mouvement qui pouvait passer pour de la loyauté, et ne s’attacherait-il pas plutôt à le dénaturer, à m’en faire un crime ?

[Peu après, elle doit quitter la pension où elle était institutrice et se séparer de sa jeune collègue de dix-huit ans avec laquelle elle entretenait un amour secret.]

J’avais pressé une dernière fois dans mes bras celle que j’appelais ma sœur et que j’aimais avec toute l’ardeur d’une passion de vingt ans. Mes lèvres avaient effleuré les siennes. Nous nous étions tout dit. Je partais cette fois emportant dans mon âme tout le bonheur dont j’avais joui pendant ces années, le premier, l’unique amour de ma vie. La voiture, en s’éloignant, m’avait dérobé la vue de ma bien-aimée. Tout était fini.
Je crois avoir tout dit concernant cette phase de mon existence de jeune fille. Ce sont les beaux jours d’une vie vouée désormais à l’abandon, au froid isolement. Ô mon Dieu ! quel sort fut le mien ! Mais vous l’avez voulu, sans doute, et je me tais. De retour à B..., il fallut s’occuper des démarches relatives à mon apparition dans le monde civil comme sujet du sexe masculin.

Herculine Barbin, Mes Souvenirs, Editions du Boucher

Document 2 :

Le paradoxe, si l’on observe les protocoles en vigueur chez certaines équipes « officielles », c’est que pour obtenir la gratuité des traitements hormonaux et chirurgicaux en France, il faut être reconnue victime de « troubles de l’identité de genre » mais ne pas avoir de pathologie « associée », c’est-à-dire de « maladie » autre que le « transsexualisme* » ! On définit ainsi un trouble par… une absence de trouble. Pour être reconnue comme malade (de « transsexualisme »), il faut ne pas être malade. Cette contradiction souligne les limites théoriques des équipes psychiatriques dites « officielles ». D’un côté, on a des Trans qui souffrent de l’exclusion sociale. De l’autre, on a un remède simple : la transition. En leur refusant cette transition sous prétexte qu’elles sont tombées malades (à force d’exclusion), ceux que l’on paie pour soigner refusent d’aider celles qui en ont besoin et tentent d’imposer un suivi psychiatrique sous contrainte à celles qui n’en veulent pas. En voulant à tout prix soigner une maladie imaginaire (la trans-identité), ils négligent les troubles induits par les discriminations. On l’a vu, ce n’est pas parce que certaines Trans ont des troubles mentaux (insistons : c’est en général le produit de la maltraitance) que la trans-identité en soi est un trouble.
Loin d’être un trouble, une malédiction, ou un fardeau à porter, la trans-identité peut être une chance inouïe. Peu de gens peuvent remettre en question leur vie de façon aussi radicale. Être Trans offre d’incroyables opportunités, à condition de savoir les saisir. Le fait d’avoir connu les deux rôles, les deux cultures (le « club hommes* » et le « club femmes* ») permet une reconstruction de l’identité hors du schéma binaire traditionnel. Une personne transgenre peut s’approprier ce qu’elle estime positif dans chacun des deux rôles et les « mixer » comme elle l’entend. Elle peut prendre du recul par rapport aux rails tous tracés de la socialisation masculine ou féminine et ainsi devenir plus consciente et plus libre. La conscience accrue des deux rôles (celui qu’on a appris dans l’enfance et celui qu’on apprend plus tard) permet de s’en détacher en partie, surtout dans ce qu’ils ont d’artificiel et de futile. Cette distance critique, relevée par un brin d’humour, évite par ailleurs de trop se prendre au sérieux. Être plus libre, c’est aussi refuser de devenir une caricature de femme (ne rêvant que de popote, de maquillage, de fringues sexy et « naturellement » soumise au mâle).

Alexandra Augst-Merelle, Stéphanie Nicot, Changer de sexe, Le Cavalier bleu

Document 3 :

Le changement de sexe fait appel à des équipes médicales spécialisées dans le transsexualisme qui regroupent des psychiatres, des endocrinologues et des chirurgiens. En France, une prise en charge psychiatrique est dans un premier temps obligatoire pour une durée minimum de deux ans. Dans ce cadre, le rôle du psychiatre n'est pas de soigner, mais bien d'affirmer ou d'infirmer le diagnostic de transsexualisme. C'est l'occasion pour le demandeur de faire le point sur son parcours, sur sa motivation, en recherchant l'origine, le sens et la finalité de son désir.
Si, à l'issue de cette période, le psychiatre confirme de diagnostic de transsexualisme, il sera possible pour le transsexuel d'accéder à une prise en charge thérapeutique hormonale et chirurgicale afin de modifier certains de ses caractères sexuels.
Il utilise des hormones ou des anti-hormones dans le but de modifier les caractéristiques sexuelles du sexe biologique et de faire apparaître celles du sexe revendiqué par le sujet.
·                     Chez les transsexuels MF (homme => Femme), le traitement  se fait en deux temps. D'abord des anti-hormones males (anti-androgènes) qui ont pour effet de diminuer la libido et les érections, puis un traitement par des oestrogènes qui va entraîner l'apparition de caractères morphologiques féminins (seins, voix, répartition des graisses…).
·                     Pour les transsexuels FM (femme => homme), une prise d'androgènes (testostérone) est nécessaire afin de développer les caractères sexuels masculins : augmentation de la masse musculaire et de la pilosité, raucité de la voix. Le résultat est sans nul doute beaucoup plus spectaculaire dans ce sens.
Ces hormones doivent être prises durant toute la vie pour maintenir les caractères obtenus.
Il s'agit d'interventions définitives dont les résultats ne sont pas toujours à la hauteur des attentes tant sur le plan esthétique que sur le plan fonctionnel. Pour une féminisation de l'apparence, on procède en général à une chirurgie des seins, à une ablation des testicules et à la fabrication d'un vagin et d'une vulve. D'autres opérations à caractère non génital sont souvent demandées : chirurgie faciale, chirurgie d'adaptation vocale, remodelage corporel.
Pour une masculinisation, une chirurgie des seins est réalisée, une ablation de l'utérus et des ovaires, ainsi que la fabrication d'un phallus et d'un scrotum.
Contrairement à d'autres pays européens, il n'existe pas en France de loi qui permette facilement à une personne opérée qui vit dans le rôle et l'habitus du sexe opposé de changer d'état civil. Il faut donc passer par une demande circonstanciée auprès du Tribunal aux Affaires Familiales pour "changement de prénom dans l'intérêt légitime". Le changement de prénom est obtenu dans deux hypothèses : soit le transsexuel a obtenu une modification de la mention concernant le sexe et le changement se fait automatiquement, soit la reconnaissance juridique du transsexualisme a été refusée et le transsexuel, débouté, à titre de compensation, a été autorisé à changer de prénoms. La durée de la procédure est de 3 à 6 mois.
Le changement d'état civil est un parcours long et difficile, aujourd'hui encore même si l'on peut noter de nombreuses évolutions. Cependant, un projet de loi en faveur des transsexuels n'est pas encore envisagé en France. Les juristes se demandent s'il est légitime de légiférer sur ce sujet.

Séverine Braam, "Le transsexualisme en question", doctissimo.fr

Document 4 :

 à gauche, juste après le traitement hormonal et la chirurgie supérieure, à droite, deux ans après

Jamie Raines, "My Gender Transition From Female To Male", Buzzfeedvideo, You tube


2) Ecriture personnelle :


Dans quelle mesure le sexe d'un individu est-il naturel ou artificiel ?
ou
Le corps naturel suffit-il à déterminer l'identité sexuelle ?