jeudi 20 septembre 2012

Sujet de synthèse et d'écriture personnelle sur les échanges numériques suivi du corrigé


Vous ferez une synthèse concise, objective et ordonnée des documents suivants :
Document 1 :

Si nous calculons les corrélations entre le temps qu’on passe devant l’écran de l’ordinateur et les indicateurs combinés des relations interpersonnelles, nous ne découvrons aucune valeur extrapolable. Les analyses de variance que nous faisons avec les quatre catégories d’utilisateurs, toutefois, détectent certaines fluctuations des moyennes, toutes par rapport aux collègues de travail. Les non-utilisateurs entretiennent des relations avec moins de collègues (0 = 1,13) que les petits (6,22), les intermédiaires (7,74) et les grands (6,72). Le nombre de communications par semaine avec leurs collègues de travail est du même ordre (1,79, 8,58, 15,30 et 8,45 respectivement). Ainsi que le nombre de communications en face-à-face (1,88, 7,06, 8,24 et 6,17 respectivement). Ce sont encore les non-utilisateurs qui entretiennent le moins de relations intimes avec des collègues (0,52, 1,34, 1,55 et 1,31 respectivement). Sauf en ce qui concerne le milieu de travail, le nombre d’heures passées devant un écran d’ordinateur semble n’avoir aucune incidence sur les relations qu’entretiennent les répondants, que ce soit avec des membres de leur famille immédiate ou élargie, des amis proches ou occasionnels, des personnes qui fournissent un service ou, encore, à qui un service est rendu. En outre, il n’y a aucun lien entre le nombre d’heures passées devant un écran d’ordinateur et le sentiment d’être seul. Les résultats tendent donc à témoigner en faveur d’une corrélation faible, voire inexistante, entre Internet et les relations sociales.
Tout d’abord, rappelons que cette recherche a pour objectif de vérifier si, dans les faits, l’usage d’Internet a une incidence sur le lien social : cet usage mène-t-il à l’enfermement virtuel ou, au contraire, constitue-t-il une panacée qui permettra de resserrer le tissu social à l’ère de la postmodernité ? Pour répondre à cette question, nous avons mis en relation, au moyen d’analyses statistiques, un premier ensemble de variables qui mesure le rapport au monde et un second ensemble qui mesure le temps passé devant un écran d’ordinateur, y compris celui qui est réservé à Internet.
Les résultats montrent qu’il y a peu ou pas de lien entre l’usage d’Internet, y compris ses applications de communication, c’est-à-dire le clavardage, les forums et le courriel, et le fait de participer à des activités sociales. De plus, lorsque nous observons des corrélations significatives, elles sont faibles et positives et se rapportent, par exemple, à des activités comme « écrire et recevoir des lettres », « aller au cinéma », « aller au restaurant » et « recevoir des parents ». Cette tendance indique au moins que l’usage d’Internet n’est pas un facteur d’isolement. Il se dégage plutôt des résultats que le Net favoriserait, bien que très modestement, une ouverture sur le monde. Par ailleurs, nous avons constaté que le nombre d’heures consacrées à l’ordinateur a très peu d’influence sur les sorties : nos analyses de variance révèlent que ce sont les personnes qui n’utilisent jamais un ordinateur qui vont le moins au cinéma, au théâtre ou au restaurant. Toutefois, ce sont les résultats des analyses de régression multiple qu’il importe de retenir. En effet, ces analyses permettent d’établir que les variables sociodémographiques comme le sexe et l’âge expliquent autant la participation aux activités sociales que les variables qui ont trait à l’usage d’Internet (bien que les coefficients soient, aussi, plutôt faibles).
Par ailleurs, l’usage d’Internet aurait peu d’influence sur le nombre de personnes avec qui on entretient une relation et sur la fréquence des échanges que l’on a avec ces personnes. En réalité, ni Internet ni les déterminants sociaux traditionnels ne parviennent à rendre compte adéquatement des liens que l’on entretient avec l’autre. Néanmoins, quelques phénomènes attirent l’attention.
Premièrement, nous remarquons la quasi-absence de lien entre l’usage du Net et les relations que l’on maintient avec les membres de sa famille immédiate. En effet, les catégories de relations sociales qui semblent les plus touchées sont celles des collègues de travail, des membres de la famille élargie et des amis. Dans ces cas, l’usage d’Internet (surtout ses applications de communication) – et, encore une fois, si faibles que soient les corrélations – semble avoir une influence positive. En second lieu, même si ces facteurs ont une certaine capacité explicative, elle est sans grande substance et ne contribue que très partiellement à rendre compte du lien social dans les sociétés contemporaines.
À l’évidence, il n’y a pas lieu de parler d’enfermement de l’internaute, pas plus qu’il est permis d’attribuer à la technologie des propriétés catalytiques de sociabilité. D’abord, le Net a peu d’effet sur le nombre de personnes que l’on connaît et, lorsque nous constatons la présence d’une corrélation, elle est positive, ce qui suggère une tendance vers le maintien et non vers la rupture du lien social. Ensuite, il faut souligner que les coefficients sont faibles pour toutes les catégories de lien social. En revanche, nous observons que l’usage d’Internet est le plus souvent associé aux échanges avec les collègues de travail et le moins souvent avec les membres de la famille proche. Par ailleurs, nous constatons que l’usage d’Internet a très peu d’influence, négativement ou positivement, sur la fréquence des échanges, sur la communication interpersonnelle et sur la profondeur des liens.

Sylvie Lafortune et Simon Laflamme, « Utilisation d’Internet et relations sociales », Université Laurentienne (Ontario, Canada).

Document 2 :

Actualité : La solidarité via le net
   Au-delà du simple soutien psychologique, le réseau internet est devenu un réel centre d’aide entre citoyens français. Tout le monde n’a pas les moyens d’utiliser la publicité ou les journaux pour faire passer un message. Aujourd’hui les associations peuvent utiliser internet ainsi que ses réseaux sociaux. Cette notion de solidarité par le web est d’actualité. En effet, Cédric Lebert (41 ans, artiste-peintre) et Brann du Senon (51 ans, chômeur) sont deux anciens SDF (Sans Domicile Fixe) qui se sont rencontrés sur Facebook grâce à un groupe rassemblant « Les anciens de la rue » créé par Cédric Lebert. Ils se posent une seule et même question : « Pourquoi n'y a-t-il pas de particuliers dans le fichier du 115 ? ». Ils décident de venir en aide aux personnes qui en ont besoin, sachant pertinemment ce qu'est la vie d'un SDF, et font appel à la population française par l'intermédiaire d'un célèbre réseau social. Ils créent, avec huit autres personnes, le 3 Février 2012, une page Facebook intitulée « Le particulier du 115 ».
   L’idée, au départ, était de collecter des offres de logement et de les mettre à disposition des associations. Cédric Lebert et Brann du Senon ne veulent que du concret, ainsi, faute de pouvoir héberger des sans-abris, ils demandent aux internautes des vêtements chauds, un repas, ou encore des couvertures. Cette aventure qui pourrait paraitre « fastidieuse » est, en réalité, un franc succès bien que ce ne soit que le début. Le mercredi 8 Février, un salarié sans toit, expulsé du local qu'il « squattait » est le premier à s’être fait accueillir par une famille désirant garder l’anonymat. La page rassemble aujourd’hui plus de 5000 membres.
  
francis-bonne-idee-0-1.jpg
Francis sous la neige (Aurélie Champagne/Olivier Volpi)

Grâce à ces nouvelles technologies d’information et de communication, chaque individu peut désormais interagir avec n’importe quelle autre personne, que ce soit un ami ou une personne anonyme. En effet, de nos jours un individu peut être aidé à propos de n'importe quel sujet seulement en tapant quelques mots clés dans un moteur de recherche. Si autrefois un individu pouvait penser être le seul à être accablé d’un problème, le progrès technique a fait, et continue à faire en sorte que, personne, étant équipé de nouveaux moyens de communications, notamment un ordinateur et internet, ne se sente plus seul face à cela. Les internautes peuvent ainsi trouver du soutien, et se sentir moins seuls psychologiquement lorsqu’ils le sont physiquement.
http://ntic-individus-societe.e-monsite.com


Document 3 :


Les travaux portant sur la sociabilité téléphonique montraient quant à eux le lien étroit entre sociabilité en face à face et sociabilité téléphonique : « plus on se voit, plus on s’appelle ». Les travaux issus du projet Entrelacs confirment ce point : la corrélation est très forte entre l’intensité d’utilisation de chaque service de communication (courriel, messagerie instantanée, téléphone…) et la rencontre en face à face, ce qui conduit à rejeter l’hypothèse de substitution entre la relation en face à face et la relation à distance. De fait, on observe des formes de combinaison et d’entrelacements de plus en plus complexes entre les formes de communication, qui s’inscrivent dans un mouvement de plus grande ampleur à savoir la convergence entre les médias de masse et les outils de communication interpersonnelle. L’Internet a permis cette rencontre inédite entre communication verticale de masse (un vers plusieurs) et la communication interpersonnelle et horizontale (un vers un) qui se traduit dans le domaine économique par le rapprochement des secteurs des média et des télécoms et au niveau des usages par de nouvelles formes de combinaisons d’usages. A l’articulation entre la communication interpersonnelle et la communication de masse, se situe, dans la zone de frottement, tous les collectifs et réseaux qui organisent la diffusion et le partage dans les réseaux de sociabilité (plusieurs vers plusieurs).
Plusieurs points méritent d’être soulignés sur l’entrelacement des outils de communication interpersonnelle :
Tout d’abord, plus la relation est proche, plus une panoplie importante de moyens sera utilisée. Dans la construction de la relation, la progression dans l’intimité se marque par l’élargissement de la palette des services utilisée. On remarquera que dans la rencontre amoureuse initiée sur internet, les étapes préliminaires avant la rencontre empruntent un à un les différents outils dans un cheminement qui passe de l’échange collectif à l’échange à deux, puis de l’écrit au partage de la voix, avant d’aboutir à la rencontre des corps. Ensuite, il apparaît que plus on consacre un temps important à la communication, plus on a un réseau de correspondant élargi, plus on utilise une palette diversifiée d’outils et de moyens. On est face à un « modèle étagé » où l’introduction d’une nouvelle modalité de contact se surajoute aux autres et ne conduit pas à la disparition des modalités antérieurement utilisées.
Enfin, les formes de combinaison varient selon les individus. Parmi ceux qui ont des pratiques intenses de communication, une distinction s’opère entre ceux qui combinent courriel et téléphone et ceux qui combinent toutes les formes de messagerie textuelles sur mobile et internet avec la voix. Ces différences recouvrent des effets d’âge (les retraités étant sur-représentés dans le premier groupe, les moins de 25 ans dans le second) et des phénomènes d’ancienneté dans la pratique d’internet (les anciens internautes étant davantage portés sur le courriel et le téléphone).
Plus généralement, on observe des superpositions dans l’utilisation des médias : les usagers développent de plus en plus une connexion continue qui les conduit à superposer les unes sur les autres leur utilisation des médias : surfer ou faire des jeux vidéo en écoutant le son de la télé, consulter ses courriels en téléphonant, laisser plusieurs fenêtres de chat ou de messagerie instantanée ouvertes sur son écran pendant que l’on travaille à autre chose… Ces différents phénomènes sont au principe d’une transformation (sans doute) profonde de l’économie attentionnelle des individus, capables à la fois de mener plus facilement plusieurs tâches en même temps, mais aussi soumis plus fortement au risque de ne pas savoir gérer la dispersion de leurs engagements.

Valérie Beaudouin, " Les dynamiques des sociabilités ", In C. Licoppe, L'évolution des cultures numériques.


Document 4 :

Entre tercet, rime, clavier, réalité et virtualité, le haïku a été à l’honneur de la soirée de remise des prix qui s’est tenue le 14 mars 2012 aux Champs libres. Chuchoté, raconté ou speed web buildé, il a pris différentes formes et couleurs pour séduire vos yeux et vos oreilles. Les plus beaux haïkus twittés pendant ces deux mois de concours ont eu la part belle dans cette soirée au croisement de la poésie et des nouveaux usages du numérique.


“L’hiver arrive / J’ai dérangé tes jupons / “Pardon” dit le vent”, Charlotte Legendre-Plouhinec (94)“Comme un ouragan / Cuillère argentée / Dans le pot de confiture”, Léna Polard (29)“Que ce vent glacé / Bouscule mes vérités : / Je serai poète”, Julien Bouton (29)

“printemps arabe / une robe d’été croise / deux Burqas noires”, André Cayrela (34)“fumée par le nez / fumée de la bouche / il fait zéro sur mon quai”, Eric Choisy (22)

“Sur la pointe des pieds / A la nuit tombée / Le silence devient pesant “, Elodie Le Vey (29)“Au cou nu de l’arbre / le vent fou accroche / Une écharpe de plastique”, Marine Clabé (35)
“un petit chat marche / et derrière lui ses traces / dans le givre blanc”, CM2 de l’école publique Les Callunes, Guichen (35)



Ecriture personnelle :
Pensez-vous que la sociabilité numérique et la sociabilité en chair et en os se font concurrence ou qu'elles se complètent? 

Corrigé :

  
Méthode de synthèse appliquée au corpus n°1 sur les échanges numériques

1. Analyse des documents :

a) Exemple pour le document 1 :

Si nous calculons les corrélations ( = rapport de dépendance dû à un lien de cause à effet ou un lien créé par une cause commune) entre le temps qu’on passe devant l’écran de l’ordinateur et les indicateurs combinés des relations interpersonnelles, nous ne découvrons aucune valeur extrapolable (extrapolable = qui peut être généralisé).

Normalement, vous comprenez au moins l'idée que ce texte parle de relation entre ordinateur et sociabilité. Si vous ne comprenez pas la fin de la phrase, vous n'en tenez pas compte : dans une synthèse, il vaut mieux une omission qu'un contresens. (En fait cela veut dire que dire que l'on n'obtient pas de courbe significative si l'on compare les variations du temps consacré à l'ordinateur et du nombre de rencontres.)

Les analyses de variance que nous faisons avec les quatre catégories d’utilisateurs, toutefois, détectent certaines fluctuations des moyennes, toutes par rapport aux collègues de travail. Les non-utilisateurs entretiennent des relations avec moins de collègues (0 = 1,13) que les petits (6,22), les intermédiaires (7,74) et les grands (6,72). Le nombre de communications par semaine avec leurs collègues de travail est du même ordre (1,79, 8,58, 15,30 et 8,45 respectivement). Ainsi que le nombre de communications en face-à-face (1,88, 7,06, 8,24 et 6,17 respectivement). Ce sont encore les non-utilisateurs qui entretiennent le moins de relations intimes avec des collègues (0,52, 1,34, 1,55 et 1,31 respectivement).

Ce deuxième passage parle de quatre catégories d'utilisateurs et on voit que les "intermédiaires" font le meilleur score partout : nombre de collègues, nombre d'échanges virtuels, nombre d'échanges physiques et nombre de relations intimes. Au contraire, les non-utilisateurs font le plus mauvais score de sociabilité professionnelle.

Sauf en ce qui concerne le milieu de travail, le nombre d’heures passées devant un écran d’ordinateur semble n’avoir aucune incidence sur les relations qu’entretiennent les répondants, que ce soit avec des membres de leur famille immédiate ou élargie, des amis proches ou occasionnels, des personnes qui fournissent un service ou, encore, à qui un service est rendu.

Ce troisième passage dit qu'en dehors du travail, l'usage de l'ordinateur n'a aucun effet sur les relations sociales quelles qu'elles soient (famille, amis, etc.).

En outre, il n’y a aucun lien entre le nombre d’heures passées devant un écran d’ordinateur et le sentiment d’être seul. Les résultats tendent donc à témoigner en faveur d’une corrélation faible, voire inexistante, entre Internet et les relations sociales.

Ce quatrième passage dit qu'il n'y a pas non plus de corrélation entre usage de l'ordinateur et sentiment de solitude.

Ensuite le texte se répète et l'on peut sauter au passage suivant :

Premièrement, nous remarquons la quasi-absence de lien entre l’usage du Net et les relations que l’on maintient avec les membres de sa famille immédiate. En effet, les catégories de relations sociales qui semblent les plus touchées sont celles des collègues de travail, des membres de la famille élargie et des amis. Dans ces cas, l’usage d’Internet (surtout ses applications de communication) – et, encore une fois, si faibles que soient les corrélations – semble avoir une influence positive.

Ce passage montre que les relations familiales ne sont pas affectées par Internet mais que celles avec les collègues et les amis sont légèrement favorisées.


Une fois qu'on a fait cette lecture analytique, on résume brièvement chaque morceau de texte, chaque idée donc sous la forme d'une phrase (ou proposition au sens logique). Cela donne par exemple ceci pour les quatre documents :


b) Analyse des documents :

I)
a) Des chercheurs canadiens ont étudié la corrélation entre l'utilisation de l'ordinateur et la sociabilité.
b) Il apparaît que ceux qui n'utilisent pas l'ordinateur ont le moins de contacts virtuels et physiques dans leur vie professionnelle.
c) Les utilisateurs intermédiaires ont le plus de contacts professionnels.
d) L'influence de l'ordinateur sur la sociabilité (en nombre et en fréquence) est quasiment inexistante ou légèrement positive.
e) Internet ne rend pas solitaire.
f) On ne constate aucune influence de l'usage de l'ordinateur sur les relations à la famille mais une corrélation plutôt positive en ce qui concerne le cercle élargi des connaissances.

II)
a) Les associations utilisent Internet qui est plus accessible que la presse ou la publicité.
b) Deux anciens SDF ont créé une page Facebook pour mettre ne relation les particuliers et les sans-abri.
c) Cette initiative rencontre un succès et la page compte aujourd'hui cinq mille inscrits.
d) Les individus sont moins isolés face à leurs problèmes grâce à Internet qui leur permet de recevoir l'aide d'internautes.

III)
a) Des études montrent que l'utilisation du téléphone est corrélée à la fréquence des rencontres.
b) La communication par portable ou mails ne se substitue pas au contact physique.
c) Sur Internet, la communication interpersonnelle côtoie les médias traditionnels.
d) On constate que plus la relation est proche, plus les moyens de communiquer sont diversifiés.
e) Dans la quête amoureuse on progresse du collectif au tête à tête, de l'écrit au face à face.
f) On observe que le temps de communication, le nombre de contacts et de moyens d'échanger varient de la même façon.
g) Deux groupes se distinguent : les anciens qui privilégient le mail et le téléphone, les jeunes qui combinent tous les moyens de communiquer.
h) L'habitude d'utiliser simultanément plusieurs moyens (téléphone, Internet) tout en faisant autre chose se développe, ce qui modifie l'usage de l'attention.

IV)
a) Pendant deux mois, un concours de haïkus a été ouvert sur Twitter par plusieurs associations.
b) La remise des prix a donné lieu à une manifestation qui a permis la rencontre de nombreux participants.



2. Choix de la question problématique et du plan :

Le problème maintenant est de trouver une question d'ensemble (ou problématique) et les deux ou trois parties qui vont répondre à la question.

Pour trouver la question, on a intérêt à se souvenir du texte officiel qui s'appelle "Problématique" et à regarder le sujet du travail d'écriture. Il y a obligatoirement un lien entre le texte du programme et notre question. Il y a souvent un lien entre cette question et le sujet du travail d'écriture.
Pour ce corpus, par exemple, je peux me souvenir que le texte cadre dit : " Comment les nouvelles modalités de ces échanges prolongent-elles ou, au contraire, bouleversent-elles notre façon de penser la construction de soi, les relations humaines, les interactions avec les autres et avec le monde ? "
Voilà une question qui peut nous inspirer.
Par ailleurs, le sujet d'écriture est : " Pensez-vous que la sociabilité numérique et la sociabilité en chair et en os se font concurrence ou qu'elles se complètent? "
Donc, ma question peut porter sur le rapport entre sociabilité numérique et sociabilité "réelle". Ou bien elle peut porter sur le prolongement ou le bouleversement causé par le numérique dans les relations humaines.

Une fois que vous avez fixé la question problématique, vous divisez la réponse en deux parties et vous distribuez vos propositions dans les deux parties. 

Problématique :

Comment se lient la sociabilité numérique et la sociabilité en face à face?

Deux axes :
Complémentarité virtuel/reél
Diversité et enrichissement amenés par les NTIC

I)
a) Des chercheurs canadiens ont étudié la corrélation entre l'utilisation de l'ordinateur et la sociabilité.
b) Il apparaît que ceux qui n'utilisent pas l'ordinateur ont le moins de contacts virtuels et physiques dans leur vie professionnelle.
c) Les utilisateurs intermédiaires ont le plus de contacts professionnels.
d) L'influence de l'ordinateur sur la sociabilité (en nombre et en fréquence) est quasiment inexistante ou légèrement positive.
e) Internet ne rend pas solitaire.
f) On ne constate aucune influence de l'usage de l'ordinateur sur les relations à la famille mais une corrélation plutôt positive en ce qui concerne le cercle élargi des connaissances.

II)
a) Les associations utilisent Internet qui est plus accessible que la presse ou la publicité.
b) Deux anciens SDF ont créé une page Facebook pour mettre en relation les particuliers et les sans-abri.
c) Cette initiative rencontre un succès et la page compte aujourd'hui cinq mille inscrits.
d) Les individus sont moins isolés face à leurs problèmes grâce à Internet qui leur permet de recevoir l'aide d'internautes.

III)
a) Des études montrent que l'utilisation du téléphone est corrélée à la fréquence des rencontres.
b) La communication par portable ou mails ne se substitue pas au contact physique.
c) Sur Internet, la communication interpersonnelle côtoie les médias traditionnels.
d) On constate que plus la relation est proche, plus les moyens de communiquer sont diversifiés.
e) Dans la quête amoureuse on progresse du collectif au tête à tête, de l'écrit au face à face.
f) On observe que le temps de communication, le nombre de contacts et de moyens d'échanger varient de la même façon.
g) Deux groupes se distinguent : les anciens qui privilégient le mail et le téléphone, les jeunes qui combinent tous les moyens de communiquer.
h) L'habitude d'utiliser simultanément plusieurs moyens (téléphone, Internet) tout en faisant autre chose se développe, ce qui modifie l'usage de l'attention.

IV)
a) Pendant deux mois, un concours de haïkus a été ouvert sur Twitter par plusieurs associations.
b) La remise des prix a donné lieu à une manifestation qui a permis la rencontre de nombreux participants.

autre problématique : Les échanges numériques prolongent-ils ou bouleversent-ils notre sociabilité ?
Deux axes :
1) Les moyens numériques ne nuisent pas à la sociabilité traditionnelle.
2) Ils enrichissent notre sociabilité.




Ces documents nous montrent qu'en matière de sociabilité les échanges virtuels et les contacts physiques sont complémentaires et varient à l'identique. Des chercheurs canadiens, auteurs du premier document, ont étudié la corrélation entre l'utilisation de l'ordinateur et la sociabilité. Globalement, l'influence de l'ordinateur sur la sociabilité (en nombre et en fréquence) est quasiment inexistante ou légèrement positive. On ne constate aucune influence de l'usage de l'ordinateur sur les relations familiales mais une corrélation plutôt positive en ce qui concerne le cercle élargi des connaissances. De plus, on ne note aucun lien entre l'utilisation de l'ordinateur et le sentiment de solitude. Cette complémentarité entre le virtuel et le réel ne concerne pas que les particuliers. En effet, le document 2 nous révèle que les associations utilisent également Internet qui est plus accessible que la presse ou la publicité. Ainsi, deux anciens SDF ont-ils créé une page Facebook pour mettre en relation les particuliers et les sans-abri. Le document 3 nous montre que dans la société actuelle les moyens de communication s'ajoutent les uns aux autres au lieu de se faire concurrence. Des études indiquent que l'utilisation du téléphone est corrélée à la fréquence des rencontres. La communication par portable ou mails ne se substitue pas au contact physique. Dans la quête amoureuse, ajoute Valérie Beaudouin, on progresse du collectif au tête à tête, de l'écrit au face à face. On observe que le temps de communication, le nombre de contacts et de moyens d'échanger varient de la même façon. Enfin, le document 4 témoigne lui aussi de cette complémentarité entre les contacts virtuels et les contacts traditionnels. La remise des prix couronnant un concours organisé sur Internet a donné lieu à une manifestation qui a permis la rencontre de nombreux participants. On voit donc que la pluralité des moyens de communication numériques ne nuit nullement à la vie sociale réelle, les deux évoluent de pair.

lundi 10 septembre 2012

Commentaire de la problématique sur les échanges numériques (début)

Résumé fait par Estelle B, cours du 10 septembre 2012 :

Problématique :

1. Les échanges de paroles tissent les liens dont tout individu a besoin pour trouver sa place dans le groupe, la communauté, la société.

Parole : communication par le langage écrit ou oral.

Les échanges de paroles nous permettent de nous situer dans un groupe.

Exemple : William, 21 ans, appartient au groupe des célibataires français, aimant le rap et étant hétéro/romantiques. Benjamin, 20 ans, lui aussi appartient au même groupe.
Adillio, 20 ans, appartient au groupe des célibataires français, aimant le rap, étant hétéro et galants mais pas romantiques.

Nous sommes sans cesse notés sur notre comportement et nos paroles. (hiérarchie sociale)

Exemple : Entretien d'embauche. Savoir se vendre et parler correctement. ("racaille" VS "bourge")
Repas avec la belle-famille. Parler correctement et surtout essayer de se faire "aimer".

Nous sommes, selon les cas, catalogués par le langage texto, wesh ou encore bourgeois.

2. Comment les nouvelles modalités de ces échanges prolongent-elles ou, au contraire, bouleversent-elles notre façon de penser la construction de soi, les relations humaines, les interactions avec les autres et avec le monde?

Il y a deux catégories d'échanges numériques. Ceux qui sont uniquement virtuels et ceux qui sont à la fois virtuels et réels.
Sur le net, les identités sont parfois multiples :
Exemple : Lezombifuté ou encore Adillio Correia 

Que veut dire "penser la construction de soi"? C'est réfléchir à ce qu'est cette construction, à la manière dont elle se fait en général. On peut, par exemple, tirer de cette réflexion l'idée suivante (proposée par Rémy) :
Nous nous construisons en imitant les autres. On pioche les bons cotés de l'un et de l'autre. Et nous changeons ainsi notre comportement.

jeudi 6 septembre 2012

Consignes pour les exposés

1) Durée : ~ 20 minutes

2) Remise d'un résumé écrit de 1500 signes (fichier numérique)

3) Le resumé et l'exposé doivent comporter 3 parties :

I- Introduction
II- Développement
III- Conclusion

4) Sources : références exactes et complètes de chaque document utilisé !

( auteur / titre livre ou film ou article / nom du périodique ou du site internet  / date de publication )

5) Nombre de sources : 4

6) Problématiser le sujet . i.e. poser une question totale (oui ou non)

7) Annoncer les parties du développement dans l'introduction (2 parties min.)

8) Donner les références des informations du développement (vérifiables!)
dvlp= compilation de plusieurs informations/sources + questionnement et réflexion personnelle

9 a) exemple de plan analytique pour FB :

a) historique : évolution du site de la naissance à nos jours
b) en quoi ce réseau social se distingue-t-il ?
c) modifications générées par ce site dans notre vie quotidienne : avantages et dangers éventuels pour la vie sociale

9 b) exemple de plan thématique :

a) décrire le phénomène
b) chercher les causes de celui-ci
c) analyser les conséquences de ce dernier

9c) exemple plan dialectique :

a) oui = thèse
b) non = antithèse
c) synthèse

10) Conclusion : reformulation concise du développement


SUJETS D'EXPOSE

1) Facebook
2) sites de rencontre
3) Twitter
4) les blogs (word press/blogger/skyblog/tumblr/nibblebit)
5) les chats (chatroulette/bazoocam/msn/skype)
6) Comment se redessine la frontière public/privé sur le Net?

7) forums
8) courriel / e-mail
9) msn/skype , chat à accès limité
10) le rôle de l'internet dans les révolutions arabes/Maghreb
11) le portable et le sms
12) les Anonymous
13) échanges écrits et/ou oraux des jeux en ligne
14) la question vie privée/vie publique sur Internet
15) le numérique et l'identité sociale
16) diffusion de l'information sur internet (site professionel/amateur)
17) Affichage de soi sur Internet
18) Les codes de bonne conduite dans le cyberespace
19) Problème de la validité de l'information sur internet

scribe : Adrien LAQUECHE

jeudi 21 juin 2012

Thème n° 2 - Paroles, échanges, conversations, et révolution numérique


Problématique : 
Les échanges de paroles tissent les liens dont tout individu a besoin pour trouver sa place dans le groupe, la communauté, la société. Comment les nouvelles modalités de ces échanges prolongent-elles ou, au contraire, bouleversent-elles notre façon de penser la construction de soi, les relations humaines, les interactions avec les autres et avec le monde ?
Écrit/oral : Les échanges de paroles font intervenir une langue particulière, écrite ou orale. Les codes langagiers sont à prendre en compte dans leur diversité : codes spécifiques de l'échange épistolaire, codes de la conversation courante, codes des échanges numériques. Ces derniers brouillent les catégories de l'écrit et de l'oral : les échanges numériques, qui semblent instantanés et éphémères, laissent pourtant des traces tant il est encore vrai que « les paroles s'envolent et (que) les écrits restent ».
Dans ces conditions, quels codes apprendre, à quelles normes se référer pour communiquer ?
Privé/public : Par ailleurs, la communication est régie a priori par des critères différents selon le caractère privé ou public de l'échange. Cette distinction semble cependant remise en cause par les  réseaux sociaux qui rendent la vie privée accessible à des publics apparemment choisis. Construit-on son identité de la même façon dans un espace protégé - celui de la famille ou  d'un cercle d'amis proches - et dans un réseau social ouvert ? Peut-il y avoir encore de la spontanéité dans les échanges ?
Professionnel/amateur : Qui détient une parole légitime ? Les frontières se brouillent entre la parole des experts, la parole reconnue, et la parole de tous et de chacun. Les blogs contribuent à forger les opinions. Ne risque-t-on pas de perdre la qualité professionnelle de l'appréciation portée sur une information ?
Lieu de pouvoirs/espace démocratique : Du fait du brouillage des codes, la conversation sur internet nivelle les relations hiérarchiques en rendant tout un chacun apparemment accessible. Chacun peut entrer dans une discussion, connaître la pensée de l'autre ou progresser dans la sienne grâce aux interactions entre plusieurs interlocuteurs.
Les nouveaux moyens de communication permettent aussi de se constituer en lobbys pour influencer une décision, contourner les médias officiels, pour faire entendre une autre voix, résister à des pouvoirs autoritaires. Mais ces mêmes moyens peuvent être le lieu où se renforce l'expression d'un groupe de pression, qui diffuse des affirmations sans citer ses sources, fausse les informations, avec une efficacité redoutable. Les nouveaux  moyens de communication aident-ils à mieux exercer la citoyenneté ?
Proximité/distance : Les lieux de communication traditionnels (la salle de banquet, le café, les salons, etc.) influent sur l'échange. La relation entre interlocuteurs est réinterrogée par les nouvelles technologies. En présence ou à distance (par la lettre, le téléphone, le mél, les messageries et le contact vidéo), qu'est-ce qui se joue dans ces formes de dialogue ? Quels changements, quels gains, apportent les relations virtuelles par rapport aux relations directes en face à face ?
Continuité/discontinuité : La facilité des échanges, qui reposent sur des moyens techniques en permanence disponibles, permet une relation ininterrompue. Or se donner le temps de la réflexion, prendre de la distance avant de poursuivre et de revenir à une situation et, dans cette interruption, avoir mûri, progressé, organisé sa pensée, permet de mieux fonder son jugement. Cette manière de former ses idées a-t-elle encore un sens à l'heure des échanges spontanés, permanents, continus ? Le temps de la réflexion est-il le garant indispensable de la qualité de l'échange ?

mardi 13 mars 2012

Sujet de synthèse sur le culte du sport et corrigé

BTS Culture générale et expression :

Première partie : synthèse (/40 points) :
Vous rédigerez une synthèse concise, objective et ordonnée des documents suivants :
1. « Le sport, idéal démocratique ? », entretien avec Isabelle Queval, laviedesidees.fr.
2. Jean Giono, Les Terrasses de l’île d’Elbe, Gallimard, 1976.
3. Luc Ferry, « Le culte du sport, école de vertu ? », Le Figaro, 17 juin 2010.
4. François Rousseau, Dieux du stade 2011, www.stade.fr.

Deuxième partie : Ecriture personnelle (/20 points) :
Pensez-vous que le sport mérite le culte qui lui est fait dans notre société ?
Vous répondrez à cette question de façon argumentée en vous appuyant sur les documents du corpus, vos lectures de l’année et vos connaissances personnelles.

Document 1 :

La Vie des Idées – Spectacle planétaire par excellence, plus encore peut-être que les Jeux Olympiques, la Coupe du Monde de Football capte l’attention des médias, constitue pour les grandes firmes l’occasion d’investissements et de profits conséquents et, ici ou là, détourne les opinions publiques des enjeux politiques ou économiques auxquels elles sont aujourd’hui confrontées. En un mot, la Coupe du Monde de Foot, est-ce encore du sport ?
Isabelle Queval – La formulation même de votre question pointe la nécessité de définir avant tout ce qu’on entend par « sport ». Car la Coupe du Monde de football n’incarne pas bien évidemment l’exhaustivité des significations de ce terme. Vous donnez ici en exemple un sport pratiqué à très haut niveau, qui est en outre le plus populaire, le plus universel, mais aussi l’un des plus professionnalisés. C’est pour cela que la Coupe du monde de football est l’un des emblèmes du sport-spectacle, avec ce que cela suppose d’enjeux économiques, politiques ou géopolitiques, le tout poussé jusqu’à ses limites les plus outrancières. Donc, oui, la Coupe du monde de football est bien du sport, à condition de dégager plusieurs niveaux de réflexion.
D’abord il est impératif de toujours bien distinguer entre le sport de haut niveau et le sport de masse, ou entre la compétition professionnelle, la compétition amateur et la compétition de loisirs, ou encore de trancher parmi les finalités qui peuvent être celles du sport d’élite, du sport-santé, de l’éducation physique scolaire, le tout étant souvent et indûment regroupé sous l’appellation « sport ». Or tout n’est pas sport – le jardinage ou la montée d’escaliers qui peuvent représenter des « exercices physiques » recommandés par la médecine n’en sont pas –, les sports eux-mêmes ont des finalités qui peuvent varier à l’intérieur d’une même discipline, par exemple selon l’intensité de l’entraînement. Enfin le sport de haut niveau s’est constitué à partir des années 1960-1970 une sphère propre, avec ses codes, son économie, ses modalités de reconnaissance et ses fameuses « dérives » – argent, dopage –, souvent vilipendées.
De là un second niveau de réflexion. Le sport de haut niveau est par essence recherche du dépassement de soi, ce qui change la nature de l’activité. Tout est optimisé, – matériel, matériaux, science des entraînements et science médicale, diététique, psychologie et dopage – pour accroître sans limitation la performance. Dans le même temps, la médiatisation du sport devenu sport-spectacle dans les années 1970, les flux financiers que cela a engendrés, les enjeux politiques qui se sont amplifiés, ont contribué à faire du sport de haut niveau un laboratoire expérimental à différents titres (médical, économique et social). C’est là sans doute son intérêt premier : le sport nous parle de la société, de l’amélioration du corps humain, de la technicisation de l’homme, etc. Le sport en général, le football en particulier. Car un sport planétaire, un sport qui se pratique dans toutes les couches de population, sur les terrains, dans la rue, un sport dont les champions sont des stars surpayées érigées en icônes et qui suscite de tels processus d’identification de la part du public ne peut être isolé de la société et de ses problèmes (la violence, le racisme, les contrecoups de la crise économique etc.). Par là s’effondre sans doute l’idée, plus exactement le mythe d’une contre-société vertueuse que le sport incarnerait, d’un idéal de la démocratie mis à mal par les excès du football et de ses coulisses. Dans le sport comme ailleurs dans la société – mais il faudrait pour les différencier analyser très spécifiquement le statut de la règle – existent la triche, la corruption, la violence, le dopage, etc.

« Le sport, idéal démocratique ? », entretien avec Isabelle Queval, laviedesidees.fr.


Document 2 :

Le sport.
Je suis contre. Je suis contre parce qu’il y a un ministre des Sports et qu’il n’y a pas de ministre du Bonheur (on n’a pas fini de m’entendre parler du bonheur, qui est le seul but raisonnable de l’existence). Quant au sport, qui a besoin d’un ministre (pour un tas de raisons, d’ailleurs, qui n’ont rien a voir avec le sport), voilà ce qui se passe : quarante mille personnes s’asseoient sur les gradins d’un stade et vingt-deux types tapent du pied dans un ballon. Ajoutons suivant les régions un demi-million de gens qui jouent au concours de pronostics ou au totocalcio1, et vous avez ce qu’on appelle le sport. C’est un spectacle, un jeu, une combine, on dit aussi une profession : il y a les professionnels et les amateurs. Professionnels et amateurs ne sont jamais que vingt-deux ou vingt-six au maximum ; les sportifs qui sont assis sur les gradins, avec des saucissons, des canettes de bière, des banderoles, des porte-voix et des nerfs sont quarante, cinquante ou cent mille ; on rêve de stades d’un million de places dans des pays où il manque cent mille lits dans les hôpitaux, et vous pouvez parier à coup sûr que le stade finira par être construit et que les malades continueront à ne pas être soignés comme il faut par manque de place. Le sport est sacré ; or c’est la plus belle escroquerie des temps modernes. Il n’est pas vrai que ce soit la santé, il n’est pas vrai que ce soit la beauté, il n’est pas vrai que ce soit la vertu, il n’est pas vrai que ce soit l’équilibre, il n’est pas vrai que ce soit le signe de la civilisation, de la race forte ou de quoi que ce soit d’honorable et de logique. […]
À une époque où on ne faisait pas de sport, on montait au mont Blanc par des voies non frayées en chapeau gibus2 et bottines à boutons ; les grandes expéditions de sportifs qui vont soi-disant conquérir les Everest ne s’élèveraient pas plus haut que la tour Eiffel, s’ils n’étaient aidés, et presque portés par les indigènes du pays qui ne sont pas du tout des sportifs. Quand Jazy court, en France, en Belgique, en Suède, en U.R.S.S., où vous voudrez, n’importe où, si ça lui fait plaisir de courir, pourquoi pas ? S’il est agréable à cent mille ou deux cent mille personnes de le regarder courir, pourquoi pas ? Mais qu’on n’en fasse pas une église, car qu’est-ce que c’est ? C’est un homme qui court ; et qu’est-ce que ça prouve ? Absolument rien. Quand un tel arrive premier en haut de l’Aubisque3, est-ce que ça a changé grand-chose à la marche du monde ? Que certains soient friands de ce spectacle, encore une fois pourquoi pas ? Ça ne me gêne pas. Ce qui me gêne, c’est quand vous me dites qu’il faut que nous arrivions tous premier en haut de l’Aubisque sous peine de perdre notre rang dans la hiérarchie des nations. Ce qui me gêne, c’est quand, pour atteindre soi-disant ce but ridicule, nous négligeons le véritable travail de l’homme. Je suis bien content qu’un tel ou une telle «réalise un temps remarquable» (pour parler comme un sportif) dans la brasse papillon, voilà à mon avis de quoi réjouir une fin d’après-midi pour qui a réalisé cet exploit, mais de là à pavoiser les bâtiments publics, il y a loin.
1. totocalcio : loto sportif italien. 2. chapeau gibus : chapeau haut de forme qui peut s’aplatir. 3. l’Aubisque : col des Pyrénées.

Jean Giono, Les Terrasses de l’île d’Elbe, Gallimard, 1976.

Document 3 :

C'est devenu un leitmotiv, un véritable pont aux ânes¹ : le sport, pétri de valeurs éthiques, constituerait un modèle pour la jeunesse. Il serait même urgent de l'introduire davantage à l'école, par exemple l'après-midi, sur le modèle qu'on prête à l'Allemagne. L'esprit d'équipe, le souci du collectif, l'égalité des chances, le dépassement de soi, le fair-play qui anime les sportifs (?) pourraient faire merveille en lieu et place d'une instruction civique défaillante, incapable de contrer cette fameuse « montée de l'individualisme » dont on nous rebat les oreilles à jet continu. Quant à ceux qui n'aiment pas le foot, leur cas relève clairement de la pathologie sociale : ce sont des bourgeois hostiles aux fêtes populaires, des adeptes de ce que Bourdieu nommait la « distinction », des partisans de la ségrégation sociale qui laissent le ballon rond aux classes inférieures comme ils leur abandonnent l'accordéon, le mousseux et le pâté. Le problème, c'est que presque tout est faux dans ce discours lénifiant. D'abord sur le plan sociologique. Depuis des décennies maintenant, rien n'est plus chic ni mieux porté dans les « couches supérieures » que de crier haut et fort son amour inconditionnel du foot ou du rugby - le summum étant, si possible, de parvenir à se faire inviter à la radio ou à la télévision pour commenter un match. Succès d'estime garanti. Politiques, chefs d'entreprise et intellectuels s'y précipitent, prenant un soin émouvant à faire connaître urbi et orbi leur passion, en effet, « populaire ».Sur le plan éthique, le culte du sport qui envahit nos sociétés jusqu'au délire, est plus problématique encore. Car si l'on y réfléchit objectivement, rien n'est moins clairement moral que la réussite sportive. Quoi qu'on en dise pour faire passer la pilule, le talent y joue un rôle infiniment plus important que le mérite. Les dons naturels sont, à l'évidence, l'ingrédient premier, indispensable à la fabrique du champion. Sans eux, tout le travail du monde ne suffira pas, l'être peu doué naturellement n'ayant aucune chance de s'élever vers les sommets par la seule vertu d'un exercice laborieux. Or nul n'est responsable de son talent : il tombe sur les humains comme la pluie, sur les bons comme sur les méchants. En soi, il n'a rien de moral. La preuve ? Tous les dons naturels, sans exception aucune - la beauté, la force, l'intelligence, la mémoire, l'adresse, etc. -, peuvent être mis indifféremment au service du bien ou du mal - ce qui suffit à prouver que la valeur éthique qu'on leur attribue à tort ne leur est pas inhérente mais dépend entièrement de l'usage qu'on en fait. Au niveau politique, le sport n'est guère plus édifiant : une réussite sociale fulgurante mais éphémère, une notoriété proprement insensée, des sommes d'argent aussi hallucinantes que déconnectées de mérites réels, tout cela donne à la jeunesse un idéal qui, pour être en effet celui de la société dominante, n'en est pas moins au plus haut point préoccupant. D'autant que l'objectif est aux antipodes de la culture du livre dont l'école est, en principe, le dernier bastion. L'écrit ne tient ici aucune part, tandis que les écrans, y compris publicitaires, sont omniprésents. Comme le montre Robert Redeker, les valeurs qui animent les compétitions modernes, avec leur fameux « plus vite, plus fort, plus haut », ce culte infini de la performance, cette vénération pour la concurrence égale et libre sont avant tout celles du « toujours plus » ultralibéral. Rien n'y renvoie à ce sens de la limite, voire de l'humilité, qu'implique toute conduite morale. Pas de malentendu, comme tout le monde ou presque, j'aime le sport. (…) Pire, je l'avoue, j'ai regardé en l998 les matchs de l'équipe de France avec bonheur. Cela pour dire que ce n'est pas le sport lui-même qui est ici en cause, mais le cirque indécent qu'on fait autour. Ribéry ou Henry sont peut-être de gentils garçons, mais ils ne sont ni Jésus, ni Galilée, ni de Gaulle, ni Hugo. Ils n'ont pas inventé la pénicilline, ni même l'eau chaude. En faire des demi-dieux aux yeux de millions d'enfants est aussi absurde que nuisible à leur éducation.
1. pont aux ânes : évidence, chose facile.

Luc Ferry, « Le culte du sport, école de vertu ? », Le Figaro, 17 juin 2010.


Document 4 :



François Rousseau, Dieux du stade 2011, www.stade.fr

Corrigé de la synthèse (sans la conclusion) :


Problématique retenue :
Le sport a-t-il une grande valeur pour notre société ?
I) Le sport a une grande valeur.
II) En fait la valorisation du sport est contestable.

Les soirs de grands matchs, j’entends hurler des adorateurs du ballon rond plus ou moins alcoolisés qui se mettent à entonner un hymne national qu’ils ne chanteraient en aucune autre occasion. Je vois un véritable délire s’emparer des foules à l’occasion d’une victoire en Coupe du monde. Fanions, peintures fluorescentes, sifflets, bâtons tambour, cornes, trompettes, banderoles, équipé de ses accessoires, le supporter ivre de joie et de bière se livre à une bacchanale digne des cortèges antiques qui célébraient le dieu Dionysos. Métro, plateaux télé, bureaux, cafés, on ne parle plus que de cela : la victoire, la Coupe, le foot… ou le rugby. Nul doute, on se trouve face un véritable culte populaire. Mais le sport des champions a-t-il vraiment une si grande valeur sociale ? Telle est la question soulevée par ce corpus composé de quatre documents : une interview d’Isabelle Queval, un texte de Jean Giono, un article de Luc Ferry et une photo de François Rousseau. Nous tenterons de répondre en deux parties. La première mettra en évidence la valeur que revêt le sport dans la société actuelle. La seconde montrera en quoi cette valeur est sinon fausse du moins discutable.
Dans notre société, il y a plusieurs sortes de sports qu’il ne faut pas confondre : le sport professionnel, le sport amateur, grand public, l’éducation physique. Le but poursuivi n’est pas le même, selon le document 1. Le sport est un spectacle de grande valeur puisqu’il attire tant de gens. Comme le dit Giono, il y a les professionnels, une poignée de gens, et les amateurs, très nombreux. Il ajoute que le sport est un spectacle qui rassemble le public et les parieurs. Selon Luc Ferry, même les bourgeois, dont on prétend qu’ils bouderaient le foot pour se distinguer, sont en fait amateurs de foot et de rugby. Il affirme que l’élite manifeste son engouement pour ces sports jusque sur les plateaux télé. Les médias se sont emparés du sport. D’après Isabelle Queval, cette médiatisation très poussée, avec ses retombées économiques et politiques, a fait du sport de haut niveau un terrain de recherche et de développement. En effet, dit-elle, le but du sport de haut niveau est de repousser les limites grâce à la meilleure préparation et à la meilleure technique. La Coupe du monde de football, poursuit-elle, est un symbole du sport hypermédiatisé investi par l’économie et la politique. C’est pourquoi le football, sport universel pratiqué dans toutes les catégories sociales, est devenu, avec ses idoles adorées, un révélateur social. Les grands sportifs jouissent d’une célébrité énorme et, selon Ferry, de revenus mirobolants. Cette espèce de divinisation des champions se voit sur la photo du calendrier Dieux du stade. Le rugbyman est présenté torse nu, l’éclairage et la contre-plongée accentuent l’impression de force et de beauté qu’il dégage. Selon Luc Ferry, on prête également au sport des vertus citoyennes. Il serait un moyen éducatif propre à remplacer une éducation civique inefficace. En somme, le sport a pris dans notre société une valeur supérieure dont tous ces documents témoignent.
Mais cette valeur est en partie usurpée ou discutable. Selon Giono, le soutien logistique s’est accru et les sportifs de son époque n’ont pas autant de mérite que les alpinistes d’autrefois. Pour Luc Ferry, la volonté effrénée de performance s’oppose à la modestie de la vertu. A ses yeux, la réussite sportive est moins une question de mérite que de talent, or le talent est injuste puisqu’il n’est pas réparti équitablement, donc le culte du sport n’est pas éthique. De plus, cette réussite produit une célébrité excessive et des revenus mirobolants qui ne constituent pas un exemple édifiant pour les jeunes. Jean Giono estime, lui aussi, que le sport n’incarne ni la vertu ni la civilisation. Il lui enlève même le mérite de représenter la beauté. C’est pourquoi, dit-il, le sport est une imposture. Le rôle civilisateur du sport est également mis en question par Luc Ferry qui affirme que son culte s’oppose à la culture livresque et prône, comme le dit Redeker, la concurrence ultralibérale. Selon Isabelle Queval, le sport de haut niveau forme depuis les années 60-70 un monde à part avec ses usages, son organisation, sa hiérarchie et ses défauts (argent, dopage). Le football, notamment, n’est pas épargné par des maux tels que la violence et le racisme. Ainsi se trouve contredite l’utopie qui fait du sport le refuge des idéaux humanistes et démocratiques. En outre, un événement sportif tel que la Coupe du Monde de Football est, selon le journaliste de La vie des idées, un dérivatif qui occulte des difficultés économiques et politiques. Le sport rejeterait donc à l’arrière-plan des intérêts vitaux pour notre société. C’est ce pense Giono, qui dénonce la préférence accordée à la construction des stades au détriment de celle de nouveaux hôpitaux. En faisant du sport un devoir national, on sacrifie les activités utiles. En somme, c’est surtout l’idôlatrie du sport qui est ici dénoncée. Le document 4 révèle une divinisation des champions que critique Luc Ferry. On ne devrait pas, ajoute Giono, entetenir un tel culte de la performance sportive. Plus que le sport lui-même, c’est l’espèce de religion du sport que notre société développe, son hypermédiatisation et sa mythification, sa valorisation trompeuse, qui sont l’objet des critiques formulées par ces documents.

mardi 31 janvier 2012

Fiche sur le film L'Enfer du dimanche d'Oliver Stone

Any given Sunday (L’Enfer du dimanche) d’Oliver Stone, 1999.

Le titre du film est L’enfer du dimanche. C’est un film américain écrit et réalisé par Oliver Stone. Il raconte l’histoire d’une équipe de football américain professionnel et de son entraîneur. L’équipe des Miami Sharks est en grande difficulté, et le célèbre entraîneur d’Amato est remis en question après vingt ans de bons et loyaux services. La blessure de leur capitaine et quaterback vedette n’arrange rien. Un jeune joueur, Beamen, le remplace et commence à faire changer les choses. Il fait gagner les Sharks et révolutionne leur jeu. Sa popularité augmente et son ego avec. Mais ce changement plait à tout le monde sauf aux autres joueurs, qui passent au second plan, ainsi qu’au coach avec ses méthodes à l’ancienne. Beamen se retrouve alors au somment de sa gloire avec le soutien des dirigeants qui souhaitent moderniser le club, mais en conflit avec ses coéquipiers et son entraîneur. Cependant, à la fin du film, Beamen et son entraineur finissent par laisser de côté leur différend pour faire gagner l’équipe en oubliant l’intérêt personnel au profit de l’intérêt collectif.
A travers ce film, Oliver Stone nous montre les dessous du football américain professionnel, l’importance de l’argent entre autres qui peut faire oublier le but premier de ce sport et du sport en général : l’esprit d’équipe, le fair-play, la victoire. Le goût de l’argent peut même pousser à mettre en péril la santé ou la vie des joueurs. Les enjeux financiers sont si importants qu’ils exercent une très forte pression à tout niveau aussi bien sur la présidente que sur les municipalités, les entraîneurs et les joueurs. Mis à part l’argent, le film met en évidence la violence, la drogue, la concurrence et la rivalité qui peut être présente au sein d’une équipe professionnelle.
Le film propose une morale : l’équipe ne peut gagner sans être unie et soudée, elle gagne grâce à la solidarité sur le terrain et en dehors.




Les étudiants de BTS BAT1

lundi 2 janvier 2012

Corpus de synthèse sur le sport et la violence :

I. Vous ferez une synthèse concise, objective et ordonnée des documents suivants :
Document 1 :

Votre ado est un peu trop agressif et vous envisagez de l’inscrire au tennis pour le calmer ? Vous risquez de le rendre encore plus combatif ! C’est ce que souligne Luc Collard, chercheur à la Faculté des sciences du sport de l’université de Picardie, et auteur du livre Sport et agressivité. Selon lui, la pratique sportive prône l’usage de la force et de l’intimidation. Il nous dévoile le revers de la médaille…
Doctissimo : Pourquoi les ados sont-ils attirés par le sport ?
Luc Collard : Avant tout, il faut préciser le terme sport, sous lequel on regroupe de nombreuses pratiques différentes. Mais je suppose que vous voulez parler de son acception la plus forte, celle prônée par Pierre de Coubertin à travers les Jeux olympiques : une activité physique, avec des compétitions réglées, par le biais de fédérations. Dans ce cas, je vous répondrais que les jeunes et ados n’aiment pas tant le sport que ça ! Ils préfèrent les activités libres, dans la rue ou la nature, où l’on peut s’extraire du jeu et y revenir quand on veut. Quel ado aujourd’hui va demander une hiérarchie et des règles contraignantes ? D’ailleurs on le voit avec le développement d’activités telles que le skate ou le roller… Les jeunes inventent leurs propres activités, et les fédérations essaient souvent de les récupérer. Du coup, ils se tournent vers d’autres pratiques…
Doctissimo : La pratique d’un sport permet-elle de faire baisser l’agressivité, comme on le prétend généralement ?
Luc Collard : Dans son aspect purement physiologique, la pratique d’un sport va permettre effectivement une purge énergétique. Mais les psychologues savent bien que la fatigue n’est pas nécessairement synonyme d’apaisement… c’est même souvent le contraire ! Le modèle sportif, qu’il s’agisse de la boxe ou du ping-pong, exalte l’opposition et la recherche de domination. Les conduites douces et gentilles sont rarement pertinentes dans l’univers des sports. En Europe, les sports privilégiés sont ceux qui mettent en jeu des « duels » : individu contre individu ou équipe contre équipe. Car l’origine du sport tel que nous le connaissons aujourd’hui remonte à l’Angleterre du 18e siècle, où des compétitions étaient organisées entre les écoles privées. C’est le type d’affrontement dichotomique primaire que l’on retrouve dans le règne animal, pour déterminer le dominant et le dominé. Ce que l’un gagne, l’autre le perd ! Il n’y a pas de place pour les seconds… L’hypothèse que je défends dans mon livre (à travers de nombreuses expériences chez les jeunes et les sportifs) est que le sport procède à un véritable façonnage de l’agressivité.
Doctissimo : Mais le sport prône aussi des valeurs, pour plus d’égalité, d’éthique et de respect ?
Luc Collard : Bien sûr, il existe des valeurs très nobles dans le sport. Normalement, il y a une égalité des chances, puisque les affrontements se font avec des personnes de même niveau ou catégorie, les règles sont scrupuleusement respectées, etc. Parmi les nombreux intérêts éducatifs du sport - développement des capacités de décentration et d’intelligence motrice, acception de règles collectivement partagées, développement des qualités physiques et de certaines capacités cognitives, découverte de son statut socio-affectif au sein d’un groupe, etc. - il ne me semble pas recevable d’y ajouter l’atténuation de conduites agressives.
Le sport est le reflet des valeurs de notre société. Or aujourd’hui, ceux qui s’en sortent le mieux dans la vie sont ceux qui sont les plus agressifs, et qui profitent de la peur des autres pour s’imposer. En clair, ce sont ceux qui ont une mentalité de "battants". Le sport prône simplement ces vertus valorisées par notre société.
Doctissimo : Pourtant, on cite souvent comme solution dans les banlieues difficiles les activités sportives telles que les sports de combats. Vous pensez que ce n’est pas efficace ?
Luc Collard : Prétendre à l’atténuation de l’agressivité par le sport est probablement une erreur. D’ailleurs, dans de nombreuses villes où cela a été mené, on a vu la délinquance au mieux stagner, au pire augmenter. Et lorsqu’on interroge les jeunes qui participent à ces programmes, il apparaît qu’ils pratiquent ces sports la plupart du temps… pour apprendre à se battre !
Doctissimo : Donc selon vous il ne faut pas inscrire ses enfants au sport ?
Luc Collard : Je n’ai jamais dit cela ! Il faut simplement avoir un regard réaliste sur la pratique sportive. Si les parents veulent donner à leurs enfants des armes et des réflexes pour arriver dans la société, en faire des "battants", le sport est une bonne école. Mais s’ils veulent favoriser chez leurs enfants des valeurs d’altruisme et d’échange, et leur apprendre à respecter les points faibles de l’autre et leurs propres points faibles, ce n’est peut-être pas là qu’il faudra chercher.
Doctissimo : Echange, coopération et altruisme sont donc incompatibles avec activité physique ?
Luc Collard : Pas forcément. Prenez l’exemple de l’éducation physique, enseignée dans les collèges et lycées. Elle s’est démarquée très tôt du sport en tant que tel, pour favoriser le développement des conduites motrices (maîtrise de soi, habiletés en situations inhabituelles, etc.) plutôt que la performance pure et dure. Les séquences d’éducation physique sont souvent des activités mélangeant filles et garçons, de niveaux et de motivations très hétérogènes ; il devient impossible de faire du sport au sens fort du terme. Les pratiques corporelles ne se limitent pas au sport. Il y a des dizaines de jeux dont la logique interne ne privilégie pas l’opposition simpliste en miroir. Et de nombreuses activités, à l’école et en dehors, favorisent ainsi d’autres aspects que l’individualisme et l’agressivité : rafting, plongée sous-marine… et globalement toutes les activités de plein air basées sur la coopération, des activités que l’on retrouve dans les stages "nature" par exemple.
Propos recueillis par Alain Sousa

Document 2 :

Décembre 2005. La France vient de passer un mois à voir des voitures brûler, des cités s’embraser. Les questions surgissent : comment en est-on arrivé là ? Qui est responsable ? Que faire ? Il faut réagir. Un grand plan, et vite. On y mit ce qu’on pouvait, dont du sport. 20 millions d’euros de plus pour l’investissement sportif dans les quartiers difficiles. Une mesure de l’ordre du symbolique qui porte les crédits du Centre national de développement du sport, nouvellement créé, à 236 millions en 2007 (dont 120 millions d’euros sur trois ans pour un Plan national de développement du sport). Mais même symbolique, cette rallonge en disait long sur la rescousse idéologique que pouvait apporter le sport dans la lutte contre la délinquance dans les quartiers. Il ne fallait pas douter, montrer le chemin, et répéter, encore et toujours, l’évidence : le sport guérit la violence. Pourtant, au même moment, dans une étude intitulée « Plus de sport, plus de délinquance chez les jeunes », Sébastian Roché, directeur de recherche au CNRS, s’attaque à cette hypothèse. Non seulement ce n’est pas le cas, conclut-il, mais c’est souvent l’inverse qui est constaté : la proportion de délinquants est deux fois plus élevée chez les jeunes pratiquant une activité sportive). « Ce qu’il faut retenir de cette étude, c’est que le sport n’est pas un outil de prévention de la délinquance, explique M. Roché. Au contraire, c’est un des facteurs de la violence. Pas le seul, mais l’un d’entre eux. Arrêtons donc de le considérer comme un outil de prévention de la délinquance, et restons-en à le considérer comme un loisir de santé et de plaisir. » Le sport n’aurait-il au moins pas le mérite de lutter contre l’ennui dans les quartiers ou d’ « occuper » des jeunes susceptibles d’être tentés par la délinquance ? « L’argument « occupationnel » ne tient pas la route non plus. Ce n’est pas parce qu’on joue au foot qu’on n’a plus le temps de commettre un cambriolage ! » s’émeut Sébastien Roché. L’étude n’a pas eu le mérite de lui attirer les bons sentiments de Jean-François Lamour. Le ministre des Sports lui a dit qu’il n’« aimait pas » les résultats. « Lui et son entourage n’aiment pas s’interroger, car s’interroger, c’est se désavouer », explique M. Roché. Les désaveux ministériels, Luc Collard, maître de conférences à l’université Jules-Verne d’Amiens, les connaît bien aussi. Lui a mené une étude pour le compte de l’Education nationale. Sa conclusion : le sport intensif à l’école augmenterait l’agressivité des élèves. « Quand j’ai montré les résultats à l’équipe de Gilles de Robien, ils étaient atterrés, révoltés, ils m’expliquaient que mes résultats étaient faux, que j’avais tort, etc. », explique ce jeune chercheur au regard malicieux, dans son petit bureau lumineux de la fac de STAPS d’Amiens. Ces études ne font pas que déranger les ministres. Elles heurtent aussi notre sens commun, où le sport est devenu une valeur qui figure en bonne place. La première réaction est de les rejeter comme des travaux de sociologues éloignés des réalités du terrain, ennemis inconditionnels du sport. Mais il convient de s’interroger sur notre propre réaction. Car ces études ont non seulement le mérite de donner quelques éléments de faits sur le sport de masse, mais aussi de poser légitimement la question d’une politique du sport vieille de plus de trente ans. La position officielle du ministère des Sports est de ne pas donner d’importance aux études au motif qu’ « elles vont dans tous les sens », bien qu’aucune ne montre d’effet positif dans la lutte ou la prévention de la violence. « Nous avons conscience que le sport n’est pas le pansement de tous les maux de la société, explique son porte-parole, mais qu’il est un des outils de la lutte contre la violence ». Le ministère préfère appuyer sa vision sur « les remontées des milliers de clubs locaux » et les « valeurs » du sport. C’est donc le terrain, constitué d’un réseau de clubs et d’éducateurs sportifs, qui informerait le ministère. C’est justement ce biais d’information qui pose problème. « Tout le monde défend ses intérêts, souligne Sébastian Roché. Les animateurs et les éducateurs défendent leur beefsteak et leurs subventions, mais en fait ils ne font pas ce qu’ils prétendent faire : ce sont plus des entraîneurs qui encouragent l’agressivité et la triche que des éducateurs. » Alors, que faire ? Une fois qu’on a mis à bas une des dernières colonnes de l’État dans les quartiers difficiles, que peut-on espérer ? Jean-Philippe Acensi dirige l’Agence pour l’éducation par le sport, un organisme à fonds mi-publics, mi-privés, qui travaille depuis dix ans à l’aide aux projets sportifs dans les quartiers et veille à la mise en place de bonnes pratiques dans la politique sportive. Pour lui, le progrès passe aussi par une meilleure formation des éducateurs. « Le sport n’a pas de valeur éducative en tant que tel, explique cet observateur lucide. « Si les éducateurs sont mauvais, on aura de mauvais résultats. Et c’est vrai que l’encadrement est souvent un peu trop léger, et plus dans les sports de combat et le foot que dans le judo ou l’escalade ». « Je crois qu’il faut simplement réfléchir aux conséquences des différents sports pratiqués en banlieue, réplique Sébastian Roché. Mettre l’accent sur l’éducatif avec des jeux plus collaboratifs. Peut être que c’est un peu plus ennuyeux, mais on mettrait moins à l’écart toute une population qui ne se sent pas concernée par cette logique compétitive du sport. » Proposition semblable du côté de Luc Collard : « Je ne suis pas pour qu’on se dise « le sport rend agressif donc on va l’interdire dans les quartiers ». Le vrai problème en banlieue, c’est qu’on applique le mauvais médicament. On va défendre les sports de combat ou le foot qui rendent agressifs, alors qu’il faudrait plutôt privilégier les activités de pleine nature, type escalade ou plongée. » Miser sur la technique plutôt que sur la compétition. Travailler sur le long terme. Développer des sports moins agressifs, et s’en donner les moyens. Des mots qui reviennent dans toutes les bouches, chercheurs comme acteurs de terrain.
Marc Préel, « Le sport réduit-il (vraiment) la violence ? », publication du CFPJ.

Document 3 :

PSG-Toulouse, samedi 15 décembre 2007.

Depuis que Julien Quemener est mort, Boulogne a déposé un immense tifo noir et blanc à son prénom parcourant toute la longueur de la tribune et lui rend un hommage systématique à chaque rencontre, en entonnant un court mais toujours vibrant “Julien, Julien, Julien”. Vincent et moi, consternés par le niveau global de l’équipe et par les résultats négatifs récurrents, avons pris l’habitude de répondre par un “Julien, tu rates rien”, le sourire en coin. C’est idiot. C’est drôle. Drôle et idiot.
Le Parc me manquera à moi aussi, quand je serai crevé.
Les quotidiens crachent leurs dépêches: le match contre Toulouse sera sous “haute tension”. Encore plus de CRS, de gendarmes mobiles, de stadiers, des détecteurs de métaux comme s’il en pleuvait, plus de fouilles corporelles. Les ultras ont décidé de ne pas encourager l’équipe. Silence total pendant quatre-vingt-dix minutes. Et gare à ceux qui oseraient violer l’ordre du jour… La raison est simple: les supporters ont tout fait depuis le début de la saison pour communiquer leur passion à la pelouse. Peine perdue. Et donc, à partir d’aujourd’hui, c’est aux joueurs de projeter l’envie du terrain aux tribunes. Pas gagné. Comme ce match couperet. Ça pue.
Je passe chez Vincent qui n’habite pas loin. Une clope, on prend les casques et on grimpe sur sa moto aux couleurs de Paris. Avec sa fameuse cicatrice sur le réservoir, infligée par la clé d’un courageux anonyme, Marseillais épidermique ou vandale sans cause. Peu importe: la blessure est là, belle comme un premier amour oublié. Vincent roule vite, frôle les véhicules trop lents, jongle avec les feux, les passants. Un grand n’importe quoi totalement maîtrisé.
Porte de Saint-Cloud. Pas tant de flics que ça. Les détecteurs de métaux ont semble-t-il posé un lapin aux tribunes latérales. Privilège de taulard réservé aux deux virages. La fouille relève toujours de la supercherie. Je veux un jour introduire une arme de n’importe quelle catégorie pour atomiser un arbitre trop partial, des joueurs pas assez concernés, un président actionnaire paresseux, aucun problème. Bazooka, grenade, revolver, capsule de sarin ou tronçonneuse rouillée, tout rentre, tout passe. Le cirque! Le Parc est devenu un cimetière sans fleur, aux allées bondées, des gens qui ne viennent pas visiter leurs morts mais contempler ceux des autres.
Paris joue trente premières minutes valables. Se procure beaucoup de coups francs, de corners, manque l’immanquable à deux reprises.
Toulouse attend. Ils attendent tous.
Et puis l’inévitable. Camara passe en retrait au gardien Landreau, qui, déjà trop avancé, ne peut intercepter le ballon. Elmander en profite pour marquer son sixième but en trois matches. Les gradins insultent Camara. Ouais. Sauf que Landreau est le vrai fautif. Allez savoir pourquoi, il bénéficie d’une excellente réputation, peut-être le dernier joueur à Paris avec Pauleta qui ne connaît pas les sifflets. Mystère. 0-1.
Le Parc se moque. Un tifo “Les Chèvres” fait son apparition. Boulogne scande “Équipe de merde. On a, on a une équipe de merde” enchaîné avec “Au mercato, barrez-vous”. Mi-temps. On fume. On hait. On fume.
On pleure de l’intérieur. Ça reprend. Paris pousse, dans le vide, notre vide. Elmander s’échappe, crochète et tire dans la surface. 0-2. À peine croyable. Le feraient-ils exprès, ces onze petits laborieux?Le pénalty de Pauleta pendant les arrêts de jeu ne sert évidemment à rien. Le PSG s’incline de nouveau chez lui. Chez moi. Il fait froid maintenant. L’hiver attend le coup de sifflet final pour mordre. Retour dans le onzième, j’achète un minuscule sapin de Noël à 18 euro et une guirlande chez le Paki du coin, 4,90 euro. J’aimerais vraiment savoir pourquoi.
Il scintille dans le salon, il a l’air de se foutre de ma gueule. Je l’entends, sa rengaine silencieuse: “Paris est tragique, Paris est tragique”, j’ai envie de le frapper, fort. Sapin de merde. Équipe de merde. Vie de merde.
Je regarde en boucles le résumé du match. Conseil pratique pour les futurs supporters de Paris: toujours s’imposer de revoir rapidement les images après une défaite. Toujours. Et à plusieurs reprises si possible.
Ça n’atténue rien mais ça permet de se sentir comme au centre d’une tragédie shakespearienne. On revit ce qui est déjà mort, on ferme les yeux, “je compte jusqu’à sept et je me retrouve au Parc, à 14h59, juste avant le début du match. Comme si rien de tout ça n’avait existé. Nouveau départ.” Les voyages dans le temps s’imposent comme une solution tout à fait viable. On tente de relativiser, belle connerie. On scrute le classement, on fait des calculs qui rendent fous, on plonge dans l’avenir, Madame Soleil misérable, aux prévisions moisies. On souffre en toute subjectivité. Une larme coule le long de ma joue gauche. Je renifle bruyamment. Encore un week-end noyé, un week-end foutu.
Jérôme Reijasse, Parc.

Document 4 :



Photo Le Monde.

II. Ecriture personnelle :
Pensez-vous que la pratique et le spectacle du sport sont de nature à développer l’agressivité ?

Corpus de synthèse sur le sport et l'insertion sociale :

Document 1 :

Remettre les plus démunis dans le jeu de la vie par une compétition sportive internationale, c'est l'objectif de la Coupe du monde de football des sans-abri qui commence ce week-end à Paris. Après Rio de Janeiro l'an dernier, qui a vu la victoire finale du Brésil, la compétition née il y a cinq ans fait étape au Champ-de-Mars du 21 au 28 août, au pied de la tour Eiffel. Avec, pour la première fois, une compétition féminine. Parrainée par les footballeurs champions du monde Emmanuel Petit et Lilian Thuram, la Homeless World Cup Paris 2011, son appellation internationale (www.homelessworldcup.org), sera lancée samedi par une cérémonie au Stade de France, à Saint-Denis. On y attend soixante-quatre délégations venues de cinquante-trois pays, quarante-huit équipes masculines ou mixtes et seize équipes féminines. "Les sans-abri, on les croise tous les jours sans savoir forcément qui ils sont", dit Benoît Danneau, directeur du comité d'organisation. "L'idée est de s'adresser au grand public pour donner une image différente des personnes en grande difficulté, une image positive, collective, entreprenante via une démarche de valorisation de la pratique sportive", ajoute-t-il.
Les six cent quarante joueurs et accompagnateurs attendus seront encadrés par quatre cents bénévoles pour un événement dont le budget, bouclé grâce à l'Etat, les collectivités locales et les instances du football, est évalué à moins de un million d'euros. Outre des stars du football, les secrétaires d'Etat au sport et au logement, Chantal Jouanno et Benoist Apparu, devraient apporter leur soutien à la manifestation. Les équipes sont composées de huit joueurs ou joueuses choisis selon des critères propres à chaque pays. Le profil des participants, recrutés à partir de 16 ans et âgés pour la plupart entre 18 et 35 ans, est large.
Seule condition : être ou avoir été sans abri dans les douze derniers mois. Il peut s'agir de personnes vivant dans la rue mais aussi dans une voiture, un hôtel au mois ou un centre d'hébergement. "On cherche des gens de bon niveau qui soient dans une phase ascendante de leur insertion, des personnes qui ont déjà enclenché une vitesse. Le sport ajoute une dimension complémentaire à leur réinsertion", dit Benoît Danneau. L'entrée est gratuite et les organisateurs attendent environ quarante mille spectateurs au total, soit cinq mille par jour, pour assister aux matches et visiter le village d'associations installé sur le site et où seront organisés des débats. Les personnes à la rue viendront y peindre, y chanter, présenter leurs œuvres et s'exprimer sous différentes formes.
« Paris accueille le Mondial de football des sans-abris », Le Monde, 20.08.2011.

Document 2 :
Le sport est-il un vecteur d’intégration ?

        Les exemples de Michel Platini, Luis Fernandez ou Zinedine Zidane, puisque l’actualité est dominée par le football, nous suggèrent que le sport, mieux que l’économie ou la politique, peut fonctionner comme un ascenseur social pour des jeunes adultes issus de l’immigration. Que le sport permette à des jeunes défavorisés socialement de trouver une reconnaissance est une réalité. Pour certains jeunes dotés d’aptitudes physiques, c’est dans le sport qu’ils trouvent une promotion sociale de substitution. Moins riches en ressources économiques et culturelles, possédant de surcroît un capital symbolique « négatif » lié à la stigmatisation, ils trouvent dans le sport de haut niveau un espace qui reconnaît leur compétence et qui tire profit de dispositions, qualités et savoirs pratiques valorisés dans les milieux populaires. Un moment clé de leur itinéraire est alors l’entrée en formation, qui constitue à la fois constitue à la fois une promotion sportive élective, marquée par un rapprochement avec l’espace strictement professionnel, et une rupture, plus ou moins nette, avec le cadre de la pratique et la façon de jouer antérieurs. En tant que « rite d’institution », pour reprendre une formule de Bourdieu, le recrutement au centre de formation des apprentis footballeurs participe à la construction de la vocation, c’est-à-dire la croyance dans le fait « d’être fait pour ça ».
        Il existe donc des parcours, une reconnaissance, de la réussite. Mais il ne faut pas oublier que le racisme reste présent dans les stades et sur les terrains, et que des joueurs d’origine étrangère peuvent très fréquemment être renvoyés à leur différence. Par ailleurs, la réussite des quelques footballeurs sélectionnés dans l’équipe de France de football, si elle contribue au mythe du « salut social » par le sport, fait aussi écran à la réalité de l’impasse dans laquelle se trouvent nombre de jeunes issus de l’immigration en difficulté d’insertion socioprofessionnelle. Il faut donc prendre garde à la dimension mythique de la représentation du sport intégrateur : elle amène par ailleurs à sous-estimer les logiques de ségrégation, d’entre-soi, de ghettoïsation qui sont aussi présents dans le monde du sport.
         Comment s’est construit ce mythe ?
        Il vient en droite ligne de ce que l’on pourrait nommer l’« idéologie sportive », promue par les pères fondateurs du sport moderne. Très tôt, dans l’Angleterre des années 1830, on a reconnu et valorisé ses vertus morales et éducatives. Norbert Elias y voit un élément du processus de la « civilisation des mœurs », contribuant à maîtriser la violence en lui substituant des affrontements symboliques et pacifiques. Dans un registre plus critique, Pierre Bourdieu note que l’affrontement réglé des sports modernes permet l’expression de valeurs bourgeoises comme le fair-play et le self government.
        Mais on interroge peu, en définitive, le consensus autour des fonctions sociales d’un sport « naturellement » intégrateur. Cela peut s’expliquer. On notera ainsi que le schème des vertus sociales et éducatives du sport est suffisamment vague pour emporter une adhésion peu critique : de la pacification des banlieues à la sociabilité et la réalisation de soi, chacun peut s’y retrouver, en quelque sorte. Et cette doxa est relayée par un « cercle de croyants » bien plus large que les seuls représentants du mouvement sportif. Parmi ceux-ci, on peut repérer les industriels paternalistes de la première moitié du XXe siècle, attentifs à prévenir les tensions sociales, mais aussi les acteurs de l’éducation. Je pense par exemple aux enseignants-promoteurs de la « République des Sports » des années 1960, et à l’alliance formée entre les ministres gaullistes de la Jeunesse et des Sports et les militants communistes de la Fédération sportive et gymnique du travail dans les années 60. Tous ont contribué à promouvoir et consolider la vision du sport (de compétition) intrinsèquement vertueux et éducatif. La droite républicaine et les communistes se retrouvent pour reconnaître et promouvoir l’aspect socialisant du sport.
        À partir des années 1980, dans un contexte marqué par des tensions politiques et sociales sur le modèle de l’intégration, cette vision est réactivée et trouve une nouvelle formulation. On voit émerger des discours sur la participation du sport à la lutte contre la « crise du lien social » (notamment dans les quartiers populaires). Le sport est convoqué, plus souvent qu’à son tour, pour lutter contre les nouvelles exclusions sociales. Il devient « social » et les dispositifs sont désormais « socio-sportifs », alors que la jeunesse des quartiers populaires devient progressivement le groupe cible de l’action publique. Cela fait apparaître de nouveaux acteurs. En effet, dès la fin des années quatre-vingts, un nouvel espace politico-professionnel se structure autour de la question de l’intégration sociale par le sport sous le double effet des politiques publiques et des stratégies d’institutions et d’agents dont les carrières sont en partie liées à la transformation de cet espace. Face à la concurrence des politiques de la ville et des nouvelles politiques sportives des collectivités territoriales (depuis la décentralisation), le ministère de la Jeunesse et des Sport trouve ainsi dans « l’insertion » puis « l’intégration par le sport » une nouvelle compétence susceptible de perpétuer son existence. Des équipements sportifs de proximité et des animations sportives de quartiers voient progressivement le jour. Des éducateurs, des animateurs « socio-sportifs » mais aussi des policiers font vivre cette logique. Sur un mode social, c’est bien l’idée d’une pacification déjà avancée par Norbert Elias que l’on retrouve ici.
        La victoire de l’équipe de France de football lors de la coupe du monde 1998 vient donner corps à une représentation qui illustre et justifie ces politiques, avec l’idée que la France aurait, tout au long du XXe siècle et notamment grâce au sport, naturellement intégré des hommes issus des différentes vagues d’immigration. Or, des événements comme l’interruption du match France-Algérie en 2001 viennent rappeler que tout n’est pas si simple, et qu’il n’y a au fond guère de raison pour que le sport passe à travers les tensions qui traversent la société française. On a eu tendance, historiquement, à voir dans le sport une réponse aux tensions sociales, ou du moins un espace qui y échappait : nous apprenons aujourd’hui à repérer en quoi il est lui aussi touché par ces questions et tensions.
Richard Robert, « Mythes et réalités de l’intégration par le sport », entretien avec William Gasparini.

Document 3 :



Dessin publié par Lepost.fr

Document 4 :

        Une défaite au premier tour du tournoi de la ville lui assurant malgré lui du temps libre, Kylh marche dans une rue de Stockholm quand un enfant, un adolescent, lui roule dans les jambes, projeté là comme un paquet par un employé de McDonald's fou de rage. Kylh commence à s'indigner mais le jeune garçon se relève souriant, sans un cri contre son expéditeur, disant au promeneur mêlé par hasard à cette histoire « Laissez, ce con est dans son droit ». Déconcerté, Kylh interrompt sa dispute naissante avec l'employé qui, l'expulsion accomplie, rentre dans le fast-food. « Pardon », lui dit l'enfant quand Kylh, par réflexe, examine son pantalon au cas où le choc en aurait dérangé le pli. « Pourquoi as-tu volé ? », dit l'adulte, gêné que la conversation se close sur cette excuse imméritée. « C'est très facile. Il suffit de commander quelque chose qui est prêt et autre chose qui ne l'est pas encore. Le temps qu'on vous prépare les frites ou le milk-shake qu'ils n'avaient pas d'avance, vous avez déjà mangé votre big mac. Après, tant pis qu'ils vous flanquent dehors, vous n'avez plus faim. - Tes parents ne te nourrissent pas ? Non », dit le gamin, laissant Kylh de plus en plus mal à l'aise. L'enfant est proprement vêtu, trop légèrement, toutefois. « Tu n'as pas froid ? - Votre attention me réchauffe. » Kylh comprend qu'il n'en tirera aucune plainte. Le garçon est joyeux, séduisant, il ressemble à un voyou poli. Kylh souhaite l'aider, lui-même quitte Stockholm le lendemain, ça ne l'engage pas à grand-chose. « Tu m'accompagnes ? » L'adolescent accepte d'un battement de paupières. « Comment t'appelles-tu ?, dit Kylh. - Ximon, dit Ximon. - Je peux faire quelque chose pour toi ? », demande Kylh après lui avoir offert un déjeuner plus conséquent et un pull mais sans avoir percé la discrétion de son compagnon, toujours sans comprendre sa situation exacte, estimant en réalité en avoir terminé avec lui, faisant ainsi ses adieux. « Entraînez-moi, dit Ximon. - Pardon ? » Kylh croit que sa propre passion pour le tennis lui provoque une hallucination auditive. « S'il vous plaît, entraînez-moi. Ça, dit Ximon, je ne peux pas le faire tout seul. » Kylh est estomaqué d'avoir été reconnu, il est alors cent douzième joueur mondial, classement qui ne provoque généralement pas l'enthousiasme des adolescents. Il ne trouve à répondre que « Je suis joueur, pas entraîneur. - Arrêtez de jouer, dit le gamin, votre carrière est derrière vous. Aujourd'hui cent douzième, vous ne remonterez plus notablement. Entraîneur, vous restez dans cet univers, et ensemble on gagnera tout, on sera champion du monde. - Champion du monde, ça n'existe pas au tennis », dit Kylh à côté de la plaque, comme si l'absence de championnats du monde officiels était le premier argument à opposer à Ximon. « Vous verrez », dit celui-ci avec la même indifférence qu'il a manifestée jusqu'à présent à l'égard de tout et que Kylh interprète comme une confiance exagérée. « Tu sais déjà jouer au tennis ? - Bien sûr », répond Ximon, comme si Kylh était un imbécile pour poser une telle question. « Je pense que j'y arriverai, ajoute-t-il contradictoirement. Je sais perdre et je sais gagner », conclut-il, convainquant Kylh sur ces deux points. Alors Kylh, estimant avoir trouvé le moyen de mettre fin à l'histoire où il commence à perdre pied « Quel âge as-tu ? - Bientôt majeur, dit Ximon qui n'a de toute évidence pas seize ans. Ne vous inquiétez de rien, je m'occupe de l'administratif. »
Mathieu Lindon, Champion du monde, 1994.

dimanche 9 octobre 2011

analyse et plan de synthèse du corpus tiré du site magister

Analyse des documents du corpus sur les valeurs du sport tiré du site magister
http://www.site-magister.com/bts/resume.htm
Document 1 :
1. Le sport reflète l’organisation du système capitaliste.
2. A la recherche du profit correspond la quête de la performance.
3. Les deux fonctionnent dans le cadre de la concurrence.
4. C’est pourquoi le sport est né comme le capitalisme au début de la Révolution industrielle.
5. C’est pourquoi aussi le sport s’est progressivement parcellarisé et le corps s’est mécanisé.
6. L’idéologie du sport dérive de l’idéologie capitaliste.
7. Aujourd’hui, devenu universel, il incarne l’idéal humaniste.
8. Cet idéal repose sur l’acharnement, le sacrifice, l’obéissance et le respect de l’adversaire.
9. Le sport est la vitrine du capitalisme.
10. Il prétend instaurer une égalité entre les classes et les peuples.
11. C’est pourquoi il est le masque avantageux du capitalisme.
12. Il est devenu ainsi l’ersatz de l’idéal religieux et le vecteur de la communion sociale.



Document 2 :
1. Le foot est devenu un spectacle factice.
2. Les arbitres ne sont plus là pour appliquer les règles.
3. Le marquage n’est plus l’objectif du jeu.
4. Le foot est devenu le miroir de notre société avec ses tares : l’argent, la violence, la tromperie et l’ennui.
5. Pinochet avait raison.
6. Le stade est devenu un champ de bataille où s’affrontent des supporters ivres et enragés.
7. Les footballeurs sont devenus cyniques comme les télés.
8. On pourrait envisager une année sans foot.



Document 3 :
1. Le sport marie concurrence et justice puisque le meilleur est toujours le vainqueur.
2. Le sport serait une thérapie contre l’addiction et la violence.
3. Le dopage sert à améliorer les performances individuelles.
4. On utilise de plus en plus de produits légaux ou non pour le confort ou le plaisir.
5. La limite entre drogue et remède est assez floue.
6. Au début la drogue était associée à la révolte des jeunes.
7. On a de plus en plus recours au dopage pour améliorer ses performances dans une société de concurrence.
8. C’est pourquoi le sport inspire les chefs d’entreprises.
9. Aujourd’hui les addictions sont de plus en plus répandues.
10. L'’addiction permet de supprimer les doutes et de valoriser son image.



Document 4 :
1. Un homme très musclé à la boîte crânienne peu développée contracte fièrement son biceps en forme d’hémisphère cérébral.
2. Le développement physique se fait parfois au détriment du développement intellectuel.





Plan :

Problématique : Le sport reflète-t-il exactement la société ?

I) Le sport donne une image trompeuse de notre société :
a) Le sport semble incarner un idéal :
Aujourd’hui, devenu universel, il incarne l’idéal humaniste. (doc.1)
Cet idéal repose sur l’acharnement, le sacrifice, l’obéissance et le respect de l’adversaire. (1)
Il est devenu ainsi l’ersatz de l’idéal religieux et le vecteur de la communion sociale. (1)
Le sport marie concurrence et justice puisque le meilleur est toujours le vainqueur. (3)
Le sport serait une thérapie contre l’addiction et la violence. (3)
Le dopage sert à améliorer les performances individuelles mais il crée une injustice. (3)
Le développement musculaire semble plus important que le développement intellectuel. Un homme très musclé à la boîte crânienne peu développée contracte fièrement son biceps en forme d’hémisphère cérébral. (4)
b) En fait, Le sport est la vitrine du capitalisme. C’est pourquoi il est le masque avantageux du capitalisme. (1)
Il prétend instaurer une égalité entre les classes et les peuples. (1)
c) De plus Le foot est devenu un spectacle factice. (2)
Les arbitres ne sont plus là pour appliquer les règles. (2)
Le marquage n’est plus l’objectif du jeu. (2)


II) Cependant, sur bien des points, le sport donne une image véridique de notre société
a) Le sport reflète l’organisation du système capitaliste. (1)
A la recherche du profit correspond la quête de la performance. (1)
Les deux fonctionnent dans le cadre de la concurrence. (1)
C’est pourquoi le sport est né comme le capitalisme au début de la Révolution industrielle. (1)
C’est pourquoi aussi le sport s’est progressivement parcellarisé et le corps s’est mécanisé. (1)
L’idéologie du sport dérive de l’idéologie capitaliste. (1)
b) Le foot est devenu le miroir de notre société avec ses tares : l’argent, la violence, la tromperie et l’ennui. (2)
Pinochet avait raison. (2)
Le stade est devenu un champ de bataille où s’affrontent des supporters ivres et enragés. (2)
Les footballeurs sont devenus cyniques comme les télés. (2)
On pourrait envisager une année sans foot. (2)
c) Le dopage dans le sport reflète le développement de l’addiction dans notre société :
On utilise de plus en plus de produits légaux ou non pour le confort ou le plaisir. (3)
La limite entre drogue et remède est assez floue. (3)
Au début la drogue était associée à la révolte des jeunes. (3)
On a de plus en plus recours au dopage pour améliorer ses performances dans une société de concurrence. (3)
C’est pourquoi le sport inspire les chefs d’entreprises. (3)
Aujourd’hui on est de plus en plus en addiction. (3)
L’addiction permet de supprimer les doutes et de valoriser son image. (3)
Le développement musculaire est une sorte d’addiction. (4)

jeudi 29 septembre 2011

Les règles de la synthèse par Ranjan Gowsi EEC1

La synthèse est faite de trois parties : 

- Introduction 
- Plusieurs parties de développement 
- Conclusion
Chaque partie fait un paragraphe. Avant de commencer une synthèse il faut bien 
analyser les documents. La synthèse doit faire au minimum deux pages et demie. 
 
Introduction:
- Amorce : un fait, une idée qui justifie la question problématique
- Faire apparaître le thème
- Présentation du corpus 
- Une question problématique 
- Annonce du plan  
Ne pas faire le résumé des textes dans l'introduction  
L'introduction doit faire 10 lignes environ. 
   
Développement: 
- Le développement doit avoir 2 à 4 parties  
- Chaque partie doit comporter des informations de chaque document  
- Des références pour chaque proposition 
- Chaque partie doit être organisée  
- Chaque partie doit comporter une phrase de conclusion 
- Ne pas copier le texte. Les idées doivent être reformulées. 
Par exemple: selon l'auteur, d'après l'auteur, etc... 
 
Conclusion: 
- La conclusion doit reprendre les idées forces du développement
- Elle doit faire 7/8 lignes environ.




lundi 21 mars 2011

Régis TOMAS, "Le Plaisir de rire", Multitudes, 2007

Un repas, un dimanche comme les autres, une famille comme les autres. Entre les nouvelles, les souvenirs et les remarques s’invitent quelques blagues faciles à l’humour aussi gras que le gigot d’agneau aux flageolets et les rires complaisants. Le moment est à la détente et la finesse en vacances. Il ne fait pas bon dans ces cas-là s’extirper de la connivence. Le rire fait partie des réjouissances et malheur au trouble-fête qui mesure la cruauté de ces amusements coutumiers.
Blondes, Arabes, juifs, Belges, politiques, prostituées. La caricature est poussée à son paroxysme, la nuance écartée, la charité oubliée. Le rire semble à ce moment-là posséder ce pouvoir inouï de réunir l’oncle raciste et le neveu gauchiste, de briser les clivages les plus épidermiques autour de la gaudriole. Pis, nous rions aussi, laissant un instant la lucidité au placard, faisant fi de notre belle conscience morale. Nous nous laissons porter joyeusement par ce mouvement dans lequel le proche se réjouit sur le dos du lointain. Et nous aimons ça.
Le plaisir de rire est-il foncièrement malsain ? Bergson l’avait bien affirmé: « (Le rire) a pour fonction d’intimider en humiliant. Il n’y réussirait pas si la nature n’avait laissé à cet effet, dans les meilleurs d’entre les hommes, un petit fond de méchanceté, ou tout au moins de malice 2. » Ce phénomène, si innocent en apparence, ne serait donc toujours qu’une moquerie déguisée, qu’un instrument inconscient de coercition. La société corrigerait grâce à lui, sans l’ombre d’une pitié et, parfois, injustement, toute « raideur du caractère » 3, toute inadaptation à la vie, inadaptation nuisible au bon fonctionnement de la vie en commun. Dans cette vision profondément pessimiste, le rieur se transforme en un policier involontaire de l’ordre social, le « plaisir de rire
(en une) intention inavouée d’humilier » 4. Je repense alors à la semaine dernière, à ce garçon de café qui fit tomber son plateau surchargé au milieu de la salle et qui essuya les rires des consommateurs en même temps que ses chaussures. Il fera plus attention à l’avenir. C’est certain. Le souvenir cuisant de la honte restera marqué au fer rouge.

dessin humoristique publié sur le site "leblogdecoco.fr"


extrait de "L'Homme qui rit" de Victor Hugo

De toutes les laves que jette la bouche humaine, ce cratère, la plus corrosive, c'est la joie. Faire du mal joyeusement, aucune foule ne résiste à cette contagion. Toutes les exécutions ne se font pas sur des échafauds, et les hommes, dès qu'ils sont réunis, qu'ils soient multitude ou assemblée, ont toujours au milieu d'eux un bourreau tout prêt, qui est le sarcasme. Pas de supplice comparable à celui du misérable risible. Ce supplice, Gwynplaine le subissait. L'allégresse, sur lui, était lapidation et mitraille. Il était hochet et mannequin, tête de turc, cible. On bondissait, on criait bis, on se roulait. On battait du pied. On s'empoignait au rabat. La majesté du lieu, la pourpre des robes, la pudeur des hermines, l'in-folio des perruques, n'y faisait rien. Les lords riaient, les évoques riaient, les juges riaient. Le banc des vieillards se déridait, le banc des enfants se tordait. L'archevêque de Canterbury poussait du coude l'archevêque d'York. Henry Compton, évêque de Londres, frère du comte de Northampton, se tenait les côtes. Le lord-chancelier baissait les yeux pour cacher son rire probable. Et à la barre, la statue du respect, l'huissier de la verge noire, riait.
Gwynplaine, pâle, avait croisé les bras; et, entouré de toutes ces figures, jeunes et vieilles, où rayonnait la grande jubilation homérique, dans ce tourbillon de battements de mains, de trépignements et de hourras, dans cette frénésie bouffonne dont il était le centre, dans ce splendide épanchement d'hilarité, au milieu de cette gaîté énorme, il avait en lui le sépulcre. C'était fini. Il ne pouvait plus maîtriser ni sa face qui le trahissait, ni son auditoire que l'insultait.
Jamais l'éternelle loi fatale, le grotesque cramponné au sublime, le rire répercutant le rugissement, la parodie en croupe du désespoir, le contre-sens entre ce qu'on semble et ce qu'on est, n'avait éclaté avec plus d'horreur. Jamais lueur plus sinistre n'avait éclairé la profonde nuit humaine.
Gwynplaine assistait à l'effraction définitive de sa destinée par un éclat de rire. L'irrémédiable était là. On se relève tombé, on ne se relève pas pulvérisé. Cette moquerie inepte et souveraine le mettait en poussière.