jeudi 13 décembre 2012

Paroles, échanges, conversations et révolution numérique : 3e sujet de synthèse et d'écriture personnelle

Vous ferez une synthèse concise, objective et ordonnée des documents suivants :

Document 1 :

L'hiver dernier, lors de la parution de son roman Freedom en édition de poche, l'Américain Jonathan Franzen exprimait sa méfiance à l'égard des tablettes, leur préférant le livre qu'il tenait en main : « Je peux renverser de l'eau dessus, ça fonctionne encore et ça fonctionnera pendant des années. » Et de s'inquiéter de la disparition du support papier, symbole d'éternité : « Nos descendants auront-ils encore de l'appétit pour quelque chose de permanent et d'immuable ? »
En France aussi, des voix se sont élevées pour dire leur crainte du lendemain. Ainsi Frédéric Beigbeder, qui l'avouait dans le récent Premier bilan après l'Apocalypse, avant d'évoquer régulièrement la question lors d'entretiens dans les médias, où il parlait de « drame » et comparait la situation actuelle du livre et de la librairie à celle de l'industrie du disque juste avant la disparition des disquaires.
« Mais l'écriture a toujours été une technologie ! On a simplement changé d'appareil », souligne l'écrivain François Bon dans son essai intitulé Après le livre. Ce pionnier du numérique qui, dès 1996, se passionna pour cet outil nouveau, créa un site Internet, avant de devenir éditeur numérique à travers une coopérative d'auteurs, se montre un observateur attentif des mutations actuelles. Il dédramatise : « Et si, paradoxalement, alors qu'on parle de télévision numérique, de diffusion numérique de la musique, la transposition du livre au numérique n'était, elle aussi, qu'un épiphénomène de la période de transition, le temps que naissent, depuis l'intérieur de nos nouveaux usages de lecture, les propres formes que ces usages sont susceptibles d'engendrer, et qui ne se révéleront à notre imaginaire qu'à mesure que nous les expérimenterons ? »
Une histoire en marche, une liberté nouvelle, un autre rapport au monde, un « nouveau territoire de créativité », comme le dit l'écrivaine et journaliste Laure Adler. Pareilles expressions reviennent fréquemment dans la bouche des auteurs intéressés par ces « nouveaux usages ». Un gain de temps, d'abord, explique le romancier Didier Daeninckx, qui, pour son dernier livre, Le Banquet des affamés, a commencé, comme d'habitude, par des recherches historiques sur son personnage principal. (...)
Outre la simplification des recherches, le numérique permet de « redonner vie à des formes dont le papier ne veut pas ou ne veut plus, et que les éditeurs boudent », explique Paul Fournel, membre éminent de l'Oulipo (1) et auteur d'un roman intitulé La Liseuse (éd. P.O.L), qui décrit la vie d'un éditeur « à l'ancienne » ayant passé sa vie « dans un silence de vieux papiers ». Le voilà mis brusquement en face du progrès lorsque arrive dans son bureau une liseuse.
Beaucoup d'humour dans ce roman, et point de méfiance envers la création numérique : « Le livre électronique peut donner une chance à la nouvelle, à la poésie, estime Paul Fournel. Si tous les matins, on peut recevoir par abonnement un bon poème sur son iPhone, qui dit qu'on ne prendra pas l'habitude de le lire dans le métro ? Idem pour les nouvelles, qui trouveraient bien leur place dans un abonnement quotidien. » (...)
Ils sont nombreux aujourd'hui à avoir investi la Toile pour y dire leurs colères, leurs passions, mais aussi parfois le « making of » de leurs livres. (...) Il n'est pas seulement question de « work in progress », mais aussi parfois de « création labyrinthique ». C'est ce à quoi s'est livrée l'auteure Emma Reel, qui, en janvier dernier, publiait Ah. aux éditions du Seuil : un premier roman expérimental, « conçu pour tablette » exclusivement, et dont il n'existe pas de version papier. Le parcours de ce livre est le suivant : Emma Reel commence par tenir un blog, puis elle écrit des nouvelles, qu'elle recompose en vue de la création d'un livre numérique où les textes courts ont des formes ouvertes : on peut cliquer sur un mot et accéder à d'autres récits – un peu comme il existait pour les adolescents, voici quelques années, les « livres [interactifs] dont vous êtes le héros ». A ceci près qu'ici le sujet est l'érotisme et le désir. Avec la volonté de modifier la lecture et de l'éclater, de la faire proliférer en arborescence. « Je rêve d'un livre enrichi – et non illustré – où la musique serait indispensable au récit, imagine pour sa part l'écrivain Jean-Claude Bologne. Un roman qui se présenterait comme un échiquier, un récit où l'on pourrait entrer à n'importe quelle page… »
(1) Oulipo : L'Ouvroir de littérature potentielle est un groupe international de littéraires et de mathématiciens.


Christine Ferniot et Marine Landrot, "Littérature et numérique : quand l'écrit invente son avenir", Télérama.



Document 2 :

[Le patron d'une vieille maison d'édition reçoit la visite impromptue d'une jeune stagiaire.]

– Et qu’est-ce que vous faites dans mon bureau, si ce n’est pas indiscret ?
– C’est monsieur Meunier, le grand patron, qui m’a dit de…
– Le grand patron ? Meunier ?
– Vous ne le connaissez pas ?
– Trop bien.
– Alors vous savez. C’est lui qui m’a dit de vous
apporter ça.
– Et qu’est-ce que c’est, ça ?
– Ben, c’est une liseuse, un eBook, un iPad, je ne sais pas, moi. Il m’a dit qu’il avait mis tous vos manuscrits dedans pour le week-end et que ça vous ferait moins lourd. Vous voulez que je vous explique? Regardez, c’est comme un écran avec tous vos manuscrits dessus. Ils sont sur l’étagère virtuelle en faux-vrai bois. Vous les touchez et ils s’ouvrent. Il y en a un paquet. Vous n’allez jamais lire tout ça en deux jours ! Regardez, le texte s’ouvre.
– Et j’avance comment ?
– On tourne les pages dans le coin d’en bas avec le doigt.
– Comme un bouquin ?
– Oui, c’est le côté ringard du truc. Une concession pour les vieux. Quand on se souviendra plus des livres, on se demandera bien pourquoi on avance comme ça. Autant défiler vertical. Scroller. Ce serait plus logique.
– C’est Kerouac qui va être content.
Elle ne réagit pas.
– Allez, excusez-moi, Monsieur, mais je dois filer, j’ai un avion. Lisez pas trop !
– À mon âge…
Elle disparaît d’un tour de fesses, tire la porte sur elle avec douceur et je me retrouve à câliner ma liseuse. Elle est noire, elle est froide, elle est hostile, elle ne m’aime pas. Aucun bouton ne protrude au dehors, aucune poignée pour la mieux tenir, pour la balancer à bout de bras comme un cartable mince, que du high-tech luxe, chic comme un Suédois brun. Du noir mat, du noir glauque (au choix), du lisse, du doux, du vitré, du pas lourd. Je soupèse. Je la pose sur le bureau et je couche ma joue dessus. Elle est froide, elle ne fait pas de bruit, elle ne se froisse pas, elle ne macule pas. Rien ne laisse à penser qu’elle a tous les livres dans le ventre. Elle est juste malcommode : trop petite, elle flotte dans ma serviette, trop grande, elle ne se glisse pas dans ma poche. En fait, elle ressemble à Meunier, Le grand patron. Elle est inadaptée.

Paul Fournel, La Liseuse, éditions POL.


Document 3 :

Socrate
J’ai donc oui dire qu’il existait près de Naucratis, en Égypte, un des antiques dieux de ce pays, et qu’à ce dieu les Égyptiens consacrèrent l’oiseau qu’ils appelaient ibis. Ce dieu se nommait Theuth. C’est lui qui le premier inventa la science des nombres, le calcul, la géométrie, l’astronomie, le trictrac, les dés, et enfin l’écriture. Le roi Thamous régnait alors sur toute la contrée ; il habitait la grande ville de la Haute-Égypte que les Grecs appellent Thèbes l’égyptienne, comme ils nomment Ammon le dieu-roi Thamous. Theuth vint donc trouver ce roi pour lui montrer les arts qu’il avait inventés, et il lui dit qu’il fallait les répandre parmi les Égyptiens. Le roi lui demanda de quelle utilité serait chacun des arts. Le dieu le renseigna ; et, selon qu’il les jugeait être un bien ou un mal, le roi approuvait ou blâmait. On dit que Thamous fit à Theuth beaucoup d’observations pour et contre chaque art. Il serait trop long de les exposer. Mais, quand on en vint à l’écriture :
« Roi, lui dit Theuth, cette science rendra les Égyptiens plus savants et facilitera l’art de se souvenir, car j’ai trouvé un remède pour soulager la science et la mémoire. »
Et le roi répondit :
« Très ingénieux Theuth, tel homme est capable de créer les arts, et tel autre est à même de juger quel lot d’utilité ou de nocivité ils conféreront à ceux qui en feront usage. Et c’est ainsi que toi, père de l’écriture, tu lui attribues, par bienveillance, tout le contraire de ce qu’elle peut apporter.
Elle ne peut produire dans les âmes, en effet, que l’oubli de ce qu’elles savent en leur faisant négliger la mémoire. Parce qu’ils auront foi dans l’écriture, c’est par le dehors, par des empreintes étrangères, et non plus du dedans et du fond d’eux-mêmes, que les hommes chercheront à se ressouvenir. Tu as trouvé le moyen, non point d’enrichir la mémoire, mais de conserver les souvenirs qu’elle a. Tu donnes à tes disciples la présomption qu’ils ont la science, non la science elle-même. Quand ils auront, en effet, beaucoup appris sans maître, ils s’imagineront devenus très savants, et ils ne seront pour la plupart que des ignorants de commerce incommode, des savants imaginaires au lieu de vrais savants. »
(...)
Socrate
Ainsi donc, celui qui croit transmettre un art en le consignant dans un livre, comme celui qui pense, en recueillant cet écrit, acquérir un enseignement clair et solide, est vraiment plein de grande simplicité. Sans contredit, il ignore la prophétie d’Ammon, s’il se figure que des discours écrits puissent être quelque chose de plus qu’un moyen de réveiller le souvenir chez celui qui déjà connaît ce qu’ils contiennent.

Phèdre
Ce que tu dis est très juste.

Socrate
C’est que l’écriture, Phèdre, a, tout comme la peinture, un grave inconvénient. Les œuvres picturales paraissent comme vivantes ; mais, si tu les interroges, elles gardent un vénérable silence. Il en est de même des discours écrits. Tu croirais certes qu’ils parlent comme des personnes sensées ; mais, si tu veux leur demander de t’expliquer ce qu’ils disent, ils te répondent toujours la même chose. Une fois écrit, tout discours roule de tous côtés ; il tombe aussi bien chez ceux qui le comprennent que chez ceux pour lesquels il est sans intérêt ; il ne sait point à qui il faut parler, ni avec qui il est bon de se taire. S’il se voit méprisé ou injustement injurié, il a toujours besoin du secours de son père, car il n’est pas par lui-même capable de se défendre ni de se secourir.

Phèdre
Tu dis encore ici les choses les plus justes.

Socrate
Courage donc, et occupons-nous d’une autre espèce de discours, frère germain de celui dont nous avons parlé ; voyons comment il naît, et de combien il surpasse en excellence et en efficacité le discours écrit.

Phèdre
Quel est donc ce discours et comment racontes-tu qu’il naît ?

Socrate
C’est le discours qui s’écrit avec la science dans l’âme de celui qui étudie ; capable de se défendre lui-même, il sait parler et se taire devant qui il convient.

Phèdre
Tu veux parler du discours de l’homme qui sait, de ce discours vivant et animé, dont le discours écrit, à justement parler, n’est que l’image ?

Socrate
C’est cela même.

Platon, Phèdre, trad. Meunier.



Document 4 :

Nicolas-André Monsiau, "Molière lisant Tartuffe chez Ninon de Lenclos", 1802, Photo RMN-Grand Palais - Bulloz



Sujet d'écriture personnelle :

Pensez-vous que le numérique tend à réduire la différence entre parole et écriture?

jeudi 6 décembre 2012

Comment traiter un sujet d'écriture personnelle?





Pensez-vous que la sociabilité numérique et la sociabilité en chair et en os se font concurrence ou qu'elles se complètent?
1) Analyser le sujet :
a) Définir les mots importants :
Sociabilité :
- Aptitude à vivre en société.
- Ensemble de certaines formes (intellectuelles, mondaines, etc.) que prend l'aptitude à vivre en société. (TLF)
Quel sens retenir? Le sens n° 2, soit l'ensemble des interactions sociales (la parenté, les amis, les voisins, les relations de travail, les relations de services et enfin l’ensemble des autres relations).
Vous connaissez déjà l'opposition numérique/en chair et en os, ou réel/virtuel, offline/online (hors ligne/en ligne).
Concurrence : fait de s'opposer, l'un tentant de supplanter l'autre.
Concurrence s'oppose à complémentarité.
b) Mise en relation de ces mots et reformulation de la question :
Les interactions numériques (Internet et téléphone portable) s'ajoutent-elles aux relations en face à face ou ont-elles tendance à les supplanter (les remplacer) ?
Maintenant que vous avez une compréhension claire de la question, vous devez creuser les deux idées reliées par le "ou". Comment se traduit la concurrence entre numérique et face à face?
Si un individu (vous ou un autre) consacre plusieurs heures par jour à surfer ou téléphoner il disposera de moins de temps pour les rencontres en face à face. La concurrence joue sur le temps disponible. Mais elle peut jouer aussi sur la motivation de l'individu. S'il a plus de plaisir à communiquer virtuellement, il délaissera plus ou moins la communication en chair et en os.
2) Bâtir le plan de votre réflexion :
Vous avez déjà plusieurs idées à exploiter. Vous pouvez les exprimer soit dans l'introduction (brièvement) soit au début de votre développement, dans la première partie.
Ensuite, souvenez-vous que ce n'est pas tant la réponse qui compte mais la manière de la développer : donner des arguments et des faits. Ne vous fiez pas uniquement à votre opinion ou à celles qui courent dans les médias. Votre opinion est intéressante si elle se base sur votre expérience. Vous pouvez en parler puisque c'est une écriture personnelle. Il est intéressant de dire, par exemple, moi, je passe tant de temps à téléphoner, à envoyer des textos ou à clavarder (chatter) et j'ai plus de motivation dans l'échange réel ou le contraire, ou autant dans les deux cas. Donc servez-vous de votre expérience, c'est un fait. Servez-vous aussi de celle des gens que vous observez. Servez-vous enfin des faits énoncés dans les textes étudiés. Par exemple, Lafortune et Laflamme nous montrent par leur étude que le net ne rend pas solitaire. De même, Beaudouin nous montre que le téléphone et le mail ne se substituent pas au contact physique.
Si la plupart des faits que vous avez en tête montrent la complémentarité alors faites le plan suivant :
1) On craint que le virtuel ne supplante le réel, que des individus trop connectés se déconnectent du "vrai monde", etc.
2) Mais en fait ce n'est pas ce qui est constaté.
Ou bien le plan suivant :
1) On pose le problème de façon très explicite (comme plus haut).
2) On dit qu'il y a deux types de réponses : les opinions ou les impressions des gens d'une part, et d'autre part, les conclusions des études menées par les chercheurs. Et on résume ces deux types de réponses.
Si vous n'avez aucune donnée objective, aucun fait tiré d'une étude, alors basez-vous seulement sur votre expérience. Limitez la question à ceci : est-ce que dans ma vie le virtuel et le réel se disputent mon temps, mon intérêt et mon plaisir? Et répondez honnêtement sans idée préconçue.  

jeudi 22 novembre 2012

2e sujet de synthèse et d'écriture personnelle sur paroles, échanges, conversations et révolution numérique

Vous ferez une synthèse concise, objective et organisée des documents suivants :

Document 1 :

L'implication d'Amesys dans la surveillance des internautes libyens avait été révélée fin août par le Wall street journal, lequel avait découvert, en explorant les locaux du renseignement libyen, des ordinateurs portant le logo d'Amesys et contenant des conversations d'opposants libyens. Début septembre, le Quai d'Orsay avait confirmé qu'Amesys avait bien vendu du matériel électronique destiné à espionner les opposants et rebelles libyens, mais avait nié avoir été impliqué. Amesys de son côté avait reconnu avoir fourni au régime de Mouammar Kadhafi du "matériel d'analyse" portant sur une "fraction des connexions Internet", tout en rappelant que le contrat avait été signé dans un contexte de "rapprochement diplomatique" avec la Libye, peu après la libération des infirmières bulgares et la visite officielle de Kadhafi en France, en décembre 2007.
Une enquête publiée le 18 mai par le magazine Wired détaille le rôle joué par Amesys dans l'architecture du vaste réseau de surveillance du Web mis en place par le régime de Kadhafi. Par son logiciel Eagle, qui permet d'intercepter des courriers électroniques transitant sur les messageries Hotmail, Yahoo! et Gmail et de surveiller les messageries instantanées, la société française a permis aux services de renseignement de contrôler toutes les données transitant sur le Web libyen.
Selon Wired, la première proposition d'Amesys au régime libyen date du 11 novembre 2006. Dans un document de présentation intitulé "De l'interception légale à l'interception massive", la société détaillait les capacités de son programme Eagle à intercepter toutes les données électroniques transitant en Libye, sur les réseaux satellitaires, ADSL ou de téléphonie mobile, et de les intégrer dans une base de données intelligente, capable de filtrer et d'effectuer des recherches précises. (...)
En 2007, poursuit Wired, Philippe Vannier, alors président d'Amesys, devenu depuis PDG de Bull, aurait rencontré Abdallah Al-Senoussi, chef des services secrets libyens. Récemment arrêté en Mauritanie, celui-ci pourrait livrer un témoignage très compromettant pour la ligne de défense de Bull. Plusieurs sources concordent à dire que le contrat de mise à disposition de technologie aux fins d'interception de communication, de traitement de données et d'analyses a été conclu en 2007 et que les ingénieurs et techniciens ont commencé à se rendre en Libye début 2008.
Un témoignage recueilli à l'automne par Le Figaro montre qu'Amesys était accompagné de militaires français à la retraite dans sa mission libyenne. "Nous avons mis en route le système d'écoute libyen fin juillet 2008. Les cadres de Bull étaient très attachés à cette mission, qui avait été facturée environ 10 millions d'euros", raconte un militaire retraité de la direction du renseignement militaire. "Nous avons mis tout le pays sur écoute. On faisait du massif : on interceptait toutes les données passant sur Internet: mails, chats, navigations Internet et conversation sur IP", précise-t-il, en détaillant : "Nous leur avons appris comment trouver des cibles dans le flow massif du pays et nous avons travaillé sur des cas d'école : par exemple, comment placer une université sous interception et trouver des individus suspects en fonction de mots-clés."
Le système Eagle a été en fonctionnement à partir de 2009, mais selon le militaire interrogé par Le Figaro, a réellement été opérationnel à partir de 2010. Dans les bureaux du renseignement libyen, situés rue Sikka à Tripoli, un des centres de surveillance Eagle, le HQ2 (dont le nom laisse supposer l'existence d'un HQ1 qui n'a pas encore été localisé) occupait tout le rez-de-chaussée, selon Wired, qui précise que l'entrée des bureaux portait les logos d'Amesys et du gouvernement libyen. Une pancarte affichait également : "Gardez secrètes les informations classifiées. Ne discutez pas d'informations classifiées en dehors du QG." A côté d'une salle permettant aux analystes d'effectuer des recherches par mots-clés dans le moteur Eagle, une salle d'archives servait à conserver, dans des classeurs roses, des milliers de courriels imprimés, de transcriptions de conversations téléphoniques, de photographies et d'empreintes digitales de "cibles".
lemonde.fr, 2012


Document 2 :

Le passage de la société industrielle à la société informationnelle s’incarne dans le passage de la centralisation des moyens de production à une décentralisation des tâches accompagnée d’une dématérialisation des échanges. La société informationnelle s’organise en réseaux, cellules indépendantes les unes des autres, plutôt qu’en pyramides de pouvoir. Ainsi elle peut se comprendre comme le fonctionnement d’un cerveau qui regroupe des milliards de neurones tous connectés entre eux comme sur une grande toile. Et pour cause, la quantité d’informations échangée croît de façon exponentielle.
Les NTIC sont à la société informationnelle ce qu’étaient les machines mécaniques pour la société industrielle. L’outil de travail de base est désormais l’ordinateur et Internet est devenu indispensable au développement d’une société sur la scène mondiale.
L’émergence de la personne
La société informationnelle est le lieu de l’émergence de la personne, autrement dit, le citoyen devient un véritable acteur qui en s’emparant des nouveaux outils interactifs s’empare d’un nouveau type de communication. Il devient acteur là où il n’était auparavant que passif.
Or cet aspect de la société informationnelle est central car l’émergence de la personne joue un rôle majeur dans l’élaboration d’une démocratie numérique.
Dans son article publié dans le Monde Diplomatique, Joël de Rosnay, alors Directeur à la Cité des sciences et de l’industrie cite la parole d’un homme politique de stature international, dont il tait l’identité : 
Jusqu’à présent nous avions affaire à deux types de pouvoir citoyen : celui des électeurs et celui des manifestants. Cet univers-là nous en avions l’habitude. Les électeurs il fallait les choyer, et les manifestants il fallait les craindre. Aux premiers, le bulletin dans l’urne et aux seconds, la rue et la télévision. Pour administrer les premiers, il fallait des promesses électorales et des actions spectaculaires médiatisées… Pour contrôler les seconds, la durée ou les CRS. Aujourd’hui, avec l’explosion des réseaux interactifs multimédias comme Internet, apparaît une nouvelle classe de citoyens : une multitude de personnes diverses qui veulent s’exprimer. Mais cette situation nouvelle, nous ne savons pas la gérer !
Nous sommes alors en 1996, date de la publication de cet article.
L’apparition de nouvelles pratiques démocratiques inédites aboutissent nécessairement à une perte de repère, aussi bien du côté des politiques, gauche et droite, que des citoyens (bien que les citoyens, devenus acteurs, se soient adaptés plus rapidement à ces transformations).
La personne a une identité propre via sa propre adresse IP : elle peut créer un buzz, alerter… Pour le dire autrement, cette personne accède à une série d’informations, mais elle ne fait pas que les lire, elle les commente, les envoie à ses amis, fait des corrections etc.
La révolution informationnelle a donné naissance à un nouveau paradigme dans lequel le maître-mot est réseaux.

Eve Suzanne, "Révolution informationnelle et révolution numérique", www.implications-philosophiques.org


Document 3 :

Après avoir annoncé un accès au net non censuré pour les journalistes, puis fait le contraire, la Chine a finalement tenu ses promesses en fin de semaine dernière : les reporters venus pour les JO auront un accès presque normal à Internet, à condition de donner des « informations objectives » sur la situation en Chine. Pendant ce temps, le reste du pays continue de fonctionner avec une connexion au net très surveillée. La Chine est l’un des pays qui flique le plus ses internautes, interdisant l’accès à des milliers de sites et limitant le plus possible l’accès à l’information. Au point que les anglophones parlent souvent de « Great Firewall of China », un jeu de mot mélangeant la Muraille de Chine (Great Wall of China) et un firewall, l’un des outils basiques pour filtrer les connexions réseau. Mais comment fonctionne-t-il ?
Le great firewall, qui s’applique à l’ensemble des connexions Internet chinoises, utilise la plupart des techniques de filtrage disponibles. Pour bloquer l’accès aux sites identifiés par le gouvernement chinois comme néfastes à sa politique (Amnesty International, RSF, les sites de dissidents chinois, les sites d’actualité...), la Chine utilise une liste d’adresses web (rsf.org, par exemple) et d’adresses IP (une suite de chiffres qui identifie de manière unique une machine connectée au réseau). Cette technique, qui permet de faire le plus gros du filtrage, est aussi utilisée dans de nombreuses entreprises occidentales pour éviter que les salariés ne consultent des sites trop ludiques.
C’est pour filtrer les sites restants, et pour censurer les internautes chinois vraiment motivés, que la censure chinoise se fait plus maligne, par exemple en modifiant les données contenus dans les serveurs DNS. Ces serveurs font le lien entre une adresse web et une adresse IP : c’est grâce à eux que, en tapant ecrans.fr dans la barre d’adresse, un internaute est redirigé vers le bon site. En modifiant ses registres DNS, le gouvernement chinois peut donc par exemple faire rediriger google.com vers baidu.com, un moteur de recherche chinois, comme ce fut le cas en octobre dernier. Autre méthode : un filtrage des adresses web par mots-clefs, qui permettra de censurer automatiquement toutes les adresses contenant tel ou tel mot.
Enfin, la Chine a mis en place une méthode de filtrage concernant le web, mais aussi toutes les autres applications du net (mail, tchat, etc.) : le filtrage par paquets. Sur le net, chaque envoi ou réception de données est divisé en petits morceaux, les paquets, qui sont ensuite réassemblés une fois arrivés à destination. Ce mécanisme vise à garantir la réception des données complètes, même en cas d’aléas de communications. En filtrant les paquets par mots-clefs, la Chine filtre en fait le contenu des pages web ou des emails, qui seront du coup incomplets. Dans certains cas, le filtrage peut aller jusqu’à faire bloquer la connexion de l’internaute pour une courte durée.
Prise une par une, chacune de ces méthodes peut se contourner facilement. Combinées, en revanche, elles forment une muraille bien fortifiée. Malgré tout, cette muraille n’est pas infranchissable. Des réseaux de proxys (des passerelles vers le reste du net) sans filtrage sont disponibles dans le monde, réactualisés en permanence pour ne pas à leur tour être censurés. Une fois connecté au proxy, l’internaute peut naviguer sur le web normalement, quoique nettement plus lentement : toutes les pages demandées sont d’abord chargées par le proxy sans les contraintes de la censure chinoise, avant d’être envoyées à l’internaute. Des logiciels, comme Tor, Psiphon ou Privoxy permettent de simplifier l’accès aux proxys, tandis que Freenet permet de transférer des données de façon anonyme. Des protocoles de connexion sécurisés comme SSH, qui encode l’intégralité des données transmises, ne sont pas non plus filtrés par la Chine, ce qui permet à qui sait s’en servir de communiquer de façon anonyme et sécurisée avec le reste du monde.

Sébastien Delahaye, "Comment fonctionne la grande muraille de l’Internet chinois", www.ecrans.fr, 2008



Document 4 : 

 

Capture d'écran d'une vidéo anonyme. Egypte, 2011.


Ecriture personnelle :

Pensez-vous que les nouvelles technologies de la communication offrent plus de liberté ou plus de surveillance?



jeudi 15 novembre 2012

La "vraie" communication?

Magister est un bon site, utile et bien fait. Vous y trouverez plein de ressources. Rendons hommage à son animateur. Cependant, sur le nouveau thème du BTS, on y trouve un a priori dont on se passerait, parce qu'il appartient à la doxa des détracteurs du virtuel. "Ne rêvons pas trop, écrit-il en parlant de la "révolution numérique" : cette ère nouvelle, si elle bouscule en effet notre univers, ne réussit guère qu'à substituer une communication indirecte et désincarnée aux vrais rapports humains qui, à l'évidence, ne peuvent se passer de la présence charnelle de l'autre." Ah... Donc la "vraie" communication ne peut se passer de la présence "charnelle". C'est-à-dire que lui et moi, nous sommes dans une fausse communication puisque nous ne nous sommes jamais rencontrés physiquement. C'est-à-dire que si j'ai eu, par exemple, une correspondance avec un écrivain, disons Maurice Blanchot tiens, à qui je n'ai jamais serré la main, que je n'ai jamais regardé dans le blanc des yeux, eh bien, non, ce n'était qu'une fausse communication. Tenons-nous-le pour dit. Il faut pour partager, pour s'enrichir mutuellement, pouvoir déchiffrer l'âme dans les yeux de l'autre, lire les signes de l'émotion sur son visage, trinquer avec lui en levant un verre de bon vin pendant qu'on y est, oui, il n'y a rien de plus vrai que le contact physique, le corps ne peut tromper, les yeux ne mentent pas, etc. (L'une des conséquences de ce primat de la présence charnelle et de la contiguïté des corps, c'est que la valeur de la relation dépend maintenant de l'espace. Le commerce de proximité, pourrait-on dire, ne doit pas être négligé au profit du commerce lointain : "que penser d'une apothéose de la communication qui permet aux gens de dialoguer jusqu'à l'autre bout de la planète alors qu'ils n'ont pas encore adressé un mot à leur voisin de palier ?" Peu importe que vous n'ayez aucune affinité avec le voisin de palier et que l'internaute japonais partage votre passion. C'est le territoire qui compte, un peu comme pour certaines bandes de cité ou encore pour bien des nationalistes.) Bon. Il se trouve que tous les êtres humains ne pensent peut-être pas ainsi, que tous n'ont peut-être pas cette foi aveugle dans la présence physique, que certains même sont gênés, intimidés, troublés, ou que d'autres ne jugent pas nécessaire de mêler aux idées échangées, à l'entrelacement des réflexions, aux affects qui passent dans les mots du papier ou de l'écran, toutes sortes d'interférences sensibles telles que la couleur de la cravate de l'interlocuteur, ses raclements de gorge, sa façon de renifler, ou que d'autres ne jugent pas nécessaire pour bien communiquer d'imposer à l'échange les petites sollicitations du corps qui a soudain soif, qui a soudain envie de bouger, qui éprouve soudain quelque gêne. Le corps de l'autre est parfois inhibant, le nôtre est parfois une réalité un peu importune qui tente de nous distraire de la réflexion. J'en ai parlé avec certains de mes étudiants. Ils m'ont signalé une chose qui me paraît digne de foi. On va parfois plus loin dans la confidence, dans l'épanchement par écran interposé parce que le regard n'est pas là pour vous intimider, parce que l'autre se fait plus discret, pas besoin d'avoir lu Sartre pour savoir que les yeux, la présence physique de l'autre est une source potentielle de déstabilisation ou de blocage. Le corps, justement, le corps de l'autre ne cesse de nous transmettre des informations adventices, de nous envoyer des signaux intentionnels ou involontaires, qui peuvent brouiller la clarté de l'échange de pensées. Sans doute est-ce pour cela que, dans la relation analytique, le face à face est banni. Personnellement, cela ne me paraît pas très sérieux de condamner la "communication indirecte et désincarnée". C'est une position inspirée du Phèdre de Platon, qui me semble trop fermée. Je ne vois pas la prétendue évidence de la nécessité d'une présence corporelle pour établir une "vraie" communication.

mercredi 14 novembre 2012

Travail sur une discussion de forum

SUJET : Je n’aime personne

Présentez le document, résumez-le et dites ce qu’il révèle à propos de la construction de soi sur internet.

Présentation :
Ce document est un extrait d’un forum Doctissimo, daté du 22 janvier 2008, qui traite de la pathologie psychique d’une personne. Différents internautes interviennent pour tenter de l’aider. Cette personne se nomme dans le forum fearfactor et 10 participants dont 4 hommes et 6 femmes interviennent. Lors de cette discussion, il n’y a pas de changement de sujet. Au contraire, on peut voir que certaines personnes ressentent les mêmes choses et d’autres partagent leurs connaissances. Au final, fearfactor est plus ou moins satisfait car tout le monde n’est pas d’accord mais cette discussion lui a permis de se faire une idée plus précise de lui-même.

Résumé :
Dans cet extrait de forum fearfactor se questionne sur lui-même. Est-ce qu’il souffre d’une pathologie psychique ? Il cherche donc des réponses sur lui. Les internautes vont répondre à son message. Certains vont se reconnaitre dans le message publié par fearfactor et vont partager leurs sentiments, leurs expériences et d’autres, notamment comme docila, vont tenter de comprendre sa situation, son problème afin d’essayer de le résoudre ou de trouver des solutions. Ces internautes vont donc le questionner sur des faits que fearfactor a cités, et vont lui poser des questions sur son passé, plus précisément sur son enfance.

Conclusion :
On peut voir à travers cette discussion que les internautes et fearfactor parlent très librement et se dévoilent notamment fearfactor. La manière de s’afficher est ici choisie c’est-à-dire que chaque personne a décidé d’écrire ce qu’il ressent réellement et ce qu’il est. Sachant qu’on est ici dans un forum l’objectif est différent que sur un site de rencontre, par exemple, ou la parole est contrôlée car on veut se donner une image. La construction de soi y est donc très présente, la personne va s’afficher selon ce qu’elle veut refléter. La manière de s’afficher est donc différente selon le contexte. Dans cette discussion, l’affichage de soi n’est donc pas biaisé à l’exception du nom puisque chaque internaute se cache sous un pseudonyme. L’intérêt de ce forum est de dévoiler sa propre personne pour obtenir une aide à la construction de soi. Le forum peut donc influer sur la construction de soi selon les commentaires des internautes. Ici le forum va contribuer au développement de la personne par les connaissances et les liaisons qu’il apporte. En effet, le dialogue avec les autres va aider l’initiateur qui est fearfactor dans sa construction. L’initiateur semble progresser un peu dans la connaissance de soi sur ce forum.
Cette discussion révèle donc à travers un forum que la construction de soi peut être remise en cause par les avis des internautes lorsque celle-ci est véridique car on peut très bien inventer une identité mais cela sera moins constructif pour cette personne. Sinon concernant les internautes, certains jouent le rôle de psychologue amateur, d'autres partagent la même expérience ou une expérience en partie similaire.
On peut donc penser que la construction de soi se fait à l’aide des avis des autres, les internautes exposent leurs identités, plus précisément leurs caractères, leurs problèmes et tentent de voir quelle image ils donnent d’eux par les commentaires reçus.

Virginie Guerra TSTP1

mardi 13 novembre 2012

Travail sur les messages verbaux

La problématique "Paroles, échanges, conversations, et révolution numérique" nous invite à repenser la communication verbale :
" Comment les nouvelles modalités de ces échanges prolongent-elles ou, au contraire, bouleversent-elles notre façon de penser (...) les relations humaines, les interactions avec les autres et avec le monde ? "
 On peut donc repenser les caractères de la communication à partir des six couples de catégories proposés (écrit/oral, privé/public, professionnel/amateur, lieu de pouvoirs/espace démocratique, proximité/distance, continuité/discontinuité).
 Ces oppositions ne sont plus toujours pertinentes dans les échanges numériques. Par exemple, comme le dit la "Problématique" ces échanges " brouillent les catégories de l'écrit et de l'oral ".
Les catégories proposées, qui permettent de classer les messages, peuvent être remplacées par d'autres peut-être plus pertinentes :

La distinction écrit/oral :
écrit : durabilité du message (D), caractère fermé ou interactivité différée ou nulle (impossibilité d'obtenir un éclaircissement, un complément d'information immédiat) (- I), corporalité indirecte (écriture manuscrite) ou nulle du message (- C), asynchronie (-S)
oral : fugacité (-D), interactivité immédiate (I), corporalité phonique du message (C%), synchronie (S)
Public/privé : accès illimité (-L), accès limité (L)
Professionnel/amateur : validité/incertitude : traçabilité (T), habilitation (H)
Autorité/Liberté : habilitation ou non de l'émetteur (H)
Proximité/distance : présence/absence corporelle : corporalité nulle (-C), corporalité réduite à un sens (C%), corporalité totale (C)
Continuité/discontinuité : synchronie (S), asynchronie (-S)

Nous obtenons les sept caractères (ou fonctions) suivants : C, D, H, I, L, S, T.

 
On peut parler des aspects suivants de l'échange :
- temporalité : échange synchrone ou asynchrone, messages durables ou fugaces
- corporalité : échange sans corporalité, à corporalité réduite ou totale
- égalité : interlocuteurs égaux ou hiérarchie des interlocuteurs
- latéralité : unilatéralité, réciprocité
- accessibilité : confidentialité, publicité
- traçabilité : sources (des messages et des informations) identifiées ou non 
- nombre d'interlocuteurs : un ou plusieurs émetteurs, un ou plusieurs destinataires 

L'exercice consiste à appliquer ces caractères aux types de messages suivants :
lettre manuscrite :
lettre dactylographiée :
fax :
mail :
texto :
message de chat :
message de forum :
message instantané :
message tweet :
message sonore micro :
échange téléphonique :
conversation de contiguité :

dimanche 11 novembre 2012

Piégé sur Chatroulette, un lycéen se pend

Un nouveau suicide, après celui d'Amanda Todd, repose de façon tragique le problème de l'exposition de soi sur Internet et des risques de manipulation. 

Les adolescents sont particulièrement vulnérables. 

 "New danger online for teenagers", un article court et synthétique sur la question, en anglais (pour s'entraîner à la traduction, excellent exercice d'écriture)

Voici l'opinion d'un psy interviewé par une journaliste du Figaro :

INTERVIEW - Selon Michael Stora, psychologue et spécialiste des mondes numériques, certains adolescents ne supportent pas que leurs proches découvrent une autre facette d'eux-mêmes.

LE FIGARO. - Comment certains jeunes internautes peuvent-ils arriver à se suicider?
Michael STORA. - Ce sont vraisemblablement des personnes qui devaient déjà vivre dans cette pression sociale. Et à partir du moment où il y a transgression et que des images «interdites» passent de la sphère privée à celle publique, alors la honte et la culpabilité surgissent. Il est insupportable pour l'adolescent de réaliser que son entourage familial et amical puisse découvrir cette facette de lui, même si cela se cantonne à un simple dérapage (note du blog : on appréciera le mot "dérapage" à propos d'une exhibition sexuelle sur Chatroulette). Le suicide est ainsi un acte fou, dicté par l'image non assumée que l'on donne de soi. Et plus la pression sociale est forte, plus le passage à l'acte est fort.
En quoi la sphère virtuelle est-elle un lieu de désinhibition?
Internet est un espace à l'abri du regard où l'on peut s'affranchir d'une pression sociale, de l'interdit en général. Dans notre société qui, je trouve, d'ailleurs, revient à un certain puritanisme, le sexe est ce qu'il y a de plus transgressif. C'est tout le paradoxe que l'on retrouve aux États-Unis, pays le plus puritain et qui pourtant a vu naître la pornographie : on parle beaucoup de sexe, mais il reste tabou et culpabilisant.
Aujourd'hui, les adolescents découvrent donc de plus en plus le sexe via Internet, que cela passe par le visionnage de sites pornographiques ou bien par l'exhibitionnisme sur des chats et des sites comme Chatroulette, où des internautes, qui ne se connaissent pas, dialoguent par webcams. La sphère virtuelle constitue un lieu d'expérimentation sexuelle, un laboratoire de recherche, où l'on s'autorise beaucoup plus de choses que dans la vie dite «réelle». On assiste à un phénomène de désinhibition où les jeunes se sentent à l'abri de certains interdits psychologiques ou sociétaux.
L'internaute peut-il avoir l'illusion d'être protégé par l'écran?
Complètement, et il oublie parfois qu'il y a un autre de l'autre côté. D'autre part, beaucoup de personnes ne cherchent pas à chercher à savoir à qui elles ont affaire. Ces histoires révèlent un problème: les jeunes doivent être attentifs à l'image qu'ils donnent, dans le sens où ils doivent faire attention. Et, dans le même temps, il y a une nécessité de vivre au travers de l'image qu'on donne et donc d'être dans la provocation et la surenchère.
Y a-t-il un profil type de l'agresseur?
Il est extrêmement manipulateur et détecte très rapidement les failles de l'internaute. Les adolescents peuvent par exemple être en position de vulnérabilité par rapport à la sexualité. Ils sont à une période pendant laquelle ils apprivoisent leur corps, et certains peuvent avoir du mal à gérer leurs pulsions. Et dans une situation de manque, leur crédulité peut être très forte. Ils peuvent ainsi se laisser embobiner par des personnes malveillantes.
 Par Anne-Laure filhol, Le Figaro

Ne parlons pas du cas particulier du lycéen en question, ni de celui d'Amanda Todd. Restons sur un plan général. Quel enseignement peut-on tirer de cette série de faits? 

Ce n'est pas Internet qu'il faut incriminer, comme certains sont tentés de le faire, ni même des sites comme Chatroulette ou Bazoocam. C'est, à mon avis, le manque d'information et la solitude dont bien des jeunes pâtissent.

Comment remédier à ce manque d'information? 

Dans la presse, sur les blogs, bien sûr. Il faut mettre en garde. Mais on devrait aller plus loin. Un enseignement modeste mais efficace devrait être dispensé aux lycéens dans des domaines que les programmes ignorent. Nos lycéens ne savent quasiment rien du droit. Ils devraient être informés au minimum de certains points du code civil et du code pénal. Autre domaine impliqué dans ces affaires malheureuses, la sexualité. Le ministère de l'Education nationale prévoit "au moins trois séances annuelles d'éducation à la sexualité" qui "relient et complètent les différents enseignements dispensés en cours". Le problème est que cet enseignement est réduit à presque rien, une sensibilisation au VIH et à la contraception dans le meilleur des cas. Le tabou de la sexualité dont parle Michael Stora est responsable du malheur de ces jeunes piégés sur des sites internet. La honte, le sentiment de culpabilité, la peur, tels sont les dangers. Un adolescent qui s'exhibe avec sa webcam devant une personne sexuellement majeure et consentante ne devrait pas croire qu'il accomplit un acte coupable et déshonorant. Il ne devrait pas être épouvanté par la menace de diffuser sur Internet des images vidéos enregistrées sur Chatroulette ou ailleurs. Ce qui me paraît anormal n'est pas de se masturber devant sa webcam ou de montrer son corps mais de croire que c'est anormal ou honteux de le faire.

Si jamais il vous arrivait d'être piégés, parlez-en avant toute chose, à vos parents (s'ils sont assez ouverts et proches pour comprendre), à un ou une amie, ou à défaut sur un forum fiable. Ne restez pas seul avec votre peur. Et dites-vous que la meilleure réaction face au chantage ou au harcèlement est de rejeter le sentiment de culpabilité. Faire des choses sexuelles entre personnes majeures et consentantes n'est ni un crime ni une faute.

lundi 22 octobre 2012

cyber-harcèlement

Nous avons parlé du cas Amanda Todd. Voici quelques liens sur le cyber-harcèlement et l'affaire (les liens en anglais sont plus fournis) :
http://en.wikipedia.org/wiki/Suicide_of_Amanda_Todd
http://fr.wikipedia.org/wiki/Amanda_Todd
http://en.wikipedia.org/wiki/Cyber-bullying
http://fr.wikipedia.org/wiki/Cyberharc%C3%A8lement
site du gouvernement pour la prévention du cyber-harcèlement des jeunes :
http://www.agircontreleharcelementalecole.gouv.fr/quest-ce-que-le-harcelement/le-cyberharcelement/
S'il n'existe pas encore dans le code pénal de chef spécifique punissant le cyber-harcèlement, ce type de délit peut entrer dans la cadre des violences  (" Article 222-14-3 Les violences prévues par les dispositions de la présente section sont réprimées quelle que soit leur nature, y compris s'il s'agit de violences psychologiques ") ou éventuellement du harcèlement sexuel.

le régime juridique d'Internet

Un lien intéressant qui nous apprend quelles sont les limites à la liberté d'expression sur le net :

http://fr.jurispedia.org/index.php/R%C3%A9gime_juridique_applicable_aux_r%C3%A9seaux_sociaux_%28fr%29


Les informations à retenir : 
Le premier réseau social qui est apparu c'est le site Classmates.com en 1995. Le développement d'Internet et l'apparition de nouvelles techniques de communication ont facilité et accentué l'apparition de ces réseaux sociaux. Il existe des réseaux sociaux dans de multiples domaines : amitié, amour, professionnel et même politique.
Donc il fallait réglementer légalement ces réseaux à travers les différents problèmes qu'ils posent notamment en matière de droit à la vie privée, d'usurpation
d'identité ou encore du droit à l'oubli. Le droit au respect de la vie privée est protégé par de nombreux textes : l'article 9 du Code civil, l'article 8 de la CEDH, ainsi, la violation de ce droit entraîne droit à réparation pour la victime de ce préjudice. 

Le régime juridique applicable aux salariés : 
Les salariés sont victimes de nombreux problèmes face aux réseaux sociaux. Leur liberté d'expression est souvent confrontée à leur obligation de loyauté.
Le Président des Etats-Unis, Barack Obama a déclaré "Attention à ce que vous postez sur Facebook, cela pourrait se retourner contre vous tôt ou tard". Son propos illustre bien les rapports entre réseaux sociaux virtuels et liberté d'expression du salarié-citoyen.
Trois salariés d'une société (la société Alten, cf. http://www.juritravail.com/Actualite/reseaux-sociaux/Id/13500) ont saisi le tribunal afin de contester leur licenciement motivé par la publication depuis leur domicile sur Facebook de propos critiques sur leurs hiérarchies par le biais de leurs ordinateurs personnels.
Le droit à l'oubli :
Sur Internet comme ailleurs, nos activités et nos déplacements laissent des traces. Il résulte de toute action que l'on effectue sur Internet la création de contenus qui sont conservés. De ce fait, il est quasiment impossible d’effacer complètement une information mise sur Internet : il en reste toujours une trace.
La CNIL est une autorité administrative indépendante française. Elle est chargée de veiller à ce que l'information au service du citoyen ne porte atteinte ni à l'identité humaine, ni aux droits de l'homme, ni à la vie privée, ni aux libertés individuelles ou publiques.
Les lacunes du droit face aux réseaux sociaux ? Les exemples en matière juridique concernant les réseaux sociaux sont nombreux. Le web 2.0 offre une multitude de possibilités sur ces réseaux donnant l'illusion de se construire une communauté privative dans laquelle la liberté d'expression serait totale. Mais cette communauté n'est pas la sphère privée, ce qui signifie que tous les propos tenus sur le web sont soumis au droit de la communication et plus précisément au droit de la presse qui incrimine notamment l'injure ou encore la diffamation. En publiant des messages sur l'un des réseaux sociaux par exemple, nous devenons alors éditeurs d'information et donc, directement responsables de l'information produite.

Gowsi Rajan 

mardi 25 septembre 2012

résumé cours du 20/09 : suite du commentaire de la problématique :

Écrit/oral:

Pour tout échange, on communique, on tente de transmettre une information mais pour cela tout acte de communication implique six fonctions fondamentales.
Tout d'abord il faut un destinateur qui fait passer son message au(x) destinataire(s), cependant le message reçu selon son type (oral, écrit, sms, mail...) fait intervenir une langue particulière ou des codes:
ex: le sms par portable avec les smileys ou encore les abréviations tels que "LOL" ou  encore "MDR"
ou encore de simples messages seulement gestuels comme faire un clin d'oeil ou faire "coucou" d'un signe de la main à un ami, ou dire non d'un signe de la tête.
Mais il faut aussi que le contexte ou référent pour la transmission entre les deux individus soit commun.
ex: quand deux personnes se donnent rendez-vous à un endroit (le lieu est connu du destinateur et du destinataire).
Le contact, auditif, visuel pour recevoir le message, l'information est très important, il en faut obligatoirement un. La fonction phatique (de contact) ne sert pas à communiquer comme on pourrait le croire mais seulement à maintenir le contact entre le locuteur et le destinataire (ex: toute interjection comme "eh, hein, oh..." ou  "allô, eh bien, ouais"   .


Privé/public:

La communication n'a par ailleurs plus les barrières qu'elles avait auparavant, car avec les réseaux sociaux (ex : Facebook) une personne peut retrouver sa vie privée accessible par d'autres personnes avec qui elle est amie ou non, seulement par le principe de "mes amis sont tes amis".
Mais aujourd'hui tout passe par la divulgation de notre vie privée
ex: les boites mail que tous les gens créent pour communiquer, cependant pour s'inscrire nous sommes obligés de donner des renseignements comme le nom, l'adresse, la date de naissance...
Peut-on construire son identité dans un réseau social ouvert?
Où vous avez 500 amis, qui ne sont peut être que des connaissances virtuelles.

 Geoffroy Maitre
    
 

jeudi 20 septembre 2012

Internet, espace public et vie privée

Extrait d'un excellent article de D. Cardon, sociologue, sur les vertus démocratiques de l'Internet :

La fin de la vie privée

Cette porosité entre l’espace de la sociabilité et l’espace public se paie cependant du risque de voir des informations personnelles exposées au regard de tous. À la « surveillance institutionnelle » de l’État et des entreprises, autour de laquelle s’organise l’essentiel du débat sur les données personnelles, se superpose aujourd’hui une « surveillance interpersonnelle » d’un nouveau type. Avec la « démocratisation » des instruments d’observation que les plateformes relationnelles distribuent à leurs utilisateurs, le NewsFeed de Facebook étant sans conteste l’emblème de ce nouveau panoptisme horizontalisé, l’exposition de soi est un risque que l’on prend d’abord devant les proches, la famille, les collègues, les employeurs, les amant(e)s ou les voisins.
La prophétie deleuzienne du passage d’une société disciplinaire à une société de contrôle prend ici tout son sens, puisque, décentralisée et distribuée, la surveillance devient un contrôle que chacun ne cesse d’effectuer sur les autres et sur soi-même.
Aussi, l’une des difficultés politiques des dénonciateurs de la société de surveillance est d’avoir aujourd’hui à tenir compte du fait que le contrôle politique ou marchand des traces s’ancre de plus en plus profondément dans l’hubris curieuse des surveillés eux-mêmes. Comment s’assurer en effet du soutien des citoyens pour dénoncer les risques de la surveillance institutionnelle lorsque ceux-ci, de façon délibérée et consciente, rendent eux-mêmes publiques des informations personnelles et développent une insatiable curiosité pour les informations livrées par les autres ?
En rendant beaucoup plus plastiques et poreuses les formes de prise de parole, Internet favorise la circulation des informations, tout en visant une plus grande « transparence » de nos sociétés. Il contribue à mettre en partage un ensemble de contenus jusqu’alors retenus par des barrières techniques, juridiques, institutionnelles ou commerciales. Mais cette libération des contenus qui bouleverse les frontières traditionnelles de l’économie de la connaissance et élargit l’espace de la critique en offrant de nouvelles sources à la vérification « citoyenne » est aussi inséparable d'une plus grande circulation des informations sur les individus. En effet, l’une des particularités des formes d’échange élargies sur Internet est que les personnes et les contenus sont de plus en plus attachés les uns aux autres et que ce sont justement ces attaches qui favorisent les effets de circulation, de partage et de diffusion. Même si, contrairement à certaines craintes, les informations personnelles rendues visibles sur Internet, loin de révéler l’intimité des personnes, sont plus souvent des mises en scène stratégiques, il est incontestable que l’espace public élargi de l’Internet est en lutte à la fois contre le secret des informations et contre l’invisibilité des personnes.

Dominque Cardon, "Vertus démocratiques de l'Internet", in La Vie des idées.fr, 2009.

A propos de "penser la construction de soi" :

Construction de soi et échanges numériques :


1) Qu'est-ce que le "soi"?
La subjectivité, le sujet : pouvoir de connaître et d'agir d'un organisme singulier
Le soi : réalité individuelle ou personne saisie par sa conscience (pronom objet 3e personne)
Le moi : personne telle qu'elle se saisit elle-même (pronom objet 1e personne)
La construction de soi (= construction du moi)
Le soi (ou le moi) est conscience de l'individualité c'est-à-dire des caractères qui singularisent un être ayant le pouvoir de connaître et d'agir par lui-même

2) La construction du soi :
Construction implique que le soi ou le moi n'est pas donné immédiatement mais qu'il se forme à travers une histoire, une suite d'expériences, d'essais et d'erreurs
La conscience de soi apparaît progressivement dans les premières années de l'existence (passage de la 3e à la 1e personne)
Cette conscience de soi est une identité liée au corps propre, elle consiste à reconnaître ce corps et les pensées, les émotions, les sensations comme des propriétés exclusivement personnelles

3) La construction de soi :
La construction de soi se distingue de la construction du soi ou du moi
Se construire soi-même c'est choisir ses prédicats ou ses propriétés : choisir ou assumer une identité sexuelle, sociale, un mode d'existence, des connaissances, un modèle de développement
par exemple, je me choisis hétérosexuel, bourgeois, cultivé, diplômé, de gauche, père de famille, etc.
Se construire c'est donc se donner un statut
Ce statut doit être reconnu par les autres pour avoir une valeur sociale
Il faut donc communiquer avec les autres pour se faire reconnaître tel qu'on veut être
Mais les autres ne vous reconnaissent pas forcément le statut que vous désirez avoir

4) Quel rapport entre échanges numériques et construction de soi?
On peut distinguer deux aspects :
L'affichage de soi : les NTIC (Internet en particulier) changent la façon de se présenter, de décliner son ou ses identité(s), d'afficher son soi
Le développement de soi : Les NTIC contribuent à la construction ou au développement de la personne par les connaissances et les liaisons qu'ils nous apportent. Ce sont principalement l'exemple des autres, le dialogue avec les autres qui nous aident à nous construire. Mais il y a des pans de notre personne qui se construisent dans la solitude.

La problématique pose la question suivante : "Construit-on son identité de la même façon dans un espace protégé - celui de la famille ou d'un cercle d'amis proches - et dans un réseau social ouvert ?"

Bon. Prenons un exemple. Votre identité, c'est quoi? Votre nom, votre adresse, votre sexe, votre profession, etc.? Mais ce qui a le plus de sens pour vous et pour les autres, qu'est-ce? Les choix et les orientations qui ont le plus de valeur pour vous. Mettons que vous vouliez être une personne pacifique et bienveillante, qui n'agresse et ne blesse personne. Mettons que ce soit plus important pour vous que votre adresse ou même votre métier. Vous allez construire cela, à partir de vos prédispositions génétiques. Est-ce que cette construction, cet effort pour être pacifique et bienveillant, pour s'afficher tel, seront les mêmes en famille et sur Internet? On ne voit pas pourquoi ce serait différent. Si vous voulez être zen, on peut supposer que c'est partout et avec tout le monde, pas seulement avec votre copine ou vos voisins. Sinon, cela paraîtrait un peu absurde, non? Être zen, c'est bien considéré, c'est consensuel, donc pas de problème d'affichage. Vous pouvez tranquillement vous montrer ainsi à tous et aussi bien sur le net qu'en famille. En revanche, il y a des orientations, des prédicats qui sont moins bien acceptés, qui peuvent déranger certains. Si, par exemple, vous vous identifiez aussi comme un hyper-sexuel aromantique, alors là, vous n'aurez peut-être pas envie de l'afficher devant tout le monde, c'est moins consensuel, cela pourrait choquer ou mettre mal à l'aise certaines personnes. L'affichage dépend de deux choses : d'une part la valeur sociale du prédicat (s'il est bien vu par tous, pas de problème), d'autre part les risques que vous êtes prêt à prendre pour vous révéler à n'importe qui tel que vous êtes. Soit la priorité pour vous est d'être honnête, ouvert, d'assumer devant tous votre identité, quitte à déranger, soit la priorité pour vous est de ménager les sensibilités, de vous soucier du qu'en dira-t-on, de ne pas être mal jugé et en ce cas vous voilerez une part de vous à bon nombre de gens, que ce soit sur le net ou ailleurs. On peut être mister Hyde sur le net comme dans son quartier, le problème est que si l'on veut masquer une part de son identité à certains il faut cloisonner. Le cloisonnement sur le net se fait, par exemple, avec un pseudo. Il y a certes un risque d'être percé à jour par ceux à qui on ne veut pas se montrer. Mais ce problème a toujours existé, dans la famille, le quartier, le monde dit "réel". Sauf que sur le net il y a beaucoup plus de monde que dans votre quartier. Mais dans votre quartier vous ne pouvez pas vous remplacer par votre avatar...